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Magritte ou la leçon de choses

16 mm, Couleur, 15', 1960
Réalisation : Luc de Heusch, Jacques Delcorde, Jean Raine
Image : Freddy Geilfus, Oleg Tourjansky
Montage : Suzanne Baron
Textes de Magritte lus par Serge Sauvion
Production : Ministère de l'Instruction Publique, Television Belge
Pays : Belgique
Diplôme Spécial Bergame 1960 - Premier Prix Anvers 1960

Au départ, une commande de la télévision, un artiste, juste avant que la gloire internationale ne le saisisse, donc un homme affable et disponible, et un texte de Breton "La leçon des choses", dix lignes merveilleuses qui disent que les objets doivent être pris au sérieux. Magritte est situé, avant tout, dans son travail de poète, de visionnaire, de perturbateur de mots et d'images. Ce n'est pas par hasard qu'on ne le verra pas se débattre avec sa toile et ses pinceaux. Peindre est pour lui l'acte intermédiaire entre une proposition poétique et la perturbation des titres. Tout le film va se jouer sur la transformation des objets, la rupture des apparences, l'envers des choses. Il y a la présence de Magritte, ses textes lus en off par un comédien, ses amis surréalistes réunis bourgeoisement pour de grandes trouvailles littéraires et son univers pictural dans lequel Luc de Heusch se glisse jusqu'à l'entrée en "Magrittie" où les tableaux sont filmés décadrés, en continu, tels un monde cohérent mais étrange, qui se termine sur un rêve minéral et l'idée d'éternité.

René Magritte (1898 - 1967)
Il occupe dans la peinture surréaliste une position exceptionnelle et dominante. Son ami Nougé définit ainsi son travail : "au départ, un mélange presque inextricable d'illuminations partielles, d'actes, de retours, de désirs, de plaisirs particuliers, de gènes, de distractions, de sommeils, de réveils, et, en fin de compte, le tableau existe".

Luc de Heusch
Cinéaste, ethnologue et écrivain, né à Bruxelles en 1927. Assistant d'Henri Storck, associé au groupe cobra, il débute dans le cinéma avec un court métrage symbolique "Perséphone", ramène d'Afrique des films proches de Jean Rouch, tourne en Belgique des documentaires où il fait de l'ethnologie intérieure. Depuis, 1960, il poursuit une carrière de professeur d'université entre Paris et Bruxelles et un travail de réalisateur axé, en priorité, sur le film d'art.


Maillol Aristide, sculpteur

16 mm, Noir et Blanc, 22', 1943
Réalisation : Jean Lods
Image : Claude Renoir, Jacques Mercanton, Raymond Picon-Borel
Montage : Denise Hautecoeur
Musique : Roger Désormières et chants catalans
Commentaire : Claude Roy dit par Pierre Asso
Pays : France

Il s'agit d'un portrait filmé, prévient le générique, et pas d'une étude de l'oeuvre ni d'une biographie. Parfait, cela permet de voir constamment Maillol à la fin de sa vie, le béret sur la tête, la barbe blanche au vent à Banyuls, sa ville natale, entre sa maison des villes et sa maison des champs, vivre la journée "ordinaire" d'un homme qui sculpte, dessine et peint comme il respire, simplement. Il y a un charme agreste et bucolique dans toutes les images. Ses statues, des grands corps de femmes robustes, sont filmées sous une bonne lumière et d'une manière qui permet de les voir dans les trois dimensions. Lui, Maillol, change de place avec le soleil pour dessiner car "tout dans la nature l'intéresse". Le commentaire, un peu emphatique, a vieilli mais le film est juste, plein de sensualité et de sérénité. Un début et une fin "documentaire" présentent les pêcheurs et les paysans d'une manière gentiment paternaliste.

Maillol Aristide (1861 - 1944)
D'abord peintre, puis sculpteur de bois, il vient au modelage à 40 ans. Quel que soit le sujet, il le représente toujours avec des corps de solides gaillardes, aux formes amples et simplifiées qui renouent avec la sculpture classique et antique. Il a aussi illustré Ronsard, Ovide et Virgile avec un sens évident du bonheur de vivre et du trait.

Jean Lods (1903 - 1974)
Ami de Vertov et de Vigo, il fonde avec Moussinac les premiers ciné-clubs. Il fait des films d'avant-garde, réalise un long métrage sur les cheminots et son chef-d'oeuvre "Le Mile" (1932) sur le coureur Jules Ladoumègue. Puis, il se consacre à des portraits de personnalités de la culture et de la politique : Lurçat, Barbusse, Jean Jaurès, etc. Il est un des co-fondateurs de l'IDHEC.


La Maison aux images

16 mm, Couleur, 20', 1955
Réalisation : Jean Grémillon
Image : Louis Page
Montage : J.L. Alvarez
Textes : Jean Grémillon, dits par lui-même
Musique : Jean Grémillon, interprétée par Hélène Bosch et Nadine Desouches fabrication des estampes de Miro, Masson, Dunoyer de Segonzac et Trémois
Production : Christiane Grémillon, Films du Dauphin
Pays : France
Prix spécial au Festival de Venise 1956
Prix au Festival de Cork

Un film de charme qui présente, d'une manière populiste et prévertienne, Montmartre, petit "village" parisien pour peintres et touristes. Le lieu posé du Sacré Coeur, aux rues provinciales, nous suivons le travail de Jean Fernot qui a un atelier de gravure. On présente simplement et sans ennui, les gestes des artisans/artistes, leurs outils, les différentes techniques (taille douce, burin, pointe sèche, bois gravé, cuivre et acide) et les planches qui sortent signées Miro, Masson, Dunoyer de Segonzac, Trémois, etc. Il n'y a pas de didactisme, simplement les gestes d'un savoir-faire.

