M
Magritte ou la leçon
de choses
16 mm, Couleur, 15', 1960
Réalisation : Luc de Heusch, Jacques Delcorde, Jean Raine
Image : Freddy Geilfus, Oleg Tourjansky
Montage : Suzanne Baron
Textes de Magritte lus par Serge Sauvion
Production : Ministère de l'Instruction Publique, Television Belge
Pays : Belgique
Diplôme Spécial Bergame 1960 - Premier Prix Anvers 1960
Au départ, une commande de la télévision, un artiste,
juste avant que la gloire internationale ne le saisisse, donc un homme affable
et disponible, et un texte de Breton "La leçon des choses", dix lignes
merveilleuses qui disent que les objets doivent être pris au
sérieux. Magritte est situé, avant tout, dans son travail de
poète, de visionnaire, de perturbateur de mots et d'images. Ce n'est pas
par hasard qu'on ne le verra pas se débattre avec sa toile et ses
pinceaux. Peindre est pour lui l'acte intermédiaire entre une
proposition poétique et la perturbation des titres. Tout le film va se
jouer sur la transformation des objets, la rupture des apparences, l'envers des
choses. Il y a la présence de Magritte, ses textes lus en off par un
comédien, ses amis surréalistes réunis bourgeoisement pour
de grandes trouvailles littéraires et son univers pictural dans lequel
Luc de Heusch se glisse jusqu'à l'entrée en "Magrittie" où
les tableaux sont filmés décadrés, en continu, tels un
monde cohérent mais étrange, qui se termine sur un rêve
minéral et l'idée d'éternité.
René Magritte (1898 - 1967)
Il occupe dans la peinture surréaliste une position exceptionnelle et
dominante. Son ami Nougé définit ainsi son travail : "au
départ, un mélange presque inextricable d'illuminations
partielles, d'actes, de retours, de désirs, de plaisirs particuliers, de
gènes, de distractions, de sommeils, de réveils, et, en fin de
compte, le tableau existe".
Luc de Heusch
Cinéaste, ethnologue et écrivain, né à Bruxelles en
1927. Assistant d'Henri Storck, associé au groupe cobra, il
débute dans le cinéma avec un court métrage symbolique
"Perséphone", ramène d'Afrique des films proches de Jean Rouch,
tourne en Belgique des documentaires où il fait de l'ethnologie
intérieure. Depuis, 1960, il poursuit une carrière de professeur
d'université entre Paris et Bruxelles et un travail de
réalisateur axé, en priorité, sur le film d'art.
Maillol Aristide, sculpteur
16 mm, Noir et Blanc, 22', 1943
Réalisation : Jean Lods
Image : Claude Renoir, Jacques Mercanton, Raymond Picon-Borel
Montage : Denise Hautecoeur
Musique : Roger Désormières et chants catalans
Commentaire : Claude Roy dit par Pierre Asso
Pays : France
Il s'agit d'un portrait filmé, prévient le
générique, et pas d'une étude de l'oeuvre ni d'une
biographie. Parfait, cela permet de voir constamment Maillol à la fin de
sa vie, le béret sur la tête, la barbe blanche au vent à
Banyuls, sa ville natale, entre sa maison des villes et sa maison des champs,
vivre la journée "ordinaire" d'un homme qui sculpte, dessine et peint
comme il respire, simplement. Il y a un charme agreste et bucolique dans toutes
les images. Ses statues, des grands corps de femmes robustes, sont
filmées sous une bonne lumière et d'une manière qui permet
de les voir dans les trois dimensions. Lui, Maillol, change de place avec le
soleil pour dessiner car "tout dans la nature l'intéresse". Le
commentaire, un peu emphatique, a vieilli mais le film est juste, plein de
sensualité et de sérénité. Un début et une
fin "documentaire" présentent les pêcheurs et les paysans d'une
manière gentiment paternaliste.
Maillol Aristide (1861 - 1944)
D'abord peintre, puis sculpteur de bois, il vient au modelage à 40 ans.
Quel que soit le sujet, il le représente toujours avec des corps de
solides gaillardes, aux formes amples et simplifiées qui renouent avec
la sculpture classique et antique. Il a aussi illustré Ronsard, Ovide et
Virgile avec un sens évident du bonheur de vivre et du trait.
Jean Lods (1903 - 1974)
Ami de Vertov et de Vigo, il fonde avec Moussinac les premiers
ciné-clubs. Il fait des films d'avant-garde, réalise un long
métrage sur les cheminots et son chef-d'oeuvre "Le Mile" (1932) sur le
coureur Jules Ladoumègue. Puis, il se consacre à des portraits de
personnalités de la culture et de la politique : Lurçat,
Barbusse, Jean Jaurès, etc. Il est un des co-fondateurs de l'IDHEC.
La Maison aux images
16 mm, Couleur, 20', 1955
Réalisation : Jean Grémillon
Image : Louis Page
Montage : J.L. Alvarez
Textes : Jean Grémillon, dits par lui-même
Musique : Jean Grémillon, interprétée par Hélène Bosch
et Nadine Desouches fabrication des estampes de Miro, Masson, Dunoyer de
Segonzac et Trémois
Production : Christiane Grémillon, Films du Dauphin
Pays : France
Prix spécial au Festival de Venise 1956
Prix au Festival de Cork
Un film de charme qui présente, d'une manière populiste et
prévertienne, Montmartre, petit "village" parisien pour peintres et
touristes. Le lieu posé du Sacré Coeur, aux rues provinciales,
nous suivons le travail de Jean Fernot qui a un atelier de gravure. On
présente simplement et sans ennui, les gestes des artisans/artistes,
leurs outils, les différentes techniques (taille douce, burin, pointe
sèche, bois gravé, cuivre et acide) et les planches qui sortent
signées Miro, Masson, Dunoyer de Segonzac, Trémois, etc. Il n'y a
pas de didactisme, simplement les gestes d'un savoir-faire.
