PPanamarenko, Portrait en son absence
couleur, 27', 1997 Comment faire un film sur un artiste résistant, qui dit au cinéaste " débrouillez-vous " ? Claudio Pazienza retourne cette absence en en faisant un film bien plus intéressant que s'il y avait eu une complicité préalable. Comme Duras dans " Le camion " avait utilisé le conditionnel pour parler d'un film en train de se faire, mais dont l'histoire était portée par le seul discours, le cinéaste joue ici sur le " On aurait pu... " plein de drôlerie en déambulant dans les rues d'Anvers en compagnie d'une autruche, oiseau qui " aurait pu " voler, entrée en matière qui interroge Panamarenko et ses merveilleuses machines, dont une des dernières, le fameux " Chicken " se contente de faire quelques pas en agitant ses ailerons. Utilisant des images et des interviews prises lors de vernissages ou de mises à l'épreuve des mécaniques poétiques construites par Panamarenko, le cinéaste en fait un montage ironique et informatif puisqu'il restitue la démarche de l'artiste " navigateur, aviateur, sculpteur, ingénieur ", en tout cas inventeur d'un art où le sérieux technologique devient rêve, mais " rêver c'est faire en sorte que tout fonctionne vraiment ". Et l'on assiste à l'envol (modeste) d'une gigantesque mongolfière, à l'utilisation (expérimentale) de godillots magnétiques, à l'avancée (hésitante) d'un char marin, au (léger) décollage d'une bicyclette volante. Et la voix off du cinéaste entame une conversation/évocation avec un Panamarenko filmé par d'autres. C'est drôle, juste et intelligent. PANAMARENKO 1940 Né à Anvers, cet artiste commencera dans le cadre de la revue
Happening à suivre les courants dominants du Pop Art, réalisera
des poupées-femmes, etc... Paris-Paris ou le temps d'une génération (1936-1958)16 mm, couleur, 2 x 60', 1983Réalisation : Yves Kovacs Auteurs : Teri Wehn-Damisch et Yves Kovacs Avec la participation de : Marcel Arland, Jean-Louis Barrault, Jean Bazaine, Pierre Boulez, Jean Cassou, Olivier Debre, Hans Hartung, Eugène Ionesco, Henri Lefebvre, Claude Levi-Strauss, André Masson, Georges Mathieu, Charlotte Perriand, Edouard Pignon, Jean Prouve, Denise Rene, Françoise Sagan, Nathalie Sarraute, Gérard Schneider, Roger Tallon, Victor Vasarely, Pierre Schaeffer Textes et commentaires dits par Henri Serre Productrice déléguée : Teri Wehn-Damisch Coproduction: Antenne 2, Centre Georges Pompidou Pays : France Un documentaire qui, pendant un temps historique fort (le front populaire, la guerre d'Espagne, la deuxième guerre mondiale, la fermeture du bloc soviétique, la décolonisation) fait le lien avec les inventions et la création portées par des plasticiens, des philosophes, des écrivains, des cinéastes, des hommes de théâtre, des hommes d'images. Divisé en deux parties, l'espoir 36-44 et la réalité 44-58, il a le mérite de faire un montage de documents exceptionnels, d'essayer de décloisonner les événements, de proposer un tableau synoptique de tout l'essentiel de ces vingt ans. C'est un album de famille subjectif où, au hasard des séquences, on voit Malraux, les Delaunay, Jean-Louis Barrault, Céline, Claude Levy Strauss, Dubuffet, Ionesco, Sagan, Sarraute, Denise René, Charlotte Perriand, etc. Ce n'est pas un film sur l'art "stricto sensu" mais un film qui donne aux créateurs un rôle historique.