Jean Grémillon (1901 - 1959)
Avant d'être cinéaste, il a appris la musique et est devenu réalisateur après avoir exercé les métiers de titreur et de monteur. A l'époque du muet, il signe des documents et des films expérimentaux. Il donne au cinéma français d'avant-guerre quelques-uns uns de ses chefs-d'oeuvre : "L'étrange Monsieur Victor" (1938), "Remorques" (1939), "Lumières d'été" (1943). A la libération, très injustement, "il n'a plus la cote" et retourne au documentaire où il exalte le travail, le dévouement, la patience des créateurs sur qui reposent une culture. Parmi eux, "Haute Lice" (1956) et "André Masson et les quatre éléments" (1959).


La Maison de campagne

Film d'Animation, 16 mm, Couleur, 8', 1981
Réalisation : Josette Janssens
Production : Belgische Animatiefilm Centrum, Gent
Pays : Belgique
Prix de la R.T.B.F., au 6ème Festival du Court Métrage à Namur 1982
Premier Prix dans la catégorie "première oeuvre" au 4ème Festival International de dessins animés d'Ottawa 1982

Un film d'animation fait à base de dessins, très carnet de croquis, aux couleurs d'aquarelle. C'est une fantaisie musicale. On savait que la musique adoucissait les moeurs; ici, elle permet aussi de rêver, de se retrouver dans des vies imaginaires. Aux sons de "La flûte enchantée", des personnages très début du siècle qui ne se connaissent pas, se retrouvent dans une vieille et magique maison pour participer à un ballet fantasmatique. A la dernière note, la réalité remet les choses en place, les petites filles reviennent dans leur jardin et les amoureux ne planeront plus comme ceux de Chagall.

Josette Janssens (1949-1982)
Graphiste et dessinatrice belge. Elle a également fait du cinéma d'animation, créé des décors de théâtre et des vêtements, dirigé la célèbre école de mode de l'Académie des Beaux-Arts d'Anvers. Classée parmi les cent meilleurs caricaturistes européens, elle a développé pendant sa trop courte carrière des styles et des techniques très diversifiés mais toujours avec humour, fantaisie, imagination et accumulé les récompenses internationales.


La Maison de Jean-Pierre Raynaud 1969-1993

Vidéo U-Matic - couleur - 31' - 1993
Réalisation : Michelle Porte
Image : Daniel Leterrier
Montage : Annick Breuil
Musique : Arvo Pärt
Photos d'archives : Denise Durand-Ruel
Conseillers artistiques de Denise Durand-Ruel et José Alvarez>
Avec la participation de Jean-Pierre Raynaud
Coproduction : La Sept et Caméras Continentales
Pays : France

En plan télévisuel, face caméra, Jean-Pierre Raynaud parle. Il dit l'histoire de sa maison à la Celle-Saint-Clou, maison qui est la métaphore de sa vie d'homme et de son travail d'artiste. Ses cinq stades, de la premiére occupation d'un banal pavillon de banlieue, habitation normale d'un jeune couple, à son enterrement de pierres célébré aux Entrepôts Lainé à Bordeaux. Cette évolution a amené très vite un divorce (dans la vie personnelle de l'artiste), puis la transformation et la radicalisation de son travail quand les célèbres carreaux blancs 15/15 ont recouvert l'espace, les meubles, chassé tout élément extérieur à "cette architecture absolue". D'abord sans fenêtre avec juste une meurtrière, puis en blockhaus, pour passer au stade vitrail, la maison est arrivée à une beauté parfaite. Pendant quatre ans J-P Raynaud s'est interrogé. Devait-il rester l'éternel gardien de cette perfection inerte? Il a alors décidé de lui offrir son ultime renaissance, de la métamorphoser en la démolissant. La réalisatrice Michelle Porte, dans de lents panos, promène sa caméra à travers les pièces, dans leur ultime achèvement avant l'arrivée des bulldozers. C'est une circulation quasi religieuse qui capte 23 ans de vie et de recherche et fait entrer dans une aventure intérieure intense, puisque cette maison était pour l'artiste à la fois un laboratoire et une aventureuse amoureuse.

Jean-Pierre Raynaud
Né en 1939 à Courbevoie. Fait une école d'horticulture mais n'exercera pas son métier car très vite il ressent un très grand besoin d'expression plastique. Avec des matériaux de récupération il fait d'abord des "psycho objets" toujours laqués blanc /rouge. Il entame la série des pots (de fleurs sans fleur) et commence à utiliser dans sa maison ses fameux carreaux blancs qui ouvrent la période carrelage. Il va aussi travailler sur les signes qui définissent les dangers dans notre civilisation: extincteurs d'incendie, jauge, barils de matières dangereuses, mobilier médical, masque à gaz. Il intervient dans de nombreux espaces publics : Projet de la tour blanche aux Minguettes, vitraux de l'abbaye cistercienne de Noirlac, jardin d'eau à Monaco, réalisation d'espaces zéros ... et tous les grands musées d'art contemporains ont exposé ses travaux.

Michelle Porte
Cinéaste, écrivain, journaliste. A travaillé deux ans au groupe de Recherche Image de l'O.R.T.F. Après avoir été assistante sur divers longs métrages, elle a poursuivi une oeuvre personnelle. Elle a réalisé une vingtaine de films, tous liés à la culture, parmi lesquels on peut citer : "Les lieux de Marguerite Duras" (1976), "La Peste-Marseille" (1982), "La Princesse Palatine à Versailles" (1985), "Edmond Jabes" (1989), "La maison de Jean-Pierre Raynaud 1969-1993" (1993), "Françoise Sagan" (1996).