Jean Grémillon (1901 - 1959)
Avant d'être cinéaste, il a appris la musique et est devenu
réalisateur après avoir exercé les métiers de
titreur et de monteur. A l'époque du muet, il signe des documents et des
films expérimentaux. Il donne au cinéma français
d'avant-guerre quelques-uns uns de ses chefs-d'oeuvre : "L'étrange
Monsieur Victor" (1938), "Remorques" (1939), "Lumières d'été" (1943). A la
libération, très injustement, "il n'a plus la cote" et retourne
au documentaire où il exalte le travail, le dévouement, la
patience des créateurs sur qui reposent une culture. Parmi eux, "Haute
Lice" (1956) et "André Masson et les quatre éléments"
(1959).
La Maison de campagne
Film d'Animation, 16 mm, Couleur, 8', 1981
Réalisation : Josette Janssens
Production : Belgische Animatiefilm Centrum, Gent
Pays : Belgique
Prix de la R.T.B.F., au 6ème Festival du Court Métrage à
Namur 1982
Premier Prix dans la catégorie "première oeuvre" au 4ème
Festival International de dessins animés d'Ottawa 1982
Un film d'animation fait à base de dessins, très carnet de
croquis, aux couleurs d'aquarelle. C'est une fantaisie musicale. On savait que
la musique adoucissait les moeurs; ici, elle permet aussi de rêver, de se
retrouver dans des vies imaginaires. Aux sons de "La flûte
enchantée", des personnages très début du siècle
qui ne se connaissent pas, se retrouvent dans une vieille et magique maison
pour participer à un ballet fantasmatique. A la dernière note, la
réalité remet les choses en place, les petites filles reviennent
dans leur jardin et les amoureux ne planeront plus comme ceux de Chagall.
Josette Janssens (1949-1982)
Graphiste et dessinatrice belge. Elle a également fait du cinéma
d'animation, créé des décors de théâtre et
des vêtements, dirigé la célèbre école de
mode de l'Académie des Beaux-Arts d'Anvers. Classée parmi les
cent meilleurs caricaturistes européens, elle a développé
pendant sa trop courte carrière des styles et des techniques très
diversifiés mais toujours avec humour, fantaisie, imagination et
accumulé les récompenses internationales.
La Maison de Jean-Pierre
Raynaud 1969-1993
Vidéo U-Matic - couleur - 31' - 1993
Réalisation : Michelle Porte
Image : Daniel Leterrier
Montage : Annick Breuil
Musique : Arvo Pärt
Photos d'archives : Denise Durand-Ruel
Conseillers artistiques de Denise Durand-Ruel et José Alvarez>
Avec la participation de Jean-Pierre Raynaud
Coproduction : La Sept et Caméras Continentales
Pays : France
En plan télévisuel, face caméra, Jean-Pierre Raynaud
parle. Il dit l'histoire de sa maison à la Celle-Saint-Clou, maison qui
est la métaphore de sa vie d'homme et de son travail d'artiste. Ses cinq
stades, de la premiére occupation d'un banal pavillon de banlieue,
habitation normale d'un jeune couple, à son enterrement de pierres
célébré aux Entrepôts Lainé à
Bordeaux. Cette évolution a amené très vite un divorce
(dans la vie personnelle de l'artiste), puis la transformation et la
radicalisation de son travail quand les célèbres carreaux blancs
15/15 ont recouvert l'espace, les meubles, chassé tout
élément extérieur à "cette architecture absolue".
D'abord sans fenêtre avec juste une meurtrière, puis en blockhaus,
pour passer au stade vitrail, la maison est arrivée à une
beauté parfaite. Pendant quatre ans J-P Raynaud s'est interrogé.
Devait-il rester l'éternel gardien de cette perfection inerte? Il a
alors décidé de lui offrir son ultime renaissance, de la
métamorphoser en la démolissant. La réalisatrice Michelle
Porte, dans de lents panos, promène sa caméra à travers
les pièces, dans leur ultime achèvement avant l'arrivée
des bulldozers. C'est une circulation quasi religieuse qui capte 23 ans de vie
et de recherche et fait entrer dans une aventure intérieure intense,
puisque cette maison était pour l'artiste à la fois un
laboratoire et une aventureuse amoureuse.
Jean-Pierre Raynaud
Né en 1939 à Courbevoie. Fait une école d'horticulture
mais n'exercera pas son métier car très vite il ressent un
très grand besoin d'expression plastique. Avec des matériaux de
récupération il fait d'abord des "psycho objets" toujours
laqués blanc /rouge. Il entame la série des pots (de fleurs sans
fleur) et commence à utiliser dans sa maison ses fameux carreaux blancs
qui ouvrent la période carrelage. Il va aussi travailler sur les signes
qui définissent les dangers dans notre civilisation: extincteurs
d'incendie, jauge, barils de matières dangereuses, mobilier
médical, masque à gaz. Il intervient dans de nombreux espaces
publics : Projet de la tour blanche aux Minguettes, vitraux de l'abbaye
cistercienne de Noirlac, jardin d'eau à Monaco, réalisation
d'espaces zéros ... et tous les grands musées d'art contemporains
ont exposé ses travaux.
Michelle Porte
Cinéaste, écrivain, journaliste. A travaillé deux ans au
groupe de Recherche Image de l'O.R.T.F. Après avoir été
assistante sur divers longs métrages, elle a poursuivi une oeuvre
personnelle. Elle a réalisé une vingtaine de films, tous
liés à la culture, parmi lesquels on peut citer : "Les lieux de
Marguerite Duras" (1976), "La Peste-Marseille" (1982), "La Princesse Palatine
à Versailles" (1985), "Edmond Jabes" (1989), "La maison de Jean-Pierre
Raynaud 1969-1993" (1993), "Françoise Sagan" (1996).