Yves Kovacs Le Pavillon des passions humaines35 mm, Couleur, 13', 1988Réalisation : Claude François Scénario : Claude François Image : Raymond Fromont Montage : Monique Rysselinck Musique : Jacques Calonne Interprétation : Catherine Aymerie, Harry Cleven, Claude Etienne, Micheline Hardy, Frédéric Latin, Bernard Marbaix, Henri Monin, Maurice Sevenant Production : Arts 9 avec l'Aide du C.F.A., du Ministère de la Communauté Française, de la Commission Française de la Culture de l'Agglomération Bruxelloise Pays : Belgique Jef Lambeaux, sculpteur belge, a fait, à la fin du siècle dernier, un haut relief : "Les passions humaines", la grande oeuvre de sa vie, enfermée dans un pavillon signé Victor Horta, situé dans le parc du Cinquantenaire à Bruxelles. Enfermé, puisque ce travail, jugé scandaleux, pornographique et attentatoire aux bonnes moeurs, n'a été montré que très rarement au public. Il est encore en butte à des polémiques clochemerlesques et des tractations politico-burlesques. Autour de cette rocambolesque affaire, qui dure depuis un siècle, Claude François a bâti une fiction où des comédiens, en jouant l'aveugle, l'historien, le critique d'art, le peintre du dimanche, le visiteur mondain, nous permettent d'entrouvrir la porte de ce fameux pavillon. Mais ils occupent tout le champ du film et une fois de plus, l'oeuvre de Jef Lambeaux est bien peu vue. Un cinéaste ici s'est emparé avec talent d'un artiste mais l'a-t-il vraiment servi ou sorti de son enfer ?
Jef Lambeaux (1852-1908)
Claude François Pensées et visions d'une tête coupée (Antoine Wiertz)35 mm - noir et blanc - couleur - 26' - 1991Réalisation & Scénario : Olivier Smolders Image : Walther Van Den Ende Son : Pierre Mertens Montage : Philippe Bourgueil Musique : Philippe Marion Coproduction : Les Films du Scarabée - Les Films de la Boissiére - avec l'aide de la Communauté française de Belgique, du Centre du Film sur l'Art et du Centre National de la Cinématographie Pays : Belgique - France
Le film sur l'art est un "mauvais genre" ou du moins un genre difficile.
Comment éviter le didactisme d'un livre ou les digressions
étrangères à l'artiste. C'est-à-dire
l'éternel problème du sujet et de la perte du sujet, de la
confrontation du peintre et du cinéaste. Olivier Smolders a un univers
fort et singulier. Wiertz est un savant mélange "de génie et de
sottise". Deux mondes de fantasmes additionnels qui amènent une rencontre
où la transgression de l'un rejoint la folie de l'autre.
Antoine Wiertz (1806-1865)
Olivier Smolders Des Pierres et des mouches - Richard Long au Sahara16 mm - couleur - 40' - 1988Réalisation : Philip Haas Scénario : Philip Haas Image : Bernard Zitzermann Son : Eric Devulder Montage : Julian Sabath Musique : Marc Wilkinson Production : Arts Council of Great Britain Version originale - sous-titres français Pays : Grande Bretagne Richard Long et le Sahara. Pour cet artiste anglais qui s'inscrit dans le "land-art", traverser un paysage, laisser les traces éphémères de ses sculptures, faites de pierre, de sable, de cendre, d'empreinte de pas "est" son travail. Voyage ascèse et réflexion, voyage initiatique où il fait entrer son propre corps (la marche, la fatigue, le sommeil) dans le processus de création qui se sert du temps, de l'environnement, du savoir-faire artisanal : il a des gestes de manoeuvre, de maçon, de portefaix, de survie primitive. Le film est nu et dépouillé comme sa démarche, sans fioritures. Une mise en scène volontairement minimale qui joue avec l'immensité de l'espace, le Hoggar fascinant comme tous les déserts. La bande son se réfère au vent, aux mouches, aux bruits de pas. Son périple est parfois ponctué par la musique répétitive et incantatoire de Marc Wilkinson. Richard Long parle en off, parfois. Des phrases simples et essentielles. Il dit "le plaisir de réduire la vie", "de s'arrêter avec la nuit", "de retrouver le chaos normal de la création", "de travailler sans penser à rien, totalement", "que tout voyage est une ligne qui devient sculpture". Et nous voyons des spirales de cailloux, des rectangles de pierres, des aires de terre battue, des cercles mégalithes. C'est éblouissant.
