C

Calatrava - Dieu ne joue pas aux dés

Couleur - 50' - 2000
Réalisation : Catherine Adda
Image : Ned Burgess
Son et sons musicaux : Eric Thomas
Mixage : Stéphane Larrat
Montage : Catherine Adda, Claudio Martinez
Palette graphique : Loïc Adam
Banc titre : Virginie Tasse
Production : Robertina Calatrava, Richard Coppans
Les films d'ici/ Arte
Pays : France 

Les ponts de Séville ou Bilbao, les gares de Lisbonne et de Zurich ou celle du TGV de l'aéroport de Lyon, le métro et le cinéma sphérique de Valence, la tour Montjuic de Barcelone, le centre de secours de Saint Gall sont des Ïuvres de l'Espagnol Santiago Calatrava, un des grands noms de l'architecture contemporaine.
C'est justement à une leçon d'architecture que nous convie le film de Catherine Adda. Une leçon lumineuse devant laquelle la cinéaste s'efface, laissant la place au déroulement limpide et rigoureux d'une pensée et d'une réflexion sur les espaces publics, lieux où l'on peut rendre aux sites leur «dignité». Quelques plans montrent l'édifice achevé et son intégration dans le tissu urbain. La main de l'architecte trace les croquis, les dessins qui ont servi de point de départ à l'ouvrage. Tous sont liés à l'observation du corps humain ou à celle de la nature, arbres ou feuilles : halls comme des forêts, ponts comme des bras tendus, arches comme des corps en extension, toits qui s'ouvrent et se ferment tels des fleurs. Et Calatrava explique sa conception des bâtiments, discours qui n'a rien de technique ou d'aride, mais qui fait appel à une réflexion humaniste et organique puisqu'il se réfère au vivant pour imaginer des structures spatiales et abstraites. Une musique analogique ponctue certaines séquences. Un bon document respectueux d'une création exceptionnellement riche et d'un créateur excellent pédagogue.

Santiago Calatrava  
Cet espagnol d'une cinquantaine d'années occupe une place singulière dans l'architecture car son travail est partagé entre une veine baroque et néo-gothique proche de Gaudi et une rigueur à la Wright. Il a mis en place l'idée « d'organicité » qui ne se définit pas comme une simple imitation de la nature, mais comme une structure globale aux parties étroitement liées entre elles. Sa renommée internationale l'amène à travailler tant en Espagne, qu'en France, en Suisse, en Allemagne où il a en charge des commandes publiques très importantes.

Catherine Adda
Après des études de Lettres et de Cinéma à la Sorbonne, elle se consacre au montage de films documentaires et travaille, entre autres, avec Chris Marker, Stan Neumann et Henri Colomer. A partir de 96, elle travaille pour la série Architectures, et réalise « Le familistère : une cité radieuse au 19 siècle», «Satolas-TGV : un monument à la campagne» et en 2000 «L'école des Beaux-Arts de Paris.» 


Carez Christian - souvenirs de guerre

Vidéo U-Matic, Couleur et Noir et Blanc, 11', 1988
Réalisation : Philippe de Formanoir
Image : Philippe de Formanoir
Son : Jean-Claude Mullet
Montage : Frédéric Fichefet
Maquette : Claudine Carez
Coproduction : C.F.A., Contretype, INSAS XXV
Pays : Belgique

Il ne s'agit ni de biographie, ni de voyage plus ou moins exhaustif à travers son oeuvre. Le film est la présentation d'un travail de six images appelées "souvenirs de guerre", photographies faites d'après des maquettes comme des maisons de poupées, des décors de cinéma en miniature, qui reconstituent, personnages à l'appui, des souvenirs de la petite enfance de l'auteur. En off, la voix de Christian Carez raconte les fragments d'autobiographie qu'elles illustrent. Des inserts d'images d'archives, des musiques d'époque, replacent tout cela dans le cadre des années 40-45 : l'occupation, les combats, la libération. Cette vidéo est un accompagnement utile pour présenter une démarche précise de Christian Carez, lors d'une exposition. Seule et sans mise en place, elle peut déconcerter par un travail où la photo s'efface largement derrière la fiction. C'est la captation d'un travail particulier qui était amené à disparaître puisque Christian Carez a détruit certaines maquettes.

Christian Carez (1938)

Photographe belge, il a commencé sa carrière en faisant du photo-journalisme dont, entre autres, "chroniques immigrées", album publié en 1978 et "Concours", cinquante photographies sur la vie profonde des fêtes populaires : élection du roi de la bière, etc. Il collabore à "Libération" et à "De Morgen". Parallèlement, il "fait" de la publicité et des photos de mode pour les grands magazines internationaux. Il a encore publié "Attention, un Nikon peut en cacher un autre" et obtenu de nombreux prix.


Philippe de Formanoir (1957)

Photographe et opérateur belge, il partage son temps entre le cinéma et son travail personnel. Premier prix de reportage de la photographie ouverte en 1983. diplômé de l'INSAS, section Image.


Casals Pablo

Vidéo U-Matic - noir et blanc - 26' - 1955
Réalisation : Robert Snyder
Image : Jacques Mercanton et Henri Raichi
Son : Norbert Gernolle
Voix : John Rodney
Production : Robert Snyder et 5 Continents
Version originale sous-titrée français
Pays : U.S.A.