Maîtres des rues
- Les Peintres populaires du Zaïre
16 mm - couleur - 54' - 1989
Réalisation : Dirk Dumon
Sur une idée de Dirk Dumon et Jean-Pierre Jacquemin
Image : Dieter Van Leemputten
Son : Daniel Pilatte
Montage : Gilberte Coenen
Commentaire : Jean-Pierre Jacquemin
Coproduction : Cobra Films - BRT - Centre de l'Audiovisuel à Bruxelles (CBA)
Pays : Belgique
A Kinshasa, à Kisangani, dans les boutiques, les bars, les petits
ateliers, les peintres ont la parole et les murs aussi. Enseignes naïves,
saynètes pleines d'humour, fresques spontanées pour faire la
morale, appâter le chaland ou simplement pour se faire plaisir, il y a,
dans tout le Zaïre, une explosion de créativité qui fait
partie intégrante de la vie quotidienne. Certains de ces artistes
spontanés deviennent peintre à part entière : leurs
tableaux sont vendus aux amateurs locaux ou internationaux puisque certains
d'entre eux sont désormais connus à Paris, New York ou Londres.
Cheri Samba, Moke, Syms, Mouecky sont côtés au marché de
l'art. Dirk Dumon nous propose un voyage au pays des sirènes qui boivent
de la bière, des singes qui font du vélo, du
"catéchisme/cacahuète" et des beaux boubous dont le tangage fait
chavirer les coeurs. Les peintres sont interviewés : ils parlent de leur
inspiration et de leur imaginaire qui ouvrent sur un univers de fantasmes et de
réalités : la colonisation, les "événements", la
bible, la mythologie, le "foutoir" de la vie ordinaire avec les
difficultés économiques, les affaires d'amour, etc.
Art naïf, art, BD picturales, qu'importe, on entre dans un univers
coloré, original, humoristique. Un bon reportage.
Peinture zaïroise
Parmi les artistes présentés à Paris dans la manifestation
"Les magiciens de la terre", Cheri Samba est le plus connu. Mais la
définition de son travail tel qu'il est ici décrit résume
celui des autres artistes : "Il transpose la technique de la bande
dessinée sur la toile. Sa peinture apparaît comme une
synthèse subtile de l'imagerie publicitaire, de l'inventivité
verbale, de l'observation de la vie quotidienne. Il porte un regard
extrêmement critique sur la vie sociale, les moeurs, les habitudes, la
sexualité, sur la vie économique, politique de son pays et nous
en donne des images vives, pleines d'humour le plus corrosif."
Dirk Dumon
Né à Roeselare en 1943. Etudes de réalisation de 1962
à 1966. Assistant de P. Haesaerts pour le film d'art "Breughel" (1967).
A réalisé une cinquantaine de documentaires dans le domaine
socioculturel, les sciences humaines et le tiers monde : "Kalachakra", "Tibet",
"L'Inde", "Prier pour guérir", "Face à face à la mort",
"Maîtres des rues" (1989), "500 ans de solitude" (1991), "L'oracle de
Maama Tseembu". Actuellement, réalisateur pour la B.R.T.N. au service
sciences.
Malevitch ou l'impatience
des limites
16mm, Couleur, 33', 1978
Réalisation : Yves Kovacs
Montage : Marina Collet
Avec la participation de : Troels Andersen, Willem Sandberg
Textes de Malevitch dits par Laurent Terzieff
Production : Antenne 2
Pays : France
Dans la série "Zig-Zag" de Teri Wehn-Damisch
Grand Prix du Festival du Film d'Art Paris 1979
Le prégénérique nous met directement dans l'aventure du
carré noir sur fond blanc. Il y a quelques données biographiques
mais tout le film est centré sur l'évolution de l'oeuvre de
Malevitch, la période suprématiste et le retour, à la fin
de sa vie, à une certaine figuration. Tout cela est mis en perspective
avec les événements qui ont transformé la Russie en URSS
(1905, la révolution d'octobre, l'installation du réalisme
soviétique) ou l'invention de l'aviation qui a beaucoup
intéressé le peintre, le tout illustré par des fragments
de films d'actualités. Une interview de l'historien d'art Troels
Andersen structure le film : il développe une lecture de Malevitch
personnelle et fine. Les tableaux, les dessins sont présentés
frontalement comme des dias avec une volonté d'illustration et
d'efficacité. On évoque aussi l'a-logisme, les architectones, son
travail de professeur, sa théorie du zéro. La musique est parfois
assez redondante et les beaux textes de Malevitch, lyriques et forts, sont lus
d'une manière assez emphatique par Laurent Terzieff.
Kasimir Malevitch (1878 - 1935)
Peintre russe, qui fut d'abord influencé par les impressionnistes, les
fauves et les cubistes. Avec son" Carré noir sur fond blanc",
exposé à Moscou en 1915, il lance le suprématisme, un art
radicalement non figuratif qui "rejette le sujet et les objets et veut
atteindre la limite de la couleur". Après s'être beaucoup
impliqué dans la révolution, Malevitch devient suspect mais son
retour à la figuration est plus subversif et créatif qu'on a bien
voulu le penser.
Yves Kovacs
Pendant 10 ans, il a été l'assistant de cinéastes comme
Chabrol, Welles, Rohmer, Rossellini. Depuis 1967, il a réalisé
plus de 180 films pour la télévision et s'est fait un nom dans le
documentaire d'art. Il a reçu de nombreux prix pour "Botero", "Paris,
Paris", "Malevitch", "L'Art Nouveau". Il est aussi l'auteur démissions
littéraires (Jouhandeau, Sarraute, Céline, etc.) et de
dramatiques T.V.
Manessier
16 mm, Couleur, 22', 1983
Réalisation : Pascal Bony
Image : Arnaud du Boisberranger
Son : Philippe Letty, Wilfred Hakoune
Montage : Bruno Gaultier, Christophe Loizillon
Production : Gresh Productions
Pays : France
Le peintre, sa présence, ses propos, ses toiles évidemment
portent le film. Il n'y a pas de commentaire, de narration biographique ou
historique. Manessier est revenu à Amiens et dans la baie de la Somme,
lieux de son enfance et de son inspiration. Il parle de ce moment là de
sa vie et de son travail. On passe des paysages à leur transcription
dans son univers pictural. Pendant les deux tiers du film on ne voit que des
fragments de tableaux qui défilent, colorés et abstraits,
portés par les souvenirs ou les préoccupations du peintre. Il
s'agit de la mise en tableaux des paysages du Nord, des vitraux de la
cathédrale d'Amiens, du malheur des favellas ou du Vietnam. Les
dernières dix minutes du film situent l'essentiel : la dimension des
toiles, immenses, la technique, la vie quotidienne du peintre "face au
rectangle" son rapport à l'achèvement, il arrête une oeuvre
quand elle ne lui parle plus, mais est-il jamais sûr de son silence ? On
voit son atelier, ses pinceaux, on sent l'odeur de la peinture. Il y a
là quelque chose de très fort, de beau, de juste.