Maîtres des rues - Les Peintres populaires du Zaïre

16 mm - couleur - 54' - 1989
Réalisation  : Dirk Dumon
Sur une idée de Dirk Dumon et Jean-Pierre Jacquemin
Image : Dieter Van Leemputten
Son : Daniel Pilatte
Montage : Gilberte Coenen
Commentaire : Jean-Pierre Jacquemin
Coproduction : Cobra Films - BRT - Centre de l'Audiovisuel à Bruxelles (CBA)
Pays : Belgique

A Kinshasa, à Kisangani, dans les boutiques, les bars, les petits ateliers, les peintres ont la parole et les murs aussi. Enseignes naïves, saynètes pleines d'humour, fresques spontanées pour faire la morale, appâter le chaland ou simplement pour se faire plaisir, il y a, dans tout le Zaïre, une explosion de créativité qui fait partie intégrante de la vie quotidienne. Certains de ces artistes spontanés deviennent peintre à part entière : leurs tableaux sont vendus aux amateurs locaux ou internationaux puisque certains d'entre eux sont désormais connus à Paris, New York ou Londres. Cheri Samba, Moke, Syms, Mouecky sont côtés au marché de l'art. Dirk Dumon nous propose un voyage au pays des sirènes qui boivent de la bière, des singes qui font du vélo, du "catéchisme/cacahuète" et des beaux boubous dont le tangage fait chavirer les coeurs. Les peintres sont interviewés : ils parlent de leur inspiration et de leur imaginaire qui ouvrent sur un univers de fantasmes et de réalités : la colonisation, les "événements", la bible, la mythologie, le "foutoir" de la vie ordinaire avec les difficultés économiques, les affaires d'amour, etc.
Art naïf, art, BD picturales, qu'importe, on entre dans un univers coloré, original, humoristique. Un bon reportage.

Peinture zaïroise
Parmi les artistes présentés à Paris dans la manifestation "Les magiciens de la terre", Cheri Samba est le plus connu. Mais la définition de son travail tel qu'il est ici décrit résume celui des autres artistes : "Il transpose la technique de la bande dessinée sur la toile. Sa peinture apparaît comme une synthèse subtile de l'imagerie publicitaire, de l'inventivité verbale, de l'observation de la vie quotidienne. Il porte un regard extrêmement critique sur la vie sociale, les moeurs, les habitudes, la sexualité, sur la vie économique, politique de son pays et nous en donne des images vives, pleines d'humour le plus corrosif."

Dirk Dumon
Né à Roeselare en 1943. Etudes de réalisation de 1962 à 1966. Assistant de P. Haesaerts pour le film d'art "Breughel" (1967). A réalisé une cinquantaine de documentaires dans le domaine socioculturel, les sciences humaines et le tiers monde : "Kalachakra", "Tibet", "L'Inde", "Prier pour guérir", "Face à face à la mort", "Maîtres des rues" (1989), "500 ans de solitude" (1991), "L'oracle de Maama Tseembu". Actuellement, réalisateur pour la B.R.T.N. au service sciences.


Malevitch ou l'impatience des limites

16mm, Couleur, 33', 1978
Réalisation : Yves Kovacs
Montage : Marina Collet
Avec la participation de : Troels Andersen, Willem Sandberg
Textes de Malevitch dits par Laurent Terzieff
Production : Antenne 2
Pays : France
Dans la série "Zig-Zag" de Teri Wehn-Damisch
Grand Prix du Festival du Film d'Art Paris 1979

Le prégénérique nous met directement dans l'aventure du carré noir sur fond blanc. Il y a quelques données biographiques mais tout le film est centré sur l'évolution de l'oeuvre de Malevitch, la période suprématiste et le retour, à la fin de sa vie, à une certaine figuration. Tout cela est mis en perspective avec les événements qui ont transformé la Russie en URSS (1905, la révolution d'octobre, l'installation du réalisme soviétique) ou l'invention de l'aviation qui a beaucoup intéressé le peintre, le tout illustré par des fragments de films d'actualités. Une interview de l'historien d'art Troels Andersen structure le film : il développe une lecture de Malevitch personnelle et fine. Les tableaux, les dessins sont présentés frontalement comme des dias avec une volonté d'illustration et d'efficacité. On évoque aussi l'a-logisme, les architectones, son travail de professeur, sa théorie du zéro. La musique est parfois assez redondante et les beaux textes de Malevitch, lyriques et forts, sont lus d'une manière assez emphatique par Laurent Terzieff.

Kasimir Malevitch (1878 - 1935)
Peintre russe, qui fut d'abord influencé par les impressionnistes, les fauves et les cubistes. Avec son" Carré noir sur fond blanc", exposé à Moscou en 1915, il lance le suprématisme, un art radicalement non figuratif qui "rejette le sujet et les objets et veut atteindre la limite de la couleur". Après s'être beaucoup impliqué dans la révolution, Malevitch devient suspect mais son retour à la figuration est plus subversif et créatif qu'on a bien voulu le penser.

Yves Kovacs
Pendant 10 ans, il a été l'assistant de cinéastes comme Chabrol, Welles, Rohmer, Rossellini. Depuis 1967, il a réalisé plus de 180 films pour la télévision et s'est fait un nom dans le documentaire d'art. Il a reçu de nombreux prix pour "Botero", "Paris, Paris", "Malevitch", "L'Art Nouveau". Il est aussi l'auteur démissions littéraires (Jouhandeau, Sarraute, Céline, etc.) et de dramatiques T.V.


Manessier

16 mm, Couleur, 22', 1983
Réalisation : Pascal Bony
Image : Arnaud du Boisberranger
Son : Philippe Letty, Wilfred Hakoune
Montage : Bruno Gaultier, Christophe Loizillon
Production : Gresh Productions
Pays : France

Le peintre, sa présence, ses propos, ses toiles évidemment portent le film. Il n'y a pas de commentaire, de narration biographique ou historique. Manessier est revenu à Amiens et dans la baie de la Somme, lieux de son enfance et de son inspiration. Il parle de ce moment là de sa vie et de son travail. On passe des paysages à leur transcription dans son univers pictural. Pendant les deux tiers du film on ne voit que des fragments de tableaux qui défilent, colorés et abstraits, portés par les souvenirs ou les préoccupations du peintre. Il s'agit de la mise en tableaux des paysages du Nord, des vitraux de la cathédrale d'Amiens, du malheur des favellas ou du Vietnam. Les dernières dix minutes du film situent l'essentiel : la dimension des toiles, immenses, la technique, la vie quotidienne du peintre "face au rectangle" son rapport à l'achèvement, il arrête une oeuvre quand elle ne lui parle plus, mais est-il jamais sûr de son silence ? On voit son atelier, ses pinceaux, on sent l'odeur de la peinture. Il y a là quelque chose de très fort, de beau, de juste.