Un film simple et juste, tourné en 1955 à la demande du Mannes College of Music. Pablo Casals a 77 ans et vit à Prades, une petite ville des Pyrénées orientales, proche de Barcelone où il est né et dont il s'est volontairement exilé, en 1936,lors de la guerre civile et de l'installation de la dictature franquiste.
Violoncelliste célèbre, remarquable interprète de Bach, il mène là une vie en apparence bonhomme. Comme un notaire ou un notable, il se promène sous un parapluie transformé, quand le temps change, en ombrelle, salué et aimé par tous, la boulangère ou le tonnelier. C'est le grand homme du village dont il a fait un lieu culte de la musique. Sa vie se passe à enseigner et à jouer. On le voit donner une leçon à une élève américaine, modeste et lumineux comme tous les grands maîtres. A l'abbaye de Saint Michel de Cuxa, il joue dans l'église nue et vaste, la suite en sol majeur de Bach. Filmer un musicien est une chose difficile si l'on ne veut pas tomber dans les poncifs ou les virtuosités inutiles du genre. Robert Snyder a pris le parti de la rigueur qui nous permet d'écouter l'émouvante interprétation du maître sans être distrait. Un document respectueux.

Pablo Casals
Violoncelliste espagnol (1876-1973), fondateur du Festival de Prades, il a formé pendant sa longue carrière de nombreux élevés et a enregistré des disques qui sont devenus des références.

Robert Snyder
Un documentariste qui a centré son travail autour de portraits de musiciens et d'écrivains. On lui doit d'intelligentes et sensibles approches d'Henri Miller (1969), d'Anaïs Nin (1971) ou d'Igor Stravinski (1955) et de l'interprète Claudio Arrau (1978). Homme de grande culture, il capte avec modestie ses sujets et s'efface derrière les documents laissant la première place à celui ou à celle qui est l'objet de son attention.


135 km à l'heure

16 mm, Couleur, 12', 1972
Réalisation : Pol Bury, Clovis Prevost
Image : Franco Lecca, Romano Prada
Son : Harrik Maury
Montage : Graziella Bussi
Film réalisé dans le cadre des recherches "Art et Industrie" de la Régie Renault
Pays : France

L'esthétique industrielle, en général, automobile en particulier, a toujours sollicité les plasticiens. Depuis les futuristes, en passant par Picabia pour arriver à César, Armand, Leccia, tous ont fait entrer dans leur oeuvre la fascination de la mécanique. Pol Bury, sculpteur, qui a introduit le mouvement dans son travail et qui, d'autre part, avait réalisé deux films "8.500 tonnes de fer", "Une leçon de géométrie plane" était tout désigné pour répondre à la commande de la régie Renault : montrer une chaîne de montage. Plans rapprochés de gestes, de pièces, bruits de machines, presse, laminoirs, robot, tôle, il montre dans un film très découpé, rapide, la construction d'une automobile. Tout est centré sur le rapport de la production et du produit. On reste délibérément dans le visuel et l'esthétique. Il n'y a pas de commentaire et une volonté de ne pas entrer dans le documentaire social ou économique. Ce n'est qu'un rapport de forme, de couleur, de mouvement, de matière, du gros plan d'un boulon jusqu'au ballet des portières suspendues. Regard d'un artiste plus que film sur l'art.

Pol Bury (1922)
Artiste belge. Il traverse Cobra, l'abstraction géométrique et lyrique. Il signe, en 1954, le manifeste du spatialisme "le mouvement dans sa diversité et dans toutes ses implications doit donner à l'oeuvre d'art une énergie nouvelle". Il participe à Anvers au mouvement "G-58" qui met le langage plastique dans une vision spatiale dynamique. Après ses "ponctuations" il arrive à la sculpture proprement dite qu'il anime de mouvements lents et imperceptibles "La vitesse limite la liberté". Il passe du bois à l'acier inoxydable et au cuivre, utilise les aimants et explore la monumentalité. Il réalise, en 1969, sa première fontaine cinétique. Beaucoup d'autres suivront qui lui permettront de donner cours à son ingéniosité ludique.


123 plans sur la sculpture de Didier Vermeiren

16 mm, Couleur, 26'23, 1988
Réalisation : Elsa Cayo
Image : Michel Amathieu
Son : Daniel Ollivier
Montage : Véronique Lange
Production : Tri Films
Pays : France

La présentation d'un travail. Au son, les propos du sculpteur filmé en "in" face écran ou en "off" sur les images. Il parle d'espace, de densité, de matériau, de volume, de poids, du regard du visiteur. Des phrases simples, brèves, sans complaisance ni jargon qui situent sa démarche en utilisant les mots essentiels de la réflexion du sculpteur. A l'image, Elsa Cayo, dans des plans fonctionnels, justes, montre le travail en le prenant à rebours. D'abord l'installation dans les lieux d'exposition : la Villa Arson à Nice, le Palais des Beaux-Arts à Bruxelles, là où l'oeuvre prend son sens. Ensuite, la fabrication, c'est-à-dire l'atelier où, comme dans un chantier, il n'y a rien à voir que des gestes d'artisan, l'essentiel se situant avant tout dans les projets et les croquis. Avec des plans fixes, des suivis des gestes professionnels, des pano pour découvrir des salles d'exposition. Un film intelligent, qui s'adapte parfaitement à l'oeuvre d'un artiste. Il n'y a ni fioritures, ni commentaire, ni envahissement musical. Juste une pratique et une réflexion dépouillées volontairement de biographie ou de chronologie, confrontées au corps de l'artiste et à l'espace d'exposition.
En 1998, Elsa Cayo réalise un court métrage de 15', en N1B, s'intitulant Obstacle au Mouvement. Didier Vemeiren sculptures et photographies.