Richard Long
Philip Haas Personimages16 mm, Couleur, 30'Un film de : Noëlle Chanel, Daniel Cavillon, Michèle Cavillon, Paul Bertault, Robert Cahen, Martine Durand Production : Institut National de l'Audiovisuel et le SERDAV Pays : France Des dessins enfantins sont présentés sur un air de ritournelle et de boîte à musique. Puis, apparaissent des pots de couleur et des pinceaux, des corps penchés sur leur travail, enfin, des visages....terribles. Nous sommes dans un atelier de recherche graphique, animé par le peintre Jean Revol au Centre d'aide par le travail de Ménilmontant, destiné à des handicapés mentaux, mongoliens et autres. C'est une description sans commentaire de cette thérapie par la peinture. Au milieu de ses élèves, pas tout à fait comme les autres, circule le peintre-pédagogue, qui les conseille et les encourage. C'est un film informatif qui peut intéresser les animateurs sociaux ou les psychologues, un reportage à usage des amateurs du paramédical. Picabia Francis ou l'auberge espagnole16 mm, Couleur, 27', 1976Réalisation : Yves Kovacs Image : Claude Butteau, François Chrétien Son : Claude Bittan, Jean Millet Montage : Jean-Baptiste de Battista Extraits de Entr'acte (René Clair) Production : Antenne 2 Pays : France Dans la série "Zig-Zag" de Teri Wehn-Damisch Enfermer Picabia en 27 minutes est une gageure. L'homme est passionnant et insaisissable : grand séducteur, collectionneur de femmes et de voitures, passionné de vitesse, amateur de fêtes et de luxe, haïssant la répétition et l'ennui, il est constamment en mouvement dans sa vie et dans son oeuvre, puisqu'il a laissé 10.000 tableaux, traversé 11 périodes et écrit des textes de grande qualité. Pour dire ce foisonnement, quelques témoins - des "Madame Picabia" encore de ce monde - des admirateurs comme J.F. Lyotard et Denis Roche et des documents d'archives. Son travail commenté, anecdotisé, lu psychanalytiquement, comme une machine érotique est accompagné d'une musique illustrative, jazz ou Tino Rossi. Picabia était-il comme il se définit "l'antiartiste par excellence, un monstre quoi ?". Si le film ne peut répondre à cette question, il a le mérite de la poser et de la mettre en images documentaires.
Francis Picabia (1897 - 1953)
Yves Kovacs Picasso le journal d'un peintre16 mm, Couleur, 89', 1980Réalisation : Perry Miller Adato Image : Jean Monsigny (Europe), Vic Losick, Fred Murphy Montage : Eugène Marner Photographies: David Douglas Duncan, Brassai, Robert Capa, Alexander Liberman, Man Ray, André Villers, Lee Miller, Dora Maar Avec la participation de : Gertrude Stein, Fernande Olivier, Pierre Daix, Jean Cocteau, Brassai, Juan Miro, William Rubin, Josef Paulo I Fabre, Claude Picasso, Paloma Picasso Edouard Pignon, Helene Parmelin Production : Perry Miller Adato - Sarah Lukinson Pays : Etats-Unis Un film chronologique, respectueux d'une vie et d'une oeuvre dont le génie est d'une évidence absolue. Picasso a dit : "mon travail est un journal intime, pour ceux qui savent le lire, j'ai peint mon autobiographie". Cette phrase fondamentale a été prise au pied de la lettre par le réalisateur qui lie chronologiquement son travail aux femmes qu'il a aimées, à ses maisons. C'est le côté "vie privée"- porté par un album de famille, les souvenirs de sa fille Paloma, son fils Claude, les clichés pris par son photographe David Douglas Duncan qui nous fait entrer dans l'intimité du peintre - qui est le plus convaincant. Le reste relève de l'album d'art avec reproductions d'oeuvres, propos anecdotiques sur l'évolution de son travail et défilé d'amis témoins, Juan Miro, Edouard Pignon et William Rubin. L'approche est journalistique mettant en avant son goût de la corrida, la mort de son ami d'enfance, sa vie avec Fernande.