Manessier
Peintre français, né en 1911. Partant de la figuration, il en est venu à l'abstraction qui lui semble plus apte à traduire le sentiment religieux. Coloriste raffiné, il a fortement contribué au renouvellement de l'art sacré.


Man Ray photographe

16 mm, Noir et Blanc, 36', 1961
Réalisation : Claude fayard
Image : André Villard
Montage : Renée Gary
Son : Henri Moline
Dans la série "Chambre Noire"
Pays : France

Un vieux monsieur se promène dans les rues et les parcs de Paris. Le, commentaire vous apprend que c'est Man Ray et décline avec précision mais désinvolture ses mérites. Il rentre chez lui et là, le miracle se met en place. Michel Tournier semble l'interroger. Il monologue. C'est magnifique. Le cinéma se met au service d'une réflexion et d'une mémoire :"je photographie les choses que je ne peux pas peindre, je peins les choses que je ne peux pas photographier.... qui peut, appareil en main, faire voir ses rêves ?" Il raconte le hasard de la solarisation qui cesse d'en être un dès qu'il le maîtrise, il parle du rayogramme. Il commente avec humour et partialité les notes qu'il a mises à des photos qu'il a prises de personnages connus, les cotes les plus hautes étant liées à leur bon rapport avec lui et non au résultat esthétique... c'est aussi simple que cela. Il analyse les objets surréalistes qu'il a faits. Une demi-heure de bonheur et d'intelligence. Un film qui se met modestement mais justement au service d'une rencontre.

Man Ray (1890 - 1976)
"Un américain vient à Paris et lâche la peinture pour l'ombre. Le 14 juillet 1921, un petit bonhomme au visage dur et disgracieux, au regard asymétrique de myope, débarque au Havre. Il venait de New York, il avait fréquenté les cercles les plus novateurs en matière d'art et de littérature.Il apportait dans ses malles le meilleur de son oeuvre, des peintures cubo-futuristes et abstraites, des aérographies et tout un bric à brac d'objets hétéroclites... Il rencontre dada et Duchamp, le surréalisme, il "invente" un siècle plus tard ou presque la photographie; celle qui remet en cause toutes les techniques, perce certains mystères de la matière et du réel". Jean-Hubert Martin.


Man Ray, sa vie, son oeuvre

16 mm, Couleur, 52', 1984
Réalisation : Deidi von Schaewen, Heinz Schwerfel
Image : Deidi von Schaewen
Son : Andreas Reil, Jacques Guillot
Montage : Philippe Puicouyoul
Musique : Tona Scherchen
Extraits de : Zigidor (Boosey & Hawkes), Entr'acte (René Clair), Retour à la raison (Man Ray)
Production : Cinétévé
Pays : France

Le titre annonce exactement le propos. Placé sous le sourire sensuel et introductif du tableau "Les lèvres rouges", le film retrace en 12 chapitres la carrière de Man Ray. Photos "de famille", extraits de films, extraits de documentaires sur Man Ray, interviews (Philippe Soupault sert de guide et de mémoire) mais aussi Juliet, sa femme, Teemy Duchamp , Meret Oppenheim et, bien sûr, la présence abondante de ses photos, de ses peintures, de ses objets, de ses inventions, s'entrecroisent d'une manière chronologique pour le raconter. Il explique sa venue à Paris, son rapport à Dada, au surréalisme, son "invention" de la solarisation, son séjour à Hollywood, son goût des femmes et du jeu d'échecs et surtout son impossibilité de choisir entre la peinture et la photographie. Un film de montage, classique et informatif qui vaut par ses documents et le "bon usage" qu'il en est fait.

Man Ray (1890 - 1976)
"Man Ray nous a tout dit sur lui-même et son oeuvre est sagesse, elle nous parle de connaissance. Sans doute dans ses propos, dans ses écrits, ne nous laisse-t-il que peu d'explications mais il nous parle des réalités positives de son existence : ses rencontres, ses expériences personnelles, ses intuitions mais aussi son étonnant appétit de vivre jusque dans les détails les plus simples de l'existence : la dégustation d'un plat savoureux ou d'un vin, la fabrication de meubles à l'aide de planches ou de caisses à savon, la teinture des rideaux avec une décoction de thé, la lutte joyeuse et ininterrompue pour obtenir des femmes, de la nourriture ou des vêtements chauds sont mêlés intimement à la pratique de la photographie du simple fait que ce sont des plaisirs". Philippe Sers


Marseille, vieux port

16 mm - noir et blanc - muet - 9' - 1929
Prises de vues : de Moholy-Nagy
Montage : Moholy-Nagy