Didier Vermeiren
Né à Bruxelles en 1951. Vit et travaille entre la Belgique et Paris. Il travaille, pour résumer son option, sur les socles, socles qui ne sont pas absence de statues mais sculptures eux-mêmes puisqu'ils posent les questions essentielles d'occupation de l'espace, de matériau, de poids. Plaques de métal posées sur des blocs de polyuréthanne, moules et cubes de plâtre (le positif et le négatif) superposés pour faire une seule oeuvre, armature métallique sur roue (le rapport au sol), socle avec le nom d'une sculpture célèbre, toutes ses pièces jouent d'une manière réflexive avec l'histoire de la sculpture.

Elsa Cayo
D'origine péruvienne. Elle s'est d'abord occupée d'éditions d'art, puis, après quelques assistanats de réalisation, elle a fait des vidéos pleines d'humour : "Qui vole un oeuf vole un oeuf", etc. et des films sur l'art, rigoureux ou ironiques. Elle a sa propre maison de production.


Chagall - les années russes

Vidéo U-Matic - couleur - 26' - 1995
Réalisation : Charles Najman
Ecriture : Charles Najman
Image : Igor Ochnowicz
Montage : Claude Santiago
Commentaire dit par Yves Adler
Extraits du livre "Ma vie" par Marc Chagall
Musique : Liturgique juive
Production : Artline Films, Paris Première, Association Paris Musées 1995 et INA Entreprise
Pays : France

Cette vidéo a été faite pour accompagner l'exposition consacrée aux années russes de Chagall. Elle a été organisée par le Musée d'Art Moderne de la ville de Paris et son commissaire, Daniel Marchesseau, commente les tableaux les plus importants : "le Père", "la Mort", "la Promenade", "Bella en col blanc", "N'importe où hors du monde", "la Noce", "Portrait au double verre de vin", et la grande fresque faite pour le théâtre juif de Moscou, en 1920. Il y a deux autres intervenants : Jean Leymarie parle de sa longue amitié avec le peintre et Sylvie Forestier, de son rapport avec le hassidisme, la révolution russe lorsque Chagall fut nommé commissaire des Beaux-Arts et qu'il fonda l'Académie Libre de la ville de Vitebsk. De nombreux extraits des entretiens filmés avec le peintre, sortis des archives de l'INA, nous permettent de le revoir et de l'entendre. Il aborde principalement son amour pour son père et sa mère, son enfance, sa découverte du dessin. Il se souvient de son arrivée à Paris, de son isolement aussi puisqu'il ne faisait pas partie du groupe cubiste qui trouvait que son travail était "trop littéraire", de son amitié avec les Delaunay et Blaise Cendrars. Des documents photographiques peu connus et très intéressants complètent l'information.

Marc Chagall
Né en Russie à Vitebsk en 1887. Son enfance passée dans le ghetto de sa vie natale, le marque beaucoup. Après un premier séjour à Paris, il retourne en Union soviétique, devient commissaire aux Beaux-Arts à Vitebsk mais s'installe définitivement en France en 1923. Il peint ses chefs-d'oeuvre : "le Cirque", "les Mariés de la tour Eiffel", "le Violoniste", "la Chaise de la mariée". Son art, inspiré par la vie et les traditions juives, essentiellement poétique, va rester en marge des grands mouvements de son époque, cubisme, fauvisme, suprématisme dont il retiendra peu de choses, apports qui par ailleurs seront transformés par une interprétation très personnelle. Dans la dernière partie de sa vie il exécutera d'importantes commandes publiques, le plafond de l'Opéra de Paris, une grande fresque pour le Metropolitan Opéra de New York, fera de nombreux vitraux et travaillera sur la Bible qu'il illustrera.


La Chasse au ballet magique

Vidéo U-Matic - couleur - 52' - 1993
Ecriture : Anders Wahlgren
Image : Gunnar Kallstorm, Anders Wahlgren et Curt Cronwall
Montage : Lars Heleander
Responsable vidéo : Asa Olson
Production : Anders Wahlgren
Version suédoise - sous-titres français
Pays : Suède

Anders Wahlgren va voir à Paris un compatriote, le Suédois Douglas Heffer qui a la passion et le métier singulier d'être réparateur de piano mécanique. Ce dernier lui parle de la partition que le compositeur américain George Antheil a écrite pour accompagner le célèbre film de Fernand Léger. Il lui raconte que, si la musique a été jouée en concert au théâtre des Champs Elysées le 17 juin 1926, en occasionnant un beau scandale, puis à New York au Carnegie Hall, le film de Léger, lui, a toujours été projeté en version muette. Les deux amis décident de réunir, pour la première fois, les images et les sons, ce qui sera fait, avec le concours de la radio suédoise, à Berwaldhallens, le 2 mars 1991. "La chasse au ballet mécanique" raconte à la fois la genèse du travail de Léger et de celui d'Antheil et l'histoire du projet qui les a rassemblés. Le commentaire assume l'information historique et le récit de l'aventure quasi policière de cette recherche. Le film mêle des images documentaires, des reproductions d'oeuvres de Léger et de ses amis, des documents photographiques et des extraits d'actualités des années 20.


