2008-05-01
Cet article est paru dans le Webzine n°127Tuer encore ?... Jamais plus !
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Chaque année sur le site de Tour & Taxis, les plus grands aficionados du cinéma fantastique et de genre au sens large se retrouvent par centaines, tels les zombies de Romero se baladant dans les allées d’un supermarché pour célébrer le seul événement familial susceptible de combler leurs pulsions sanguinaires. Cette foire aux monstres, ce festival que le monde entier nous envie jusqu’en Outre-Quiévrain, c’est évidemment… le BIFFF ! |
Pour la 26ème édition du festival, le site de Tour & Taxis accueillait, pour la deuxième année consécutive, sa traditionnelle délégation de vampires, zombies, tueurs masqués, savants fous, fantômes ainsi que (l’horreur !) une tripotée de journalistes belges parmi lesquels trois envoyés très spéciaux de Cinergie.be qui se sont partagé le boulot, répartis entre les deux salles du complexe. La deuxième salle, une nouveauté, remplaçait cette année les projections du Nova, bénéficiant d’une programmation plus pointue ponctuée de films expérimentaux, de rétrospectives (La Forteresse Noire de Michael Mann !!!) et de curiosités en tout genre.
Le programme, à l’instar de la belle Lisa Marie, membre du jury international, était alléchant et bien fourni. Outre la présence de la délicieuse ex-égérie de Tim Burton, le jury comptait parmi ses membres Umberto « Cannibal Ferox » Lenzi, Joon-Ho « The Host » Bong, Thomas Gunzig, Brett « Le Cobaye » Leonard et Catherine « Le Cœur des Hommes » Wilkening. Parmi les nombreux invités présents pour présenter leurs films et, sous la pression du public, pour pousser la chansonnette, la liste était bien achalandée et prestigieuse : la belle Alysson Paradis (A l’Intérieur), le non moins séduisant Neil Marshall (Doomsday), toujours accompagné de sa « belgian beauty » Axelle Carolyn, Franck Vestiel et Clovis Cornillac (Eden Log), Xavier Gens et Karina Testa (Frontière(s)), l’équipe belge du Prince de ce monde (Manu Gomez, Jean-Claude Dreyfus, Lio – qui a torturé nos oreilles avec son Banana Split), le débonnaire Stuart Gordon à la voix de velours (Stuck), devenu, au fil des ans, un des parrains officieux du festival, et bien d’autres encore. Soulignons l’excellente prestation de Neil Marshall qui a rendu un vibrant hommage aux Beatles avec sa version toute personnelle de « Yesterday », mais également celle de Xavier Gens qui entonna pour la salle en folie un furieux « Bali-Balo ».
Un hommage particulier fut rendu à la carrière de cette vieille ganache de Jurgen Pröchnow, acteur allemand culte par excellence au visage taillé à la serpe dont le talent aura gratifié Das Boot, La Forteresse noire, Dune, Twin Peaks – Fire Walk With Me, Primeval et tant d’autres. Il fut ainsi intronisé de l’Ordre du Corbeau.