"J'avais à ma disposition, écrit Moholy-Nagy, une longueur déterminée de pellicule (300 m) et j'ai pensé qu'il ne fallait pas présenter l'ensemble d'une grande ville sur si peu de pellicule. Alors j'ai choisi un quartier, le vieux port, partie peu connue du public à cause de sa triste situation sociale, de sa misère et de son insécurité. Je n'ai pas voulu faire un reportage purement impressionniste, mais finalement, j'ai dû me contenter d'une esquisse de la situation, je n'ai même pas fait des prises de vue plongeantes pour mieux saisir l'ensemble. Quand, dans les quartiers sombres, j'ai pu enfin pénétrer dans un appartement en hauteur, on m'y a reçu avec tant d'hostilité que j'ai dû fuir rapidement et, dans la rue, on m'a souvent sérieusement menacé". Ce descriptif sévère des conditions de tournage ne font que rendre plus éclatante la réussite du film : qualité du regard, sens des visages et des gestes, de l'observation des petites choses de la vie. Sans aucun folklorisme genre "misère et soleil" il sent et montre la diversité des activités, le grouillement des enfants et des chats, les mini situations et hasards de rue : le sourire des jolies filles, la rencontre de l'eau et de la terre, de l'ombre et de lumière. Tous ses plans sont construits dans un esprit constructiviste, un jeu de lignes et de formes, des perspectives novatrices, des gros plans. De ce kaléidoscope, surgit un portrait qui à la fois s'appuie sur les recherches de l'avant garde et n'élimine ni le tremblé de la vie ni les préoccupations sociales.

Laszlo Moholy-Nagy
Né en Hongrie du sud en 1895. Mort en 1946, d'une leucémie, à Chicago. Fondateur du new Bauhaus et de l'Institute of Design, enseignant au Bauhaus de Weimar de I923 à 1928, il est un farouche partisan du réformisme pédagogique, l'art étant avant tout pour lui, une communication sociale. Les supports de sa création témoignent d'un incroyable éclectisme : peintures, photographies, photogrammes, films, sculptures en verre, zinc, bois et métal chromé attestent d'un créateur curieux de l'espace et des découvertes de son temps.


Markowicz André, La Voix d'un traducteur

couleur, 50', 1999
REALISATION : Anne-Marie Rocher
SCENARIO : Anne-Marie Rocher et Richard-Max Tremblay
IMAGE : Yves Koslosky
SON : Chantal Rhéaume
MONTAGE : Pierre Viau
MUSIQUE : Jean Derome
PRODUCTION : Testa/Montréal/Canada

Sur la couverture d'un livre ou dans l'attention du lecteur, le nom du traducteur est une information qui n'est pas déterminante. On achète un auteur et pour le reste, on se fie au sérieux de l'éditeur. André Marcowicz est arrivé à imposer son nom à côté de celui de Dostoïevski, dont il s'était promis de retraduire toute l'oeuvre en dix ans, pari tenu. Cette revisitation de l'écrivain russe, violente, heurtée, n'essayant en rien de rendre lisses les rugosités, de gommer les répétitions, a éclaté comme un coup de tonnerre dans le Landerneau des lettres. " Je ne veux pas rendre français l'étranger, mais permettre au français d'accueillir l'étranger ". Il parle, il s'explique, habité par son travail, analysant ce qui caractérise la langue de Dostoïevski. Inspiré et heureux. Modeste aussi, car il connaît la somme de doute, de recherche, d'illumination qu'il a traversé et qu'il partage avec sa compagne Françoise Morvan, elle, traductrice de Tchékhov... Couple soudé par un travail qui amène d'interminables et fertiles discussions, dans une complémentarité stimulante. Mais leur complicité ne s'arrête pas là. Françoise Morvan est bretonne, et voilà que l'insatiable Markowicz fait venir des poètes russes contemporains pour les transcrire en breton, qu'il se transforme en éditeur trilingue de la poétesse Akhmatova, qu'il court au Québec pour qu'un poème celtique soit transposé en amérindien. Devant un homme aussi passionnant, plein de bruit et de fureur des langues, qui lie sa perception des mots et des phrases à la sensibilité actuelle - on l'appelle le " rappeur de la traduction "- le cinéaste propose un regard où l'intérêt du sujet, sa nouveauté prend le pas sur une réalisation d'une tonalité classique de reportage.

ANDRE MARCOWICZ
Est arrivé en France à l'âge de quatre ans. Traducteur de Dostoïevski, Tchékhov, Pouchkine. Commence à réviser Shakespeare. Habite à Rennes. A marqué l'histoire de la traduction par son approche " dépoussiérante ". Travaille pour les éditions Actes Sud " qui lui ont fait confiance ".


Matisse Henri

16 mm, Noir et Blanc, 26', 1946
Réalisation : François Campaux
Image : Lucien Joulin
Musique : César Franck
Commentaire : Jean Cassou dit par Jean Toscane
Production : Compagnie Générale Cinématographique
Pays : France

Cet essai classique de biographie et de présentation critique d'une oeuvre est devenu un document d'archives extraordinaire puisqu'il est traversé par la présence de Matisse au travail. Il faut citer la séquence de ralenti, désormais célèbre, où l'on voit, avec émotion, la naissance d'un trait, l'effleurement d'un pinceau qui hésite à se poser puis la souveraineté immédiate du tracé. Et encore Matisse faisant le portrait d'un de ses petits-fils, Matisse se promenant, un carnet de croquis à la main, Matisse surveillant un accrochage. Enfin, autour de deux tableaux "La blouse paysanne" et une nature morte, les étapes successives des toiles jusqu'à ce que l'oeuvre arrive à "l'art d'abréviation" de la version définitive.

Henri Matisse (1869 - 1954)
Peintre, il a laissé aussi de nombreux dessins, sculptures, papiers découpés. Un des chefs de file du fauvisme, son influence a été considérable. Il travaille "sans mélange de ton" à partir de peintures crues et pures, les couleurs "deviennent des cartouches de dynamite" et il organise solidement ses toiles selon des rythmes simples, expressifs et efficaces. Il va à l'essentiel et demande à des tons forts de suggérer l'espace, la lumière, le volume.