Christo, dix travaux en cours d'exécution

16 mm, Couleur, Noir et Blanc, 52', 1978
Réalisation : Michael Blackwood
Image : Christian Blackwood, Roberto Guerra, Seth Schneidman, Charles Wilp
Montage : Christian Blackwood, Jeff Schon, Mead Hunt
Commentaire : Nancy Rosen
Production : Michael Blackwood Production Inc.
Pays : Etats-Unis

Des travaux d'empaquetage ou d'intervention sur le terrain faits par Christo, par définition éphémères, il ne reste que ses dessins préparatoires, des collages et des photos, des documents de travail proches des plans d'architecture et des films. Systématiquement, depuis la "Jeune fille emballée" à Londres en 1963, Christo fait filmer son travail. Ici, 10 extraits de ses oeuvres les plus spectaculaires jusqu'à 1978. Tournés en noir et blanc ou en couleur, précédés d'un carton qui les situe et rappelle le détail le plus impressionnant (38 km de toile, 56 km de corde, 2.200 poteaux métalliques) ils ont l'avantage de montrer l'artiste au travail sur les gigantesques chantiers qu'appellent l'empaquetage de la côte australienne ou la fermeture d'une vallée en Californie. On voit les problèmes techniques qu'il faut résoudre, la réaction des gens qui passent de la méfiance à l'adhésion émerveillée "il m'a fait voir le vent", et le grand cirque médiatique et touristique qui entoure chacune de ses inventions.

Christo, né en 1935
Artiste bulgare, il débarque à Paris en 1958 et, depuis 1964, vit à New York. Il fait d'abord partie du groupe "les nouveaux réalistes" et situe depuis son travail dans "l'empaquetage". Ses oeuvres monumentales ont des implications non seulement esthétiques mais aussi sociales, politiques, économiques. Après avoir emballé des côtes, des vallées, le Colisée, le Pont Neuf, il prépare la liaison Japon/Californie, et a de multiples projets à Paris, Berlin, etc.

Michael Blackwood
Né en Allemagne en 1934. Il émigre aux U.S.A. en 1949. D'abord documentariste pour la NBC, il deviendra indépendant et fondera la maison de production qui porte son nom. Il a tourné depuis 1966 une quarantaine de films dont beaucoup traitent de la culture contemporaine. Parmi eux : "Motherwell", "Andy Warhol", "George Segal" et de nombreux films sur l'architecture, qui le passionne, sans oublier la danse et les cultures orientales.


Christo à Paris

16 mm - couleur - 58' - 1990
Réalisation : David Maysles, Albert Maysles, Deborah Dickson et Susan Froemke
Image : Albert Maysles et David Maysles
Montage : Deborah Dickson
Montage son : Françoise Du Moulin
Musique : Wendy Blackstone
Production : Susan Froemke
Pays : U.S.A.

Un reportage classique et informatif sur l'emballage du Pont Neuf à Paris par Christo, événement ô combien médiatique qui a eu le mérite de mettre le grand public face à un acte de création dérangeant et stimulant. Le film suit une ligne narrative chronologique : la présentation du lieu et son côté "carte postale", avec les amoureux des bords de la Seine et une chanson de Piaf. Puis celle de l'artiste et de sa femme Jeanne-Claude, leur rencontre, les premiers travaux, rue Visconti, proposés par le jeune Christo échappé avec un bic dans sa poche de sa Bulgarie natale. Enfin, l'événement proprement dit, soit dix ans de transaction pour obtenir les autorisations nécessaires, les discours et les appuis officiels de Jack Lang à Chirac et surtout la mise en chantier de cette oeuvre éphémère et forte qui, comme dit un ministre, "cache pour mieux faire voir", les croquis de préparation et surtout la maîtrise d'une installation pour le moins aussi lourde que la construction du pont avec les ouvriers, les ingénieurs et l'artiste omniprésent comme un maître d'oeuvre qui veille au beau drapé des toiles, à la solidité des noeuds, à la dynamique des vents, à la ligne de flottaison. Là, le film gagne une grande intensité esthétique et poétique. On n'est plus dans l'interview, l'anecdote ou la saga familiale mais dans l'oeuvre et sa force de déflagration. Quelques critiques et beaux esprits viennent prononcer des avis définitifs et, enfin, le bon peuple circule. Il y a les pour et les contre, les admirateurs et les adversaires, bref, c'est la fête et la foire, le lieu de promenade et de palabres. Quelques "zoom" un peu brusques, un bon découpage pour montrer les différents points de vue sur ce travail ont été faits par une équipe de télévision qui connaît l'efficacité de son métier. Une musique de citation (les voix bulgares ou "la vie en rose") accentue de côté volontairement cliché sur l'éternel Paris touristique. Bref, un document complet sur un événement qui a été une date importante pour l'art contemporain.