Manessier
Peintre français, né en 1911. Partant de la figuration, il en est
venu à l'abstraction qui lui semble plus apte à traduire le
sentiment religieux. Coloriste raffiné, il a fortement contribué
au renouvellement de l'art sacré.
Man Ray photographe
16 mm, Noir et Blanc, 36', 1961
Réalisation : Claude fayard
Image : André Villard
Montage : Renée Gary
Son : Henri Moline
Dans la série "Chambre Noire"
Pays : France
Un vieux monsieur se promène dans les rues et les parcs de Paris. Le,
commentaire vous apprend que c'est Man Ray et décline avec
précision mais désinvolture ses mérites. Il rentre chez
lui et là, le miracle se met en place. Michel Tournier semble
l'interroger. Il monologue. C'est magnifique. Le cinéma se met au
service d'une réflexion et d'une mémoire :"je photographie les
choses que je ne peux pas peindre, je peins les choses que je ne peux pas
photographier.... qui peut, appareil en main, faire voir ses rêves ?" Il
raconte le hasard de la solarisation qui cesse d'en être un dès
qu'il le maîtrise, il parle du rayogramme. Il commente avec humour et
partialité les notes qu'il a mises à des photos qu'il a prises de
personnages connus, les cotes les plus hautes étant liées
à leur bon rapport avec lui et non au résultat
esthétique... c'est aussi simple que cela. Il analyse les objets
surréalistes qu'il a faits. Une demi-heure de bonheur et d'intelligence.
Un film qui se met modestement mais justement au service d'une rencontre.
Man Ray (1890 - 1976)
"Un américain vient à Paris et lâche la peinture pour
l'ombre. Le 14 juillet 1921, un petit bonhomme au visage dur et disgracieux, au
regard asymétrique de myope, débarque au Havre. Il venait de
New York, il avait fréquenté les cercles les plus novateurs en
matière d'art et de littérature.Il apportait dans ses malles le
meilleur de son oeuvre, des peintures cubo-futuristes et abstraites, des
aérographies et tout un bric à brac d'objets
hétéroclites... Il rencontre dada et Duchamp, le
surréalisme, il "invente" un siècle plus tard ou presque la
photographie; celle qui remet en cause toutes les techniques, perce certains
mystères de la matière et du réel". Jean-Hubert Martin.
Man Ray, sa vie, son
oeuvre
16 mm, Couleur, 52', 1984
Réalisation : Deidi von Schaewen, Heinz Schwerfel
Image : Deidi von Schaewen
Son : Andreas Reil, Jacques Guillot
Montage : Philippe Puicouyoul
Musique : Tona Scherchen
Extraits de : Zigidor (Boosey & Hawkes), Entr'acte (René Clair),
Retour à la raison (Man Ray)
Production : Cinétévé
Pays : France
Le titre annonce exactement le propos. Placé sous le sourire sensuel et
introductif du tableau "Les lèvres rouges", le film retrace en 12
chapitres la carrière de Man Ray. Photos "de famille", extraits de
films, extraits de documentaires sur Man Ray, interviews (Philippe Soupault
sert de guide et de mémoire) mais aussi Juliet, sa femme, Teemy Duchamp
, Meret Oppenheim et, bien sûr, la présence abondante de ses
photos, de ses peintures, de ses objets, de ses inventions, s'entrecroisent
d'une manière chronologique pour le raconter. Il explique sa venue
à Paris, son rapport à Dada, au surréalisme, son
"invention" de la solarisation, son séjour à Hollywood, son
goût des femmes et du jeu d'échecs et surtout son
impossibilité de choisir entre la peinture et la photographie. Un film
de montage, classique et informatif qui vaut par ses documents et le "bon
usage" qu'il en est fait.
Man Ray (1890 - 1976)
"Man Ray nous a tout dit sur lui-même et son oeuvre est sagesse, elle
nous parle de connaissance. Sans doute dans ses propos, dans ses écrits,
ne nous laisse-t-il que peu d'explications mais il nous parle des
réalités positives de son existence : ses rencontres, ses
expériences personnelles, ses intuitions mais aussi son étonnant
appétit de vivre jusque dans les détails les plus simples de
l'existence : la dégustation d'un plat savoureux ou d'un vin, la
fabrication de meubles à l'aide de planches ou de caisses à
savon, la teinture des rideaux avec une décoction de thé, la
lutte joyeuse et ininterrompue pour obtenir des femmes, de la nourriture ou des
vêtements chauds sont mêlés intimement à la pratique
de la photographie du simple fait que ce sont des plaisirs". Philippe Sers
Marseille, vieux port
16 mm - noir et blanc - muet - 9' - 1929
Prises de vues : de Moholy-Nagy
Montage : Moholy-Nagy
"J'avais à ma disposition, écrit Moholy-Nagy, une longueur
déterminée de pellicule (300 m) et j'ai pensé qu'il ne
fallait pas présenter l'ensemble d'une grande ville sur si peu de
pellicule. Alors j'ai choisi un quartier, le vieux port, partie peu connue du
public à cause de sa triste situation sociale, de sa misère et de
son insécurité. Je n'ai pas voulu faire un reportage purement
impressionniste, mais finalement, j'ai dû me contenter d'une esquisse de
la situation, je n'ai même pas fait des prises de vue plongeantes pour
mieux saisir l'ensemble. Quand, dans les quartiers sombres, j'ai pu enfin
pénétrer dans un appartement en hauteur, on m'y a reçu
avec tant d'hostilité que j'ai dû fuir rapidement et, dans la rue,
on m'a souvent sérieusement menacé". Ce descriptif
sévère des conditions de tournage ne font que rendre plus
éclatante la réussite du film : qualité du regard, sens
des visages et des gestes, de l'observation des petites choses de la vie. Sans
aucun folklorisme genre "misère et soleil" il sent et montre la
diversité des activités, le grouillement des enfants et des
chats, les mini situations et hasards de rue : le sourire des jolies filles, la
rencontre de l'eau et de la terre, de l'ombre et de lumière. Tous ses
plans sont construits dans un esprit constructiviste, un jeu de lignes et de
formes, des perspectives novatrices, des gros plans. De ce kaléidoscope,
surgit un portrait qui à la fois s'appuie sur les recherches de l'avant
garde et n'élimine ni le tremblé de la vie ni les
préoccupations sociales.