Met Dirk Bouts

16 mm, Couleur, 30', 1975
Réalisation : André Delvaux
Scénario : Ivo Michiels
Image : Charlie Van Damme, Peter Anger
Son : Antoine Bonfanti, André Brugmans
Montage : Jean Reznikow, Monique Lebrun
Textes : Ivo Michiels, Carel Van Mander
Musique : Frederik Devreese
Production : Paul Louyet, Resobel
Pays : Belgique

Un des grands classiques du film d'art. L'idée développée par André Delvaux est de mettre le peintre et le cinéaste en parallèle, tout deux artistes travaillant sous contrat. Rapprochés par une situation économique identique, hommes d'un même pays, la Flandre, leurs sensibilités communes dialoguent pendant tout le film. Se déroule devant nous l'oeuvre de chacun; Bouts avec le jugement dernier et la cène, Delvaux avec sa mise en scène qui est recherche de traces et de permanences. Cette complicité donne au film une émotion qui fait sentir une proximité cachée par le décalage du temps et le décrochage de l'inspiration. La notion d'époque - l'écart de quelques siècles - est gommée au profit de celle de la permanence et du regard. Nous sommes devant deux artisans qui veulent mettre dans leur cadre un certain nombre d'éléments, découper l'espace d'une manière précise, représenter une réalité qui les touche parce qu'elle dit l'angoisse de la mort et la douceur de la vie. Le texte du film, à la fois scénario et commentaire, chose rare, s'écoute comme un poème. Le montage fait naître une syntaxe de phrase-image. La musique est composée comme un son et, inversement, tout son devient musique.

Dirk Bouts
Peintre flamand (1415 - 1475) qui a vécu et travaillé entre Haarlem et Louvain. Religieux et réaliste, admirable coloriste, il a réalisé quelques tableaux majeurs de l'école flamande, tous remplis d'une très grande sensibilité et d'une qualité d'émotion rare : les premiers paysages, les chocs de la fin du moyen-âge qui rencontre la renaissance.

André Delvaux
Cinéaste belge né 1926, chef de file du réalisme magique. Il a partagé sa vie professionnelle entre l'enseignement théorique et pratique du cinéma, la réalisation de ses films et son goût de la musique car il est un excellent pianiste. Son oeuvre très personnelle se situe aux confins du fantastique dans le vertige des jeux de miroirs, de l'insolite. de "L'homme au crâne rasé" (1966) à "L'oeuvre au noir" (1988), il a développé des thèmes et une esthétique qui en font un auteur singulier et important. Décédé le 4 octobre 2002.


Le Miroir magique d'Aloyse

16 mm, Couleur, 24', 1967
Réalisation : Florian Campiche
Voix : Daniel Fillion
Production : Center for Mass Communication
Tourné avec l'aide de F. Hoffmann - La Roche & Cie S.A.
Pays : Suisse

Une vieille dame proprette et effacée circule dans un couloir, un gros rouleau de papier sous le bras. La même vieille dame, dans une pièce d'une tristesse fonctionnelle, ouvre une boîte de pastel et se met à dessiner. Ces deux scènes sous-tendent l'émotion d'un film où l'on voit les dernières images d'Aloyse, grand peintre d'art brut, schizophrène, qui a passé 45 ans de sa vie dans un hôpital suisse, à construire avec ses dessins, un monde magique qui l'a rendue célèbre. Le film l'entoure d'un discours médical et paternaliste. Avec l'exploration des symboles contenus dans ses tableaux, avec l'explication clinique de sa "folie" (abolition de la notion de temps, dissociation de la réalité, construction d'un univers parallèle plus vrai que le vrai) avec le descriptif de l'histoire personnelle de sa maladie, qui rejoint celle de sa vie. Aloyse est "chosifiée" prise en charge par un diagnostic omniprésent, mais restent ses dessins - on en voit beaucoup - et son visage muré qui cache un monde intérieur, livré par l'oeuvre seule.

Aloyse (1896 - 1964)
Avec Adolf Wölfi, une des représentante la plus originale de ce que Jean Dubuffet a appelé l'art brut, art qui présente "un caractère spontané et fortement inventif...et ayant pour auteurs, des personnes obscures, étrangères aux milieux artistiques professionnels".


Misonne Léonard (1870 - 1943)

16 mm, Couleur, 58', 1979
Réalisation : Ottomar Birth, Walter A. Franke
Image : Walter A. Franke
Montage : Walter A. Franke
Commentaire : Jacob Hausmann
Conseillers : Georges Vercheval, Anne Richard
Version française: Jean-Marie Mersch
Production : RM Productions
Pays : Belgique

La vie et l'oeuvre de Misonne, photographe pictorialiste, chercheur et inventeur. Le film est d'une facture didactique et utilise d'une manière très conventionnelle la voix off de commentaire, la musique et les interviews. Il montre la vie de province d'un bourgeois génial et asthmatique qui, au milieu de son existence rangée et de ses huit enfants, a bâti une oeuvre importante. Amoureux de la lumière, de la brume et du beau, il a marqué l'histoire de la photographie. Ce film, qui ne marquera pas celle du cinéma, a le mérite de nous apprendre tout cela. Lent, sentencieux, plein de redondances musicales et visuelles, faisant appel à des interviews professorales ou familiales, il reste au stade du document télévisuel informatif.

Léonard Misonne
Né et mort à Gilly (1870 -1943). Cet ingénieur ne se souviendra de ses études que pour les mettre à profit, dans cette nouveauté, la photographie. Vélocipédiste dans son pays, voyageur dans l'Europe entière, il fera partie de la S.F.P. et marquera son temps par sa conception "magnifiante" et très Barbizon du paysage qu'il traite "avec atmosphère". Mais aussi par son modernisme car il invente entre autres "la photo dessin" et "l'écran flou net" et il s'attache à structurer son travail par une théorie très précise de la lumière et de l'esthétique.