Picasso (1881 - 1973) Pierre Michel, orchestre à fictions16 mm, Couleur, 47', 1985Réalisation : Maddy Delsipee Image : Piotr Stadnicki (Cinéma), Dominique van Laeys (Vidéo) Son : Henri Morelle, André Colinet Montage : Eva Houdova Musique : Yvon Vromman Coproduction : Centre de l'Audiovisuel à Bruxelles, RTBF Bruxelles, Films du Chatelain Pays : Belgique
Prix du Meilleur Essai au 4ème F.I.F.A. de Montréal 1985
Pierre Michel (1949 - 1981)
Maddy Delsipée Pollock Jackson16 mm, Couleur, 1O', 1951Réalisation : Paul Falkenberg, Hans Namuth Musique : Morton Feldman Production : Museum at Large New York Voix : Jackson Pollock Pays : Etats-Unis Dix minutes où l'on voit Pollock au travail. Sans commentaire extérieur. Il parle de ce qu'il fait mais ce n'est pas un grand bavard. On le voit donc face à sa toile, posée par terre, entouré de ses pots de peinture, faire son "dripping". Il y a l'intense concentration, puis la rapidité et la sûreté du geste, la maîtrise inspirée. Il exécute aussi une oeuvre sur verre, fait un assemblage de tôle découpée. Un document beau et simple qui se situe au moment de l'acte créateur. Il y a des plans très jutes de son corps au travail, de son visage habité, tendu, de ses godillots arrosés de taches de couleur. La musique est juste.
Jackson Pollock (1912 - 1956) Portrait de mon père aquarelliste16 mm, Couleur, 36', 1987Scénario : Jean-Noël Gobron Réalisation : Jean-Noël Gobron Image : Jean-Noël Gobron Son : Richard Verthe Montage : Monique Rysselinck Coproduction : Alcyon Film et Atelier Jeunes Cinéastes, avec l'aide du Ministère de la Communauté française de Belgique Pays : Belgique Un film affectif, portrait d'un père aquarelliste, fait par un fils cinéaste. En voix off, à la première personne, le réalisateur explique son envie de ce film, pieux hommage, et raconte la vie de celui qui vient de mourir et qu'il a filmé dix ans durant à la sauvette. On entre dans un album de famille avec la succession de femmes, de métiers, de maisons. C'est touchant et intime mais aussi axé autour de la réflexion que Roger Gobron fait sur son métier, l'aquarelle. Il parle de l'eau qui mène la danse, de sa vie passée à l'apprivoiser, de ses recherches pour faire évoluer une technique qui passe pour mineure, lui donner la force de la peinture à l'huile. Il dit ses sources d'inspiration liées aux paysages de la Flandre, à l'expressionnisme, expose ses techniques, ses recherches. Autour de sa présence de patriarche, une biographie affectueuse et la présentation d'une oeuvre (cert0es mineure), filmée tendrement.
Roger Gobron (1899-1985)
Jean-Noël Gobron Portrait du peintre dans son atelier16 mm, Couleur, 40', 1985Réalisation : Boris Lehman Scénario : Boris Lehman Image : Antoine-Marie Meert Son : Henri Morelle Montage : Daniel De Valck Cantatrice : Esther Lamandier Coproduction : Dovfilm, Centre du Film