Laszlo Moholy-Nagy
Né en Hongrie du sud en 1895. Mort en 1946, d'une leucémie,
à Chicago. Fondateur du new Bauhaus et de l'Institute of Design,
enseignant au Bauhaus de Weimar de I923 à 1928, il est un farouche
partisan du réformisme pédagogique, l'art étant avant tout
pour lui, une communication sociale. Les supports de sa création
témoignent d'un incroyable éclectisme : peintures, photographies,
photogrammes, films, sculptures en verre, zinc, bois et métal
chromé attestent d'un créateur curieux de l'espace et des
découvertes de son temps.
Markowicz André,
La Voix d'un traducteur
couleur, 50', 1999
REALISATION : Anne-Marie Rocher SCENARIO : Anne-Marie Rocher et
Richard-Max Tremblay IMAGE : Yves Koslosky SON : Chantal
Rhéaume MONTAGE : Pierre Viau MUSIQUE : Jean
Derome PRODUCTION : Testa/Montréal/Canada
Sur la
couverture d'un livre ou dans l'attention du lecteur, le nom du traducteur est
une information qui n'est pas déterminante. On achète un auteur
et pour le reste, on se fie au sérieux de l'éditeur. André
Marcowicz est arrivé à imposer son nom à côté
de celui de Dostoïevski, dont il s'était promis de retraduire toute
l'oeuvre en dix ans, pari tenu. Cette revisitation de l'écrivain russe,
violente, heurtée, n'essayant en rien de rendre lisses les
rugosités, de gommer les répétitions, a
éclaté comme un coup de tonnerre dans le Landerneau des lettres.
" Je ne veux pas rendre français l'étranger, mais permettre
au français d'accueillir l'étranger ". Il parle, il
s'explique, habité par son travail, analysant ce qui caractérise
la langue de Dostoïevski. Inspiré et heureux. Modeste aussi, car il
connaît la somme de doute, de recherche, d'illumination qu'il a
traversé et qu'il partage avec sa compagne Françoise Morvan,
elle, traductrice de Tchékhov... Couple soudé par un travail qui
amène d'interminables et fertiles discussions, dans une
complémentarité stimulante. Mais leur complicité ne
s'arrête pas là. Françoise Morvan est bretonne, et
voilà que l'insatiable Markowicz fait venir des poètes russes
contemporains pour les transcrire en breton, qu'il se transforme en
éditeur trilingue de la poétesse Akhmatova, qu'il court au
Québec pour qu'un poème celtique soit transposé en
amérindien. Devant un homme aussi passionnant, plein de bruit et de
fureur des langues, qui lie sa perception des mots et des phrases à la
sensibilité actuelle - on l'appelle le " rappeur de la
traduction "- le cinéaste propose un regard où
l'intérêt du sujet, sa nouveauté prend le pas sur une
réalisation d'une tonalité classique de reportage.
ANDRE MARCOWICZ
Est arrivé en France à l'âge de quatre
ans. Traducteur de Dostoïevski, Tchékhov, Pouchkine. Commence
à réviser Shakespeare. Habite à Rennes. A marqué
l'histoire de la traduction par son approche
" dépoussiérante ". Travaille pour les éditions
Actes Sud " qui lui ont fait confiance ".
Matisse Henri
16 mm, Noir et Blanc, 26', 1946
Réalisation : François Campaux
Image : Lucien Joulin
Musique : César Franck
Commentaire : Jean Cassou dit par Jean Toscane
Production : Compagnie Générale Cinématographique
Pays : France
Cet essai classique de biographie et de présentation critique d'une
oeuvre est devenu un document d'archives extraordinaire puisqu'il est
traversé par la présence de Matisse au travail. Il faut citer la
séquence de ralenti, désormais célèbre, où
l'on voit, avec émotion, la naissance d'un trait, l'effleurement d'un
pinceau qui hésite à se poser puis la souveraineté
immédiate du tracé. Et encore Matisse faisant le portrait d'un de
ses petits-fils, Matisse se promenant, un carnet de croquis à la main,
Matisse surveillant un accrochage. Enfin, autour de deux tableaux "La blouse
paysanne" et une nature morte, les étapes successives des toiles
jusqu'à ce que l'oeuvre arrive à "l'art d'abréviation" de
la version définitive.
Henri Matisse (1869 - 1954)
Peintre, il a laissé aussi de nombreux dessins, sculptures, papiers
découpés. Un des chefs de file du fauvisme, son influence
a été considérable. Il travaille "sans mélange
de ton" à partir de peintures crues et pures, les couleurs "deviennent
des cartouches de dynamite" et il organise solidement ses toiles selon des
rythmes simples, expressifs et efficaces. Il va à l'essentiel et
demande à des tons forts de suggérer l'espace, la lumière,
le volume.
Met Dirk Bouts
16 mm, Couleur, 30', 1975
Réalisation : André Delvaux
Scénario : Ivo Michiels
Image : Charlie Van Damme, Peter Anger
Son : Antoine Bonfanti, André Brugmans
Montage : Jean Reznikow, Monique Lebrun
Textes : Ivo Michiels, Carel Van Mander
Musique : Frederik Devreese
Production : Paul Louyet, Resobel
Pays : Belgique
Un des grands classiques du film d'art. L'idée développée
par André Delvaux est de mettre le peintre et le cinéaste en
parallèle, tout deux artistes travaillant sous contrat.