Le programme cette année était comme à l’accoutumée extrêmement varié, donnant la part belle aux œuvres asiatiques (Japon, Chine, Thaïlande, Corée), allemandes (le German Focus) et, allez une fois, belges (4 films et 11 courts métrages). Comme le dit si bien le dossier de presse, le BIFFF c’est 88 films, dont de nombreux inédits et avant-premières. Parmi les 88, l’auteur de ces lignes en aura vu exactement la moitié. Alors quelles furent les bonnes surprises et les déceptions de cette cuvée 2008 ? Petit classement personnel :
C’est un BON film !…
-Stuck :
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Sans aucun doute l’un des films les plus attendus du festival, le nouvel opus de Stuart Gordon (Re-Animator) continue sur la lancée humoristico-sociale de ses deux œuvres précédentes, King Of the Ants et Edmond, pratiquant un fantastique plus discret mâtiné de comédie noire. Une jeune infirmière ambitieuse (Mena Suvari) renverse un SDF (Stephen Rea) qui vient s’encastrer dans son pare-brise. Blessé et immobilisé, le pauvre homme demande de l’aide mais, paniquée, la jeune femme décide de cacher l’individu dans son garage pour ne pas devoir affronter les autorités et ses responsabilités, par peur de louper une promotion. Un scénario malin dont la simplicité n’a d’égal que l’ingéniosité ! Personne n’est épargné dans cette étude de mœurs extrêmement drôle, cruelle et caustique, qui porte la patte inimitable de son auteur dès les premières images. Un régal ! |
-[ Rec] :
Le monument de terreur espagnol concocté par Jaume Balaguero et Paco Plaza fut le moment fort du festival. Authentique film de trouille à déconseiller aux cardiaques, [Rec] conjugue une forme à la Blair Witch Project (le reportage télé, filmé caméra à l’épaule) avec un sujet mille fois vu (un huis clos dans un building infesté de zombies) pour aboutir à une expérience inédite, intelligente et palpitante. Les dix dernières minutes du métrage sont ce qui se fait de mieux en matière de terreur pure.
-Diary Of the Dead :
Le nouveau George A. Romero dans lequel le génie de Pittsburgh donne un nouveau point de départ à sa saga des morts-vivants a divisé la critique et le public. Manipulateur pour les uns, visionnaire pour les autres, ce film, certes imparfait, a pour mérite de nous rappeler à quel point Romero, éternel observateur des dérives de notre société moderne par le prisme de l’horreur est resté un très grand réalisateur, toujours capable de renouveler son cinéma par une forme inédite. Il se montre bien plus à l’aise et inventif avec un budget réduit que lorsqu’il est produit par un grand studio. Drôle et effrayant à la fois, Diary of the Dead sait également se montrer critique et émouvant. Du Romero pur jus !
-Doomsday :
Neil Marshall, en plus d’être un réalisateur talentueux (The Descent) est un grand amoureux devant l’éternel. Dans l’ordre, de sa chère et tendre Axelle et ensuite du cinéma de genre sous toutes ses formes. Son hommage hyper-généreux aux films post-apocalyptiques des années 80 convoque les fantômes de George Miller, John Carpenter, Walter Hill et Lucio Fulci pour une histoire au scénario inventif dans lequel toutes ces références a priori envahissantes forment un tout homogène terriblement excitant, à l’instar de cette poursuite finale motorisée à rendre fou de jalousie Max Rockatansky ! Qui plus est, la jolie Rhona Mitra bardée de cuir est une offre qui ne se refuse pas. Malcolm McDowell en seigneur de guerre inspiré du Roi Lear non plus ! Doomsday est un film qui recèle, dans chacun de ses plans, une déclaration d’amour sincère au cinéma !
-À l’Intérieur :
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Le chef-d’œuvre du cinéma de genre français. Réalisé par Julien Maury et Alexandre Bustillo (ancien rédacteur de la revue Mad Movies), À l’Intérieur brise de manière radicale le dernier tabou du cinéma : la femme enceinte. Une jeune femme sur le point d’accoucher (Alysson Paradis, une révélation !) est agressée dans sa maison par une effrayante femme vêtue de noir (Béatrice Dalle, qui trouve ici un de ses meilleurs rôles) bien décidée à lui ouvrir le ventre pour s’approprier son bébé. Scénario excellent, gore à outrance, actrices parfaites, suspense rondement mené, photographie superbe… Les qualités de ce film de genre français, nettement supérieur à la moyenne, sont tellement évidentes qu’il est difficile de toutes les citer. |
-The Fall :
Coup de cœur ! Le film de clôture du festival est une œuvre atypique réalisée par un formaliste de génie, Tarsem Singh, responsable en 2001 de The Cell. Changement de registre pour lui puisqu'il abandonne le film d’horreur pour nous présenter un gentil conte de fée digne de The Princess Bride. Dans un hôpital californien des années 20, une fillette de 8 ans morte d’ennui se lie d’amitié avec Roy, un cascadeur au cœur brisé qui lui promet de lui raconter de belles histoires en échange d’un service. La fillette innocente et à l’imagination fertile ne réalise pas qu’en secret, elle aide Roy à se suicider en lui ramenant du poison. Mêlant réalité et fiction dans un maelström d’images magnifiques rappelant Gilliam, Jodorowski, ou le Taxandria de Raoul Servais, The Fall est une de ces œuvres tenaces et attachantes (malgré 15 minutes de trop) qui vous hante longtemps après sa vision.