Christo
Christo Javacheff est né en 1935 à Gabrovo en Bulgarie. Il a suivi les cours de l'Académie des Beaux-Arts de Sofia et s'est exilé à Paris en 1958. Dans chacune de ses oeuvres, fragiles et temporaires, il cherche à combiner peinture, sculpture, architecture, urbanisme et paysage naturel. "Je veux redéfinir la démarche artistique, contester la notion traditionnelle de l'immortalité de l'art. Je tiens aussi beaucoup à la notion de liberté : personne ne peut acheter, conserver, commercialiser mes projets". Dans le monde entier il propose des projets fascinants. Parmi eux : "5600 meters package" Documenta 4 (1968), "Valley curtain" (Colorado 1972), "Running fence" (Californie 1976), "the Mastaba of Abu Dhabi" (projet 1979), "Surrounded islands" (Floride 1983), "The Umbrellas" (projet Japon 1985), "Reichstag" (Allemagne 1995).


Le Cirque de Calder

16 mm, Couleur, 19', 1961
Réalisation : Carlos Vilardebo
Image : André Bac
Montage : Anne-Marie Cotret
Narrateur : Alexandre Calder
Production : Société Nouvelle Pathé Cinéma
Pays : France

En 1929, Calder fait un cirque avec des bouts de ficelle, des fils de fer, des morceaux de tissus, des bouchons, des petits bois. Un cirque fait comme un jeu d'enfant, génial, bricolé, inventif, plein de poésie et de drôlerie. Il le range dans une valise qui est maintenant au Witney Museum à New York Il aurait voulu prévoir d'autres numéros, mais alors il aurait eu besoin de deux valises et il s'est arrêté. Parfois, devant ses amis, il ouvrait sa malle aux trésors et montrait les lions, les trapézistes, les lanceurs de couteaux, la danse du ventre. Le film capte une de ses représentations données dans le grenier de la maison de Calder et nous met sous le charme de sa voix à l'irrésistible accent américain qui commente et présente le spectacle comme Monsieur Loyal, tandis que son grand corps est agenouillé sur un coussin et ses énormes mains de sculpteur manipulent ses petits personnages, déploient les accessoires de chaque numéro avec une précision de dentellière. Sa femme, à la sono, met les disques de musique foraine qui accompagnent les dompteurs ou les équilibristes. Un film qui a simplement voulu capter un moment de magie, de poésie et d'humour et qui y est parfaitement arrivé.

Alexander Calder (1898 - 1976)
Sculpteur américain. Ingénieur de formation, il fait trente-six métiers avant de se fixer à New York où il réalise, en 1923, ses premières pièces en bois et fil de fer. Il va à Paris où il rencontre Arp, Léger, Mondrian. C'est Marcel Duchamp qui baptisa "mobile" ses sculptures animées, tandis que Arp appela "stabile" les oeuvres massives et statiques. Son imagination, associée à son habilité de mécanicien, lui permirent de créer un univers rythmé, se renouvelant sans cesse en toute liberté.


Cobra

16 mm, Couleur, 52', 1975
Réalisation : Ole Roos
Image : Dirck Bruel, Peter Roos, Ole Roos
Son : Ole Henning Hansen
Montage : Ole Roos, Ole Askman
Coproduction : Spectrum Films, RM Productions
Version française : Thierry Zéno
Pays : Danemark

Un film de rencontres avec quelques cobristes, Alechinsky, Constant, Corneille, Pedersen, structuré autour de l'histoire du mouvement racontée par Christian Dotremont, depuis le manifeste du 8 novembre 1948 et passant par la définition de l'esprit Cobra, la vie du groupe, les rencontres de Bregenrod, le scandale de l'exposition du Stedelijk. Des documents, des photos, des tableaux, des ateliers mais surtout l'extraordinaire présence de Dotremont; son discours, son humour. Un moment d'anthologie loufoque : le commentaire d'un livre de préhistoire, illustré pour les enfants, qui sert à décrire les grands moments du mouvement. Le film s'ouvre et se ferme sur les images du 10, rue de la Paille, lieu fondateur maintenant complètement délabré, il respecte la chronologie, et se construit à base d'interviews qui, maintenant, sont devenues d'exceptionnels documents.

Cobra
"Créé en 1948, le nom est venu de l'initiale des trois capitales de ce premier Bénélux artistique élargi (Copenhague, Bruxelles, Amsterdam). L'initiateur était un jeune peintre danois, Asger Jorn, le technicien en relation publique, le poète belge Christian Dotremont. Les membres du groupe se nommèrent Appel, Jacobsen, Alechinsky, Corneille, Constant, etc. En réaction contre l'école de Paris, Cobra se réfère à l'art primitif et populaire, aux voyages, au Nord, à la spontanéité, au folklore, aux autres civilisations, à la recherche de la vie. "Tout lui était bon quelles que soient la tache, la forme, le matériau pour exprimer cet appétit de liberté au nom duquel il se dressait contre l'abstraction géométrique, la peinture convenable, la figuration confortable". Restany, Cabanne.