Rapprochés par une situation économique identique, hommes d'un
même pays, la Flandre, leurs sensibilités communes dialoguent
pendant tout le film. Se déroule devant nous l'oeuvre de chacun; Bouts
avec le jugement dernier et la cène, Delvaux avec sa mise en
scène qui est recherche de traces et de permanences. Cette
complicité donne au film une émotion qui fait sentir une
proximité cachée par le décalage du temps et le
décrochage de l'inspiration. La notion d'époque - l'écart
de quelques siècles - est gommée au profit de celle de la
permanence et du regard. Nous sommes devant deux artisans qui veulent mettre
dans leur cadre un certain nombre d'éléments, découper
l'espace d'une manière précise, représenter une
réalité qui les touche parce qu'elle dit l'angoisse de la mort et
la douceur de la vie. Le texte du film, à la fois scénario et
commentaire, chose rare, s'écoute comme un poème. Le montage fait
naître une syntaxe de phrase-image. La musique est composée comme
un son et, inversement, tout son devient musique.
Dirk Bouts
Peintre flamand (1415 - 1475) qui a vécu et travaillé entre
Haarlem et Louvain. Religieux et réaliste, admirable coloriste, il a
réalisé quelques tableaux majeurs de l'école flamande,
tous remplis d'une très grande sensibilité et d'une
qualité d'émotion rare : les premiers paysages, les chocs de la
fin du moyen-âge qui rencontre la renaissance.
André Delvaux
Cinéaste belge né 1926, chef de file du réalisme
magique. Il a partagé sa vie professionnelle entre l'enseignement
théorique et pratique du cinéma, la réalisation de
ses films et son goût de la musique car il est un excellent pianiste.
Son oeuvre très personnelle se situe aux confins du fantastique
dans le vertige des jeux de miroirs, de l'insolite. de "L'homme au crâne
rasé" (1966) à "L'oeuvre au noir" (1988), il a développé
des thèmes et une esthétique qui en font un auteur singulier
et important. Décédé le 4 octobre 2002.
Le Miroir magique d'Aloyse
16 mm, Couleur, 24', 1967
Réalisation : Florian Campiche
Voix : Daniel Fillion
Production : Center for Mass Communication
Tourné avec l'aide de F. Hoffmann - La Roche & Cie S.A.
Pays : Suisse
Une vieille dame proprette et effacée circule dans un couloir, un gros
rouleau de papier sous le bras. La même vieille dame, dans une
pièce d'une tristesse fonctionnelle, ouvre une boîte de pastel et
se met à dessiner. Ces deux scènes sous-tendent l'émotion
d'un film où l'on voit les dernières images d'Aloyse, grand
peintre d'art brut, schizophrène, qui a passé 45 ans de sa vie
dans un hôpital suisse, à construire avec ses dessins, un monde
magique qui l'a rendue célèbre. Le film l'entoure d'un discours
médical et paternaliste. Avec l'exploration des symboles contenus dans
ses tableaux, avec l'explication clinique de sa "folie" (abolition de la notion
de temps, dissociation de la réalité, construction d'un univers
parallèle plus vrai que le vrai) avec le descriptif de l'histoire
personnelle de sa maladie, qui rejoint celle de sa vie. Aloyse est
"chosifiée" prise en charge par un diagnostic omniprésent, mais
restent ses dessins - on en voit beaucoup - et son visage muré qui cache
un monde intérieur, livré par l'oeuvre seule.
Aloyse (1896 - 1964)
Avec Adolf Wölfi, une des représentante la plus originale de ce que
Jean Dubuffet a appelé l'art brut, art qui présente "un
caractère spontané et fortement inventif...et ayant pour auteurs,
des personnes obscures, étrangères aux milieux artistiques
professionnels".
Misonne Léonard
(1870 - 1943)
16 mm, Couleur, 58', 1979
Réalisation : Ottomar Birth, Walter A. Franke
Image : Walter A. Franke
Montage : Walter A. Franke
Commentaire : Jacob Hausmann
Conseillers : Georges Vercheval, Anne Richard
Version française: Jean-Marie Mersch
Production : RM Productions
Pays : Belgique
La vie et l'oeuvre de Misonne, photographe pictorialiste, chercheur et
inventeur. Le film est d'une facture didactique et utilise d'une manière
très conventionnelle la voix off de commentaire, la musique et les
interviews. Il montre la vie de province d'un bourgeois génial et
asthmatique qui, au milieu de son existence rangée et de ses huit
enfants, a bâti une oeuvre importante. Amoureux de la lumière, de
la brume et du beau, il a marqué l'histoire de la photographie. Ce film,
qui ne marquera pas celle du cinéma, a le mérite de nous
apprendre tout cela. Lent, sentencieux, plein de redondances musicales et
visuelles, faisant appel à des interviews professorales ou familiales,
il reste au stade du document télévisuel informatif.
Léonard Misonne
Né et mort à Gilly (1870 -1943). Cet ingénieur ne se
souviendra de ses études que pour les mettre à profit, dans cette
nouveauté, la photographie. Vélocipédiste dans son pays,
voyageur dans l'Europe entière, il fera partie de la S.F.P. et marquera
son temps par sa conception "magnifiante" et très Barbizon du paysage
qu'il traite "avec atmosphère". Mais aussi par son modernisme car il
invente entre autres "la photo dessin" et "l'écran flou net" et il
s'attache à structurer son travail par une théorie très
précise de la lumière et de l'esthétique.