Autres bons points à distribuer en vrac : Shiver, excellent film de trouille forestier espagnol, relecture fantastique des Chiens de Paille de Peckinpah, The Rage, un DTV gore outrancier à l’humour réjouissant, Black Water, un film de crocodile australien austère et atmosphérique en diable, The Cottage, une merveille d’humour noir à l’anglaise, Funny Games US, remake américain à l’identique du film de Haneke par Haneke, The Oxford Murders, le nouveau et réjouissant Alex de la Iglesia, Los Cronocrimenes, un astucieux voyage dans le temps et dans l’humour à l’espagnole, The Machine Girl, un gore de cartoon avec écolières japonaises en jupettes, Joshua, dans lequel un gamin manipulateur détruit sa famille de l’intérieur, Flick, hommage aux sixties avec une Faye Dunaway émouvante et une bande-son fabuleuse et surtout Frontière(s), un survival campagnard français déchaîné et magistral au cours duquel on tombe facilement amoureux de la jolie Karina Testa, citadine en prise avec une famille de nazillons de la pire espèce !
On s’en fout !...
Après les coups de cœur : les coups de gueule : moins on parlera des quatre films belges présentés au festival, plus il sera aisé de rester poli. Tour à tour terriblement malhonnête et opportuniste (Artefacts, sous-sous-sous-Body Snatchers "réalisé" par Stanley Kubr… pardon, Giles Daoust secondé par notre bon ami – qui on l’espère le restera - Emmanuel Jespers - allez Manu, déconne pas, tu vaux tellement mieux que ça!), énervant d’amateurisme, noyé dans une direction d’acteurs catastrophique et un humour involontaire (Le Prince de ce monde, de Manu Gomez – une espèce d’ersatz hideux de Jean Rollin ayant expurgé tout ce qui fait le charme et l’intérêt des films de Rollin !), hideux, creux et vain (I Against Ghost, de Jo Smets – dont l’auteur de ces lignes est sorti après 30 minutes) ou encore animé de bonne volonté et d’intentions louables mais au résultat interminable (Nothing Sacred, produit par la très charmante Katia Olivier et dont la présentation au format vidéo en a peut-être diminué les qualités), la délégation belge montre une fois de plus que notre cinéma national ne sait se débarrasser de ses prétentions auteurisantes et reste englué dans un simili-cinéma qui n’a de genre que le nom.
Vivement Vinyan et le retour en fanfare de notre Fabrice bien-aimé !