Cocteau Jean, autoportrait d'un inconnu

16 mm, Noir et Blanc, Couleur, 65', 1983
Réalisation : Edgardo Cozarinsky
Scénario : Edgardo Cozarinsky sur une idée de Carole Weisweiller
Montage : Georges Klotz, Catherine Despratz
Coproduction : Antenne 2, Institut National de la Communication Audiovisuelle, Antegor,
J.C. productions
Pays : France

Le film-somme sur Jean Cocteau et un grand film de montage. Cozarinsky a fait un assemblage brillant des interviews, des séquences de télévision, des propres films de Cocteau, du "Sang d'un poète" à la "Villa Santo Sospir". Constamment, la voix et la présence de Cocteau, qui raconte son enfance et sa famille charmante, les fausses chances qu'il a eues trop jeune, l'époque des Ballets russes, le scandale de Parade et des mariés de la Tour Eiffel. Il parle de Radiguet et de Jean Marais, de la poésie, de son travail de peintre et de dessinateur qu'il appelle une écriture dénouée, des gens qu'il a connu c'est-à-dire, tout le monde. La moindre anecdote devient lumineuse d'intelligence, le moindre mot, profond. Finie la légende de Cocteau, amuseur public. On voit enfin l'importance considérable qu'il a eue, la grâce et le génie qu'il mettait en toute chose et surtout, son immense gentillesse et sa grande générosité, au sens fort de ces termes.

Cocteau Jean (1889 - 1963)
L'homme-orchestre de l'avant-garde, un "professeur de modernisme". Ecrivain, poète, dessinateur, cinéaste, Cocteau occupe une place particulière dans le monde des créateurs. Son oeuvre est importante. Il a publié des romans, des poèmes, des essais, fait des films, fait des fresques. A travers des images et des personnages peu communs, Cocteau construit un univers où la mythologie se mêle au surréel, où les frontières du mensonge et de la vérité s'estompent. Et il ne faut pas oublier que sa vie aussi est un chef-d'oeuvre.

Edgardo Cozarinsky
Né en Argentine en 1939. Après un long métrage fait dans son pays "Points de suspension", Cozarinsky émigre en France en 1974. Sans abandonner la fiction, il fait surtout des films de montage, "La guerre d'un seul homme" sur l'occupation et "Le journal d'Ernst Jünger", le portrait de Cocteau et celui de Sarah Bernard.


Colour Box

film d'animation, 16 mm, Couleur, 4', 1935
Réalisation : Len Lye
Production : GPO Film Unit
Pays : Nouvelle Zélande
Prix Spécial au Festival International du Film de Bruxelles 1935

Len Lye est, dès 1934, un des inventeurs du cinéma sans caméra. Il peint ses films directement sur la pellicule, gagnant ainsi une totale liberté créatrice puisqu'il est délivré de la contraignante présence des caméras, des techniciens, des acteurs. Il délie le cinéma de "l'asservissement au réel" pour le rendre au geste, à l'imagination. Dans Colour Box, il propose un éblouissant ballet porté par une musique de jazz et de swing où lignes, lettres, pastilles font une chorégraphie graphique et abstraite, inventive et jubilatoire.

Len Lye (1901 - 1980)
Cinéaste néo-zélandais. Il émigre à Londres, dans les années 29 et s'intéresse au cinéma d'animation. Il utilise cette technique pour des films publicitaires et des documentaires. En 1934, il met au point le dessin sur pellicule et influence des cinéastes comme McLaren et Colin Low. Mais ses recherches très importantes ne l'amènent pas au succès. Il part aux U.S.A. et, dès 1950, se consacre à la peinture et à la sculpture. Il a réalisé, entre autres, "Rainbow dance" (1936), "Trade tattoo" (1937), "Musical poster" (1941).


Costakis, le collectionneur

16 mm, Couleur, 60', 1983
Réalisation : Barrie Gavin
Image : Christopher Cox
Son : Mélanie Chat
Montage : Don Fairservice
Commentaire : Lyndon Brook
Coproduction : Penny Clark, Third Eye Production for RM Arts Munich en association avec Channel Four et E.R.T. Grèce
Version française : Thierry Zéno
Pays : Royaume-Uni