Modotti Tina, Que viva
Tina
Couleur et noir &
blanc, 52', 1997
REALISATION : Silvano Catano IMAGE : Alain Baptizet SON :
Sibylle Hayeme MONTAGE : Julie Soland-Martinovic PRODUCTION :
Sophie Goupil, Canal +, le Poisson Volant PAYS : France
" Comment concilier l'art et la vie ? " demandait
Tina Modotti à Edward Weston qui lui fit découvrir la
photographie et le Mexique. L'existence agitée, multiple et
fracturée de la très belle et très talentueuse Tina est
là pour dire qu'elle n'a jamais trouvé la réponse. Mais sa
vie et son art, fussent-ils séparés, fascinent. Issue d'un milieu
ouvrier dans l'Italie pauvre du début du siècle, elle a, comme
son père qui la fait venir aux Etats-Unis où il avait
émigré, les idées à gauche. D'abord
couturière, puis mannequin, sa beauté la transformera vite en
starlette hollywoodienne. Carrière brève car elle va être
emportée par une suite de passions et de rencontres, chaque compagnon
lui ouvrant un pays, un engagement une vocation. Sa liaison tumultueuse avec le
photographe américain Weston sera déterminante. Pendant huit ans,
à ses côtés, elle deviendra, l'élève
égalant le maître, une des photographes les plus douées des
années vingt. Ses photographies d'abord " artistiques " jouant
sur les lignes et la composition prendront, en gardant la même rigueur de
cadre et de regard, une coloration de plus en plus sociale et militante. Elle
entre dans le cercle intellectuel et communiste des peintres fresquistes
conduit par Siqueiros, deviendra l'égérie du
révolutionnaire cubain Mella qui mourra assassiné, puis de
Vitali, agitateur international et stalinien rigide qui la transformera en
militante professionnelle du Secours rouge et du Komitern. Photographier lui
semble alors du temps dérobé au Parti et à la cause du
peuple. Elle jette, comme dira Neruda, son appareil dans la Moscova et ne sera
plus que l'exécutrice des ordres du Kremlin à Moscou ou à
Madrid pendant la guerre d'Espagne. Meurtrie par la victoire franquiste,
amère et certainement lucide, elle reviendra au Mexique où elle
mourra mystérieusement dans un taxi à l'âge de 45 ans. Le
film, conduit par un commentaire très informatif, est construit sur des
documents d'archives, extraits de fims, etc...Il donne aussi la parole à
quelques témoins ou analystes de la vie de Modotti. La biographie y
tient plus de place que la photographie et si sa vie a été
romanesque à souhait, une succession d'amours violentes pour des hommes
ou des idées, le réalisateur s'attarde peu sur ce qui la rendue
célèbre : son immense talent qui fait actuellement flamber
toutes les enchères chez Sotheby's ou Christie.
TINA MODOTTI
1896-1942
Photographe et révolutionnaire. Tout son travail
photographique se fera sur une courte période de 1923, où elle
rencontre Edward Weston, à 1930, date de son expulsion du Mexique. Il
passera de l'abstraction- fleurs en plan serré, fragments
d'architecture, vision géométrique de l'espace et des objets- au
reportage social engagé. Il a été redécouvert il y
a une dizaine d'années et ses images se trouvent au MOMA de New York et
dans toutes les grandes collections. Le moindre cliché signé ou
non-Modotti atteint actuellement des cotes astronomiques.
Monsieur René
Magritte
16 mm, Couleur, 50', 1978
Réalisation : Adrian Maben
Image : Marcel Combes, Jacques Puccio
Son : Alain Garnier
Montage : Françoise Colin
Musique : Roger Waters, M. Zalla, Bela Bartok
Commentaire : Adrian Maben dit par Denis Manuel, Gérard Chevalier
Interview de René Magritte
Extrait de "Terre des Arts" (Max Pol Fouchet)
Production : Antenne 2, RM Productions, W.D.R.
Pays : France
D'abord le cadre, le 93 rue des Mimosas à Bruxelles, avec son salon
Louis XVI, des angelots dorés et le chevalet dans la salle à
manger, que l'on débarrassait au moment des repas. Ensuite, la
biographie; la vie petite bourgeoise bouleversée par le suicide de la
mère et confortée par Georgette, la femme aimée et
épousée qui deviendra l'unique modèle; ses liens avec le
surréalisme belge et français puis le succès, la
reconnaissance internationale ainsi que les périodes traversées,
les débuts futuristes, le choc de Chirico, la période "vache" et
"plein soleil". Les tableaux sont présentés liés aux
souvenirs (il a dans son enfance vu...donc il en fait un signe de son langage
pictural) ou confrontés à la transformation poétique du
réel. Deux points forts, une interview de Magritte faite par Max Pol
Fouchet et le rapport de Magritte au cinéma comme spectateur de films
populaires, cinéaste amateur et surréaliste. Le rythme est lent,
la musique omniprésente, le commentaire très informatif et les
images illustratives.
René Magritte (1898 - 1967)
Peintre surréaliste belge. "Moi, peintre, je crois que je ne peux
montrer que l'apparence des choses, ce qu'elles disent. Mais ces choses
apparentes ne peuvent pas exister sans mystère. Il s'agit pour moi
également de réalisme en ce sens que le réel est ce qui me
semble le plus important. Mais le réel n'est pas cette chose vulgaire et
facile qui nous entoure immédiatement, le réel en soi, il n'y a
qu'à certains moments que l'on en a le sentiment et c'est ce réel
que j'essaie d'évoquer dans mes tableaux". "De l'autre côté
du miroir". Emission de M.P. Fouchet
Adrian Maben
Ce cinéaste a d'abord étudié la biochimie à Oxford,
puis les techniques du film à Rome. Il a été critique de
cinéma et réalisateur à l'ORTF. En 1974, il réalise
son premier long métrage "Pink Floyd à Pompéi"; suivront
"James Ensor" et "Frame from the Edge" sur Helmut Newton. Il a fait plus de
cent émissions de télévision et des films sur l'art qui
lui ont valu des prix et la reconnaissance internationale. Il prépare un
portrait de Balthus et une série de six films sur la photographie
contemporaine.