Modotti Tina, Que viva Tina

Couleur et noir & blanc, 52', 1997
REALISATION : Silvano Catano
IMAGE : Alain Baptizet
SON : Sibylle Hayeme
MONTAGE : Julie Soland-Martinovic
PRODUCTION : Sophie Goupil, Canal +, le Poisson Volant
PAYS : France

" Comment concilier l'art et la vie ? " demandait Tina Modotti à Edward Weston qui lui fit découvrir la photographie et le Mexique. L'existence agitée, multiple et fracturée de la très belle et très talentueuse Tina est là pour dire qu'elle n'a jamais trouvé la réponse. Mais sa vie et son art, fussent-ils séparés, fascinent. Issue d'un milieu ouvrier dans l'Italie pauvre du début du siècle, elle a, comme son père qui la fait venir aux Etats-Unis où il avait émigré, les idées à gauche. D'abord couturière, puis mannequin, sa beauté la transformera vite en starlette hollywoodienne. Carrière brève car elle va être emportée par une suite de passions et de rencontres, chaque compagnon lui ouvrant un pays, un engagement une vocation. Sa liaison tumultueuse avec le photographe américain Weston sera déterminante. Pendant huit ans, à ses côtés, elle deviendra, l'élève égalant le maître, une des photographes les plus douées des années vingt. Ses photographies d'abord " artistiques " jouant sur les lignes et la composition prendront, en gardant la même rigueur de cadre et de regard, une coloration de plus en plus sociale et militante. Elle entre dans le cercle intellectuel et communiste des peintres fresquistes conduit par Siqueiros, deviendra l'égérie du révolutionnaire cubain Mella qui mourra assassiné, puis de Vitali, agitateur international et stalinien rigide qui la transformera en militante professionnelle du Secours rouge et du Komitern. Photographier lui semble alors du temps dérobé au Parti et à la cause du peuple. Elle jette, comme dira Neruda, son appareil dans la Moscova et ne sera plus que l'exécutrice des ordres du Kremlin à Moscou ou à Madrid pendant la guerre d'Espagne. Meurtrie par la victoire franquiste, amère et certainement lucide, elle reviendra au Mexique où elle mourra mystérieusement dans un taxi à l'âge de 45 ans. Le film, conduit par un commentaire très informatif, est construit sur des documents d'archives, extraits de fims, etc...Il donne aussi la parole à quelques témoins ou analystes de la vie de Modotti. La biographie y tient plus de place que la photographie et si sa vie a été romanesque à souhait, une succession d'amours violentes pour des hommes ou des idées, le réalisateur s'attarde peu sur ce qui la rendue célèbre : son immense talent qui fait actuellement flamber toutes les enchères chez Sotheby's ou Christie.

TINA MODOTTI 1896-1942
Photographe et révolutionnaire. Tout son travail photographique se fera sur une courte période de 1923, où elle rencontre Edward Weston, à 1930, date de son expulsion du Mexique. Il passera de l'abstraction- fleurs en plan serré, fragments d'architecture, vision géométrique de l'espace et des objets- au reportage social engagé. Il a été redécouvert il y a une dizaine d'années et ses images se trouvent au MOMA de New York et dans toutes les grandes collections. Le moindre cliché signé ou non-Modotti atteint actuellement des cotes astronomiques.


Monsieur René Magritte

16 mm, Couleur, 50', 1978
Réalisation : Adrian Maben
Image : Marcel Combes, Jacques Puccio
Son : Alain Garnier
Montage : Françoise Colin
Musique : Roger Waters, M. Zalla, Bela Bartok
Commentaire : Adrian Maben dit par Denis Manuel, Gérard Chevalier
Interview de René Magritte
Extrait de "Terre des Arts" (Max Pol Fouchet)
Production : Antenne 2, RM Productions, W.D.R.
Pays : France

D'abord le cadre, le 93 rue des Mimosas à Bruxelles, avec son salon Louis XVI, des angelots dorés et le chevalet dans la salle à manger, que l'on débarrassait au moment des repas. Ensuite, la biographie; la vie petite bourgeoise bouleversée par le suicide de la mère et confortée par Georgette, la femme aimée et épousée qui deviendra l'unique modèle; ses liens avec le surréalisme belge et français puis le succès, la reconnaissance internationale ainsi que les périodes traversées, les débuts futuristes, le choc de Chirico, la période "vache" et "plein soleil". Les tableaux sont présentés liés aux souvenirs (il a dans son enfance vu...donc il en fait un signe de son langage pictural) ou confrontés à la transformation poétique du réel. Deux points forts, une interview de Magritte faite par Max Pol Fouchet et le rapport de Magritte au cinéma comme spectateur de films populaires, cinéaste amateur et surréaliste. Le rythme est lent, la musique omniprésente, le commentaire très informatif et les images illustratives.

René Magritte (1898 - 1967)
Peintre surréaliste belge. "Moi, peintre, je crois que je ne peux montrer que l'apparence des choses, ce qu'elles disent. Mais ces choses apparentes ne peuvent pas exister sans mystère. Il s'agit pour moi également de réalisme en ce sens que le réel est ce qui me semble le plus important. Mais le réel n'est pas cette chose vulgaire et facile qui nous entoure immédiatement, le réel en soi, il n'y a qu'à certains moments que l'on en a le sentiment et c'est ce réel que j'essaie d'évoquer dans mes tableaux". "De l'autre côté du miroir". Emission de M.P. Fouchet

Adrian Maben
Ce cinéaste a d'abord étudié la biochimie à Oxford, puis les techniques du film à Rome. Il a été critique de cinéma et réalisateur à l'ORTF. En 1974, il réalise son premier long métrage "Pink Floyd à Pompéi"; suivront "James Ensor" et "Frame from the Edge" sur Helmut Newton. Il a fait plus de cent émissions de télévision et des films sur l'art qui lui ont valu des prix et la reconnaissance internationale. Il prépare un portrait de Balthus et une série de six films sur la photographie contemporaine.