Une collection russe et un collectionneur grec. Costakis, fils de petits commerçants athéniens, exilé en U.R.S.S., a passé sa vie à Moscou comme employé d'ambassade, dealer d'antiquités, marchand d'art. Après la guerre, il a eu "la révélation" de l'art contemporain et son existence a été transformée. Il quitte la Russie en 1978, âgé, riche, bien qu'il n'ait pu sortir que vingt pour cent de sa collection, le reste laissé là-bas, au profit des Musées nationaux brusquement intéressés par le travail de recherche et de sauveur d'un patrimoine tenu pour rien par "le réalisme soviétique". Maintenant, dans sa très belle maison, il peint et joue de la peinture (mais oublions ces activités) et, assis sur son canapé, il raconte ses débuts difficiles, sa vie de "chasseur" de tableaux, de détective d'art, homme saisi par le démon de la modernité qui se prive de tout pour acheter des chefs-d'oeuvre méprisés par l'idéologie, Malevitch, Talkin, etc. Son appartement à Moscou, caverne d'Ali Baba, lieu de rencontre de l'intelligentsia était devenu mythique. A lui tout seul, il a été, contre le régime, un ministère des arts plastiques. Il est heureux, généreux, sans amertume, ouvert maintenant sur une nouvelle génération d'artistes soviétiques. Riche de lui-même et de son travail. Un homme merveilleux pris dans un portrait télévisuel très conventionnel : plan sur les peintures, plan confidence/monologue, plan documents d'archives. La chronologie défile et la biographie classique recommence, jusqu'à ce que Costakis soit arrivé au bout de ses récits de détective/détecteur de l'art.


Gustave Courbet, L'Origine du monde

couleur, 28', 1996
REALISATION : Jean-Paul Fargier
IMAGE : Thierry Gordon
ECLAIRAGE : Philippe Gatard
MACHINERIE : Pascal Banzet
BANC-TITRE : Katia Jacquel et Françoise Souchet
MIXAGE : Jean-Michel Debord
PRODUCTION : Ex Nihilo, La Sept, le Musée d'Orsay
PAYS : France

L'histoire d'un tableau magnifiquement transgressif dont les avatars avant qu'il ne trouve son accrochage définitif aux cimaises du Musée d'Orsay, sont mystérieux et rocambolesques. Jean-Paul Fargier construit son film comme une histoire à énigme et suspense. Qui furent les propriétaires successifs de cette image si troublante d'un sexe féminin ému ? Qui servit de modèle ? Comment fut-il constamment dérobé aux regards, caché comme un trésor, longtemps resté secret, sans dessin, ni gravure, ni photographie, connu seulement par les descriptions des rares privilégiés qui avaient été admis à l'admirer ? Pourquoi tous ces fantasmes et ces fascinations ? Le cinéaste se fait détective et organise son film comme un lever de rideau sur une troublante présence/absence. Non seulement le commentaire est érudit, intelligent et drôle, mais la mise en scène met à profit tous les trucages possibles de la vidéo, incrustation, animation, surimpression, images multiples pour répondre visuellement à toutes les questions posées par ce qui est plus qu'un tableau, une icône.

GUSTAVE COURBET 1819-1877
Peintre français. Un tenant majeur du Réalisme dont de nombreuses toiles s'inspirent d'événements contemporains et rendent compte des problèmes sociaux. Son oeuvre qui s'inscrit contre les sujets conventionnels et dynamite les notions conformistes du représenté et du représentable, déchaînera de violentes polémiques. Il participera activement à la commune et mourra ruiné, exilé en Suisse. On lui doit entre autres tableaux importants " Un enterrement à Ornans ", " L'atelier du peintre ", " Les casseurs de pierre " et bien sûr, le très célèbre et scandaleux " L'Origine du monde. "


Cremonini Leonardo ou les jeux sans règles

16 mm, Couleur, 50', 1978
Réalisation : Jean Louis Roy
Image : Roger Bimpage
Son : Michel Gremion
Montage : Joëlle Van Effenterre, Bertrand Theubet
Production : Pierre Gisling
Pays : Suisse

Dans son atelier, devant ses toiles, à Trouville, Crémonini parle. Seul ou avec un interlocuteur qui joue le rôle de l'ami critique. Il développe autour de son oeuvre un discours savant sur l'organique, les éléments, la solitude, le fantastique,... Discours de théoricien heureusement illustré par ses toiles, moins heureusement pris dans une musique omniprésente. Parfois, un texte de commentaire de style "poétique" vient appuyer la mise en décor du peintre, au bord de la mer, en hiver : digue et cafés déserts, désolation de la mauvaise saison. La réalisation en fait un personnage fictionnel alors que la bande son est celle d'une interview "France-Culture"; quelques éléments biographiques sont abordés mais le propos du film n'est pas là. Il s'agit d'une réflexion sur la nécessité de peindre et le sens d'un travail fait par l'artiste lui-même.

Léonardo Crémonini
Né à Bologne en 1925. Son père, cheminot, est un peintre du dimanche, qui donnera à son fils le goût de sa passion : faire des tableaux. Léonardo étudie à Bologne, dans des ateliers privés, puis à Milan. Il s'installe à Paris, expose à New York, sans quitter définitivement l'Italie. Depuis 1950, il fait une oeuvre forte qui a traversé divers courants, ou différentes écoles, pour les marquer de sa personnalité. Ni réaliste, ni hyperréaliste, ni surréaliste, il suit un chemin personnel qui recoupe les grandes interrogations de la peinture contemporaine.


Le Cubisme

16 mm, Couleur, 51', 1975
Réalisation : Daniel Lander
Image : Jacques Grevin, Jacques Boumendil, Yves Bulleraux, Lionel Cousin
Son : Daniel Mostardi
Montage : Anne-Elisabeth Amado, Régine Chapel
Musique : François de Roubaix, Stravinski, Satie
Commentaire : Daniel Lander dit par Denis Manuel. Extraits de : "Le dossier Fernand Léger" (Daniel Lecomte), "Juan Jris" (Jacqueline Plessis), "Georges Braque" (André Bureau)
Production : RM Productions
Pays : France

Le cubisme fut certainement la plus importante révolution plastique du XXème siècle proposée sur la surface plane d'un tableau. Le film est une galopade à travers ce mouvement, de ses origines (Cézanne, l'art nègre, l'art des Cyclades) jusqu'à sa banalisation au Salon des Arts Déco de 1925 en passant par les peintres et les tableaux majeurs, Picasso, Braque, Gris, Duchamp, Léger, etc. sans oublier le marchand Kanweiller; les lieux - le bateau- lavoir, la ruche - ; les événements, la représentation de Parade. Une si importante matière est portée par des interviews d'historiens et de témoins, des bandes d'actualité (la belle époque, les années folles), beaucoup de vues de Paris, des extraits de films sur les peintres et, évidemment, les tableaux. Le commentaire truffé de citations est historique et informatif.

Le cubisme (1907 - 1914)
Les tableaux des origines sont incontestablement "Les demoiselles d'Avignon" de Picasso et "Les Maisons de l'Estaque" de Braque. Ce mouvement proposait non seulement une nouvelle manière de peindre mais aussi une façon différente de voir ou de mieux concevoir le réel. Il met en place un univers de peinture mentale et une nouvelle organisation des formes.

Daniel Lander
Né en 1942. Est à la fois réalisateur, peintre et écrivain. Pour la télévision, il a réalisé de nombreux documentaires historiques ou culturels dont "La troisième république", "la guerre de cent ans", "le néoclassicisme", ou des portraits : La Comtesse de Ségur, Haendel, Cocteau, etc.


Le Cyclop de Jean Tinguely

Vidéo U-Matic - noir et blanc - couleur - 52' - 1996
Scénario  : Armé Steckmest
Réalisation : Arné Steckmest
Image : Pierre-Olivier Larrieu
Cadre : Nick Dedepensier, Denis Rolland et Pierre Olivier Larrieu
Opérateur Steddycam : Olivier Audige
Assistant : Jean-Stéphane Doignon
Montage : Fabienne Paches
Production : Artik Films, Avec le soutien du Centre Georges Pompidou
Pays : France

Dans la profondeur des bois de Milly-la-Forêt, prés de Paris se trouve une oeuvre monumentale, une sculpture musée, oeuvre testament de Jean Tinguely, propriété de l'Etat français qui a, depuis 1991, la charge de l'entretien de ce travail "cauchemardesque et enchanteur". Le film est l'histoire de cette création qui a demandé 30 ans de travail. Il y a d'abord le récit quasi rocambolesque de cette entreprise titanesque en butte à l'hostilité des saisons, au vandalisme des promeneurs qui, pendant sa construction, transformaient "ce tas de ferraille" en stand de tir, liée aussi aux aléas, aux finances et au désir de Tinguely. Il fait également le portrait de l'artiste et retrace les étapes principales de ses recherches. Après ses études aux Beaux-Arts de Bâle, sa venue à Paris, son impossibilité de terminer un tableau (représentation immobile) qui ne lui convenait pas, son désir de s'inscrire dans un art du mouvement et de l'éphémère. Il aura les "Méta Malevitch", la premiére machine auto destructrice à New York (1960), "Eurêka" (1964), les "Potozaza" (1967) etc. L'homme est évoqué aussi avec sa profonde générosité, sa folie, son humour, sa rigueur. Il le restitue aussi dans toute la conjoncture historique des "nouveaux réalistes" école conduite par le critique Jean Restany, puisqu'il a invité tous ses amis à venir travailler avec lui à la construction de son Cyclope : Arman, Jean-Pierre Raynaud, Spoerri, César, Niki de Saint Phalle, etc. avec un hommage à Yves Klein disparu en 1962. Le film alterne les témoignages, les images d'archives et devient ainsi un document important et intelligent sur un artiste et une période passionnante de l'art contemporain. Le commentaire précis et informatif ne tombe jamais dans le ronron du didactisme.

Jean Tinguely (1925 - 1991)
Né à Fribourg. Suit accessoirement des cours d'une école d'art appliqué à Bâle mais surtout rencontre Spoerri puis Yves Klein, puis Niki de Saint Phalle. Il s'installe à Paris, expose chez Denise René et chez Iris Clerc. En 1960, son "hommage à New York " sera sa premiére machine autodestructrice. Il travaille avec des musiciens, des danseurs. De Tokyo à Lausanne, de New York à Montréal, de Paris à Milan, il va donner une oeuvre considérable dont on peut retenir quelques points forts : "Eurêka", "le Paradis", "Rotozara", "la Tête". Les rétrospectives, les commandes publiques se succèdent faisant alterner dans leurs réalisations, les pulsions qui ont toujours défini son travail "la vie et la mort, l'arrêt et l'élan". Il appartient, comme l'écrit Pontus Ulten, à l'avant-garde de l'entre-deux guerres, à la pureté de Dada, mais aussi à l'esprit constructiviste et au postmodernisme.


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