Autres grosses déceptions pour des films attendus : Eden Log, du Français Franck Vestiel dont l’affiche somptueuse annonçait monts et merveilles mais qui s’est révélé, en définitive, n’être qu’un épisode live, monochrome et terriblement ennuyeux des Mondes engloutis, dans lequel Clovis « Astérix » Cornillac grogne beaucoup pendant que le spectateur tombe dans les bras de Morphée ou de son voisin. La presse française qui s’est extasiée sur l’originalité du film a sans aucun doute confondu ambition visionnaire avec fumisterie ! Le film d’ouverture, The Eye, de David Moreau et Xavier Palud, pas déplaisant en soi, ne reste cependant qu’un de ces remakes US de film de fantômes asiatique sans la moindre étincelle d’inspiration, trop explicatif, énième exemple d’un genre à bout de souffle, malgré la présence lumineuse de la jolie Jessica Alba, qui se révèle ici - et c'est la seule surprise du film - assez bonne actrice. Du travail de fonctionnaires ! The Hideout, nouvel opus de l’autrefois plus inspiré Pupi Avati est un de ces films de maison hantée vus mille fois dans lequel des acteurs has been (Burt Young, Treat Williams – que l’on aime beaucoup dans d’autres films) récitent des dialogues fabuleux tels que « Vous voyez cet escalier ? Il mène à l’étage… » (Véridique !) Postal, du mal-aimé Uwe Boll fait preuve d’un humour politiquement incorrect rafraîchissant, sincère et bienvenu, mais se noie dans des gags d’une vulgarité à la sensibilité toute teutonne. On se console quand même avec cette scène dans laquelle Boll en personne, déguisé en jeune gretschen avoue sans broncher que ses films ont été financés par l’or des nazis. Un réalisateur au message assumé qui se moque de lui-même plutôt que de se prendre au sérieux ? Suggérerait-on à Giles Daoust de prendre des notes ?… Pour ces raisons, et malgré sa maladresse et sa grande gueule, on l’aime bien le Docteur Boll, passé maître dans l’art de donner la corde pour se faire pendre !
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La plus grosse déception des festivaliers était malheureusement encore à venir avec la nouvelle œuvre d’un réalisateur que l’on adore, chouchou du festival et légende du fantastique. Embarrassant, Mother Of Tears de Dario Argento, précédé d’une réputation catastrophique, l’est à tous les niveaux. Par amour pour Dario, ne pourrait-on pas faire semblant que ce film n'existe pas ? Ce troisième volet de la fameuse « trilogie des Mères » vient entacher la mémoire de ses deux prédécesseurs les précieux Suspiria et Inferno, authentiques chefs-d’œuvre baroques. |
Ici, entre Asia Argento qui joue à Harry Potter dans une bibliothèque, des scènes dantesques de violence dans les rues de Rome se résumant à deux quidams qui se bousculent mollement, Daria Nicolodi et sa perruque de Playmobil qui apparaissent en visions dans des incrustations dignes du cinéma muet, des dialogues à hurler de rire, une Asia Argento mauvaise comme jamais (il faut la voir faire semblant de pleurer, c'est hallucinant !), la reine des sorcières jouée par une vulgaire playmate genre Penthouse aux talents d’actrices disons… limités, toutes les autres qui ressemblent à des travelos du Bois de Boulogne, des péripéties dignes d'un épisode de Fort Boyard, une direction artistique désastreuse, un score du même acabit, un plan final qui repousse les limites du ridicule et j'en passe, il est difficile de trouver au réalisateur de Ténèbres et scénariste d’Il était une fois dans l’Ouest des circonstances atténuantes... Le R.I.P. Dario Argento n'est pas loin! À moins que Dario n’avait en tête un remake de La Cité de la Peur ? Incompréhensible… Triste… Une débâcle complète ! Mon bon Dario, on t’aura tant aimé…
Animé par une équipe sympathique et dévouée, baignant dans une ambiance du tonnerre (concours de body painting, animations de la Freaks Factory, invités prestigieux, Q&A mémorables, alcool coulant à flot, public déchaîné, tournage d’un court métrage au sein même du festival, le Zombie Day, le Japanimation Day, le traditionnel Bal des Vampires), le BIFFF confirme, par sa grande générosité et sa diversité, qu’il est bel et bien LE meilleur festival de cinéma fantastique au monde abordant en 12 jours toutes les facettes d’un genre encore trop souvent décrié par les Hugues Dayez de ce monde. Après la clôture, tous les amateurs du genre se sentent un peu orphelins. Vivement 2009 !
Remerciements spéciaux à toute l’équipe du BIFFF, à Freddy Bozzo, Sylvie Schmitz, Marie-France Dupagne et Axelle Carolyn (à qui je fais une grosse bise).



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