Monsieur Tête

Film d'Animation, 16 mm, Couleur, 13', 1959
Réalisation : Jan Lenica, Henri Gruel
Image : Equipe Arcady
Montage : Henri Colpi, Jasmine Chasney
Texte de Eugène Ionesco dit par Claude Nicot
Coproduction : Argos Films et les Films Armorial
Pays : France
Grand Prix de la Critique Internationale
Prix Emile Cohl, Festival de Tours

Un film d'animation qui voit la rencontre de Ionesco et de Lenica et remporte le prix Emile Cohl. Une métaphore sur un individu libre et un univers oppressant. Un grand classique de la réflexion où l'on perd sa tête et où on la retrouve remplie de plomb. L'important est le texte de Ionesco, simple, si simple qu'il est tragique (lire son théâtre) et de l'univers graphique d'un cinéaste polonais qui joue sur les ruptures de ton, les changements de couleurs, et de la violence cachée sous le charme.

Jan Lenica (1928)
Cinéaste polonais. D'abord affichiste, puis graphiste, il réalise son premier film avec Walerian Borowezyk : "Il était une fois". En 1959, à Paris, il rencontre Ionesco et c'est "Monsieur Tête". Partagé entre l'est et l'ouest, les affiches et le cinéma, il flirte aussi avec l'opéra, le père Ubu. Au centre de son travail - il a signé une dizaine de films - le thème du décervelage, l'esprit surréaliste, le goût de l'absurde.


Mur, Murs

16 mm, Couleur, 81', 1982
Réalisation : Agnès Varda
Narration : Agnès Varda
Image : Bernard Auroux
Son : Lee Alexander
Montage : Sabine Mamou
Musique : Buxtehude, Carey, Cruz, Fiddy, Healy, Los Illegals, Lauber
Documentation: Alain C. Ronay, Denise Warren
Production : Ciné-Tamaris
Pays : France

Agnès Varda a vécu quelque temps en Californie. Elle y tourne un film grave, "Documenteur" où elle voit le côté "ombre" de Los Angeles. Mais elle lui oppose un diptyque "Mur, Murs", plein de couleurs et d'humour, où elle présente la ville sous son côté ensoleillé. Elle la découvre avec ses murs qui lui racontent beaucoup d'histoires et lui proposent beaucoup d'images, puisqu'il s'agit d'un documentaire sur les "Murals". A travers ces fresques naïves, violentes, poétiques, elle lit l'aventure de la ville et de ses habitants : les rêves, les revendications, les manifestations écolo, l'amour, l'expression brute de la culture des minorités noires, chicanos, métisses, bref, toute l'imagerie américaine prise dans le melting pot et l'air du temps. Chaque mural, chaque quartier a une histoire et Agnès Varda, qui a écrit le commentaire et le dit, la raconte bien, avec humour et tendresse. On est dans la vie, dans la rue, avec les gens. C'est un film en état de grâce où, d'une manière visuelle et vivante, on entre dans l'univers californien. Il n'y a ni message, ni didactisme mais un regard et une sensibilité.

Agnès Varda
Cinéaste française, née en 1928. Elle vient au film par la photographie, elle a été photographe au T.N.P., à l'époque de Jean Vilar. Elle réalise, en 1955, son premier film "La pointe courte" qui anticipe une approche du cinéma qui sera, quelques années plus tard, celle de la nouvelle vague. On lui doit "Cléo de 5 à 7", "Daguerréotypes", "Sans toit ni loi" et des courts métrages "Opéra Mouffe", "Du côté de la côte", "Ulysse". Fictions ou documentaires, courts ou longs, toute son oeuvre témoigne de son attention aux êtres, de son goût de la vie, d'un rapport très rigoureux de l'image et au cadre. Inventrice de la "Cinécriture" elle scénariste et monte ses films et intervient souvent directement dans des commentaires qu'elle dit elle-même.


Les Muses sataniques - (Félicien Rops)

16 mm, Couleur, 60', 1983
Réalisation : Thierry Zéno
Image : Thierry Zéno
Son : Christian Coppin
Montage : Thierry Zéno
Voix : Daniela Bisconti, Nicole Debarre, Mina Maati
Musique : Brahms, Liszt, Franck
Production : Zéno Films
Pays : Belgique

Félicien Rops est un grand dessinateur, un grand graveur mais aussi un épistolier magnifique. Il écrit, il écrit beaucoup, il écrit très bien. L'idée force de ce film est de mettre en rapport l'image et la phrase, les deux corrosives, sincères, contestataires. Il ne s'agit pas d'une biographie mais de l'accompagnement d'un homme qui a été riche et peu heureux, entouré de femmes et de l'interdiction de la femme, écrasé par sa province, mais aussi ami de Zola, Baudelaire, De Coster, en prise avec un catholicisme où le Christ et le diable, volontiers remplacés par la femme ou la truie, se bousculent dans une révolte datée mais superbe. Le parallélisme entre le vu et l'entendu est parfait, la voix du lecteur et les mouvements de caméra sont justes mais l'énoncé systématique du titre des oeuvres coupe peut-être l'émotion portée par la violence des dessins, la rage des textes, éléments que Thierry Zéno propose en retrait de ce qu'il aurait pu en faire, sans prendre le risque d'un "cinéma" lui aussi transgressif.

Félicien Rops (1833 - 1898)
Peintre, graveur, épistolier namurois, doué d'une imagination fantasmatique et souvent érotique, il produisit entre autres des recueils d'eaux-fortes, vraiment fortes. Dans son travail, il montre les amours comme "une saison en enfer", les associent au diable "maître du sexe" à l'image du cochon qui hante le siècle et surtout à la mort car il ramène sans cesse l'homme au squelette.

Thierry Zéno (1950)
Cinéaste belge. Il a co-signé un chef-d'oeuvre "Vase de noce", fait un documentaire impressionnant "Des morts". Depuis quelques années il a consacré son talent au film d'art avec une exploration de la représentation de St Antoine, les dessins d'Ionesco et maintenant ceux de Michaux.


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