Monsieur Tête
Film d'Animation, 16 mm, Couleur, 13', 1959
Réalisation : Jan Lenica, Henri Gruel
Image : Equipe Arcady
Montage : Henri Colpi, Jasmine Chasney
Texte de Eugène Ionesco dit par Claude Nicot
Coproduction : Argos Films et les Films Armorial
Pays : France
Grand Prix de la Critique Internationale
Prix Emile Cohl, Festival de Tours
Un film d'animation qui voit la rencontre de Ionesco et de Lenica et remporte
le prix Emile Cohl. Une métaphore sur un individu libre et un univers
oppressant. Un grand classique de la réflexion où l'on perd sa
tête et où on la retrouve remplie de plomb. L'important est le
texte de Ionesco, simple, si simple qu'il est tragique (lire son
théâtre) et de l'univers graphique d'un cinéaste polonais
qui joue sur les ruptures de ton, les changements de couleurs, et de la
violence cachée sous le charme.
Jan Lenica (1928)
Cinéaste polonais. D'abord affichiste, puis graphiste, il réalise
son premier film avec Walerian Borowezyk : "Il était une fois". En 1959,
à Paris, il rencontre Ionesco et c'est "Monsieur Tête".
Partagé entre l'est et l'ouest, les affiches et le cinéma, il
flirte aussi avec l'opéra, le père Ubu. Au centre de son travail
- il a signé une dizaine de films - le thème du
décervelage, l'esprit surréaliste, le goût de l'absurde.
Mur, Murs
16 mm, Couleur, 81', 1982
Réalisation : Agnès Varda
Narration : Agnès Varda
Image : Bernard Auroux
Son : Lee Alexander
Montage : Sabine Mamou
Musique : Buxtehude, Carey, Cruz, Fiddy, Healy, Los Illegals, Lauber
Documentation: Alain C. Ronay, Denise Warren
Production : Ciné-Tamaris
Pays : France
Agnès Varda a vécu quelque temps en Californie. Elle y tourne un
film grave, "Documenteur" où elle voit le côté "ombre" de
Los Angeles. Mais elle lui oppose un diptyque "Mur, Murs", plein de couleurs et
d'humour, où elle présente la ville sous son côté
ensoleillé. Elle la découvre avec ses murs qui lui racontent
beaucoup d'histoires et lui proposent beaucoup d'images, puisqu'il s'agit d'un
documentaire sur les "Murals". A travers ces fresques naïves, violentes,
poétiques, elle lit l'aventure de la ville et de ses habitants : les
rêves, les revendications, les manifestations écolo, l'amour,
l'expression brute de la culture des minorités noires, chicanos,
métisses, bref, toute l'imagerie américaine prise dans le melting
pot et l'air du temps. Chaque mural, chaque quartier a une histoire et
Agnès Varda, qui a écrit le commentaire et le dit, la raconte
bien, avec humour et tendresse. On est dans la vie, dans la rue, avec les gens.
C'est un film en état de grâce où, d'une manière
visuelle et vivante, on entre dans l'univers californien. Il n'y a ni message,
ni didactisme mais un regard et une sensibilité.
Agnès Varda
Cinéaste française, née en 1928. Elle vient au film par la
photographie, elle a été photographe au T.N.P., à
l'époque de Jean Vilar. Elle réalise, en 1955, son premier film
"La pointe courte" qui anticipe une approche du cinéma qui sera,
quelques années plus tard, celle de la nouvelle vague. On lui doit
"Cléo de 5 à 7", "Daguerréotypes", "Sans toit ni loi" et
des courts métrages "Opéra Mouffe", "Du côté de la
côte", "Ulysse". Fictions ou documentaires, courts ou longs, toute son
oeuvre témoigne de son attention aux êtres, de son goût de
la vie, d'un rapport très rigoureux de l'image et au cadre. Inventrice
de la "Cinécriture" elle scénariste et monte ses films et
intervient souvent directement dans des commentaires qu'elle dit
elle-même.
Les Muses sataniques
- (Félicien Rops)
16 mm, Couleur, 60', 1983
Réalisation : Thierry Zéno
Image : Thierry Zéno
Son : Christian Coppin
Montage : Thierry Zéno
Voix : Daniela Bisconti, Nicole Debarre, Mina Maati
Musique : Brahms, Liszt, Franck
Production : Zéno Films
Pays : Belgique
Félicien Rops est un grand dessinateur, un grand graveur mais aussi un
épistolier magnifique. Il écrit, il écrit beaucoup, il
écrit très bien. L'idée force de ce film est de mettre en
rapport l'image et la phrase, les deux corrosives, sincères,
contestataires. Il ne s'agit pas d'une biographie mais de l'accompagnement d'un
homme qui a été riche et peu heureux, entouré de femmes et
de l'interdiction de la femme, écrasé par sa province, mais aussi
ami de Zola, Baudelaire, De Coster, en prise avec un catholicisme où le
Christ et le diable, volontiers remplacés par la femme ou la truie, se
bousculent dans une révolte datée mais superbe. Le
parallélisme entre le vu et l'entendu est parfait, la voix du lecteur et
les mouvements de caméra sont justes mais l'énoncé
systématique du titre des oeuvres coupe peut-être l'émotion
portée par la violence des dessins, la rage des textes,
éléments que Thierry Zéno propose en retrait de ce qu'il
aurait pu en faire, sans prendre le risque d'un "cinéma" lui aussi
transgressif.
Félicien Rops (1833 - 1898)
Peintre, graveur, épistolier namurois, doué d'une imagination
fantasmatique et souvent érotique, il produisit entre autres des
recueils d'eaux-fortes, vraiment fortes. Dans son travail, il montre les amours
comme "une saison en enfer", les associent au diable "maître du sexe"
à l'image du cochon qui hante le siècle et surtout à la
mort car il ramène sans cesse l'homme au squelette.
Thierry Zéno (1950)
Cinéaste belge. Il a co-signé un chef-d'oeuvre "Vase de noce",
fait un documentaire impressionnant "Des morts". Depuis quelques années
il a consacré son talent au film d'art avec une exploration de la
représentation de St Antoine, les dessins d'Ionesco et maintenant ceux
de Michaux.
[ Accueil | Présentation
| Catalogue | Cinergie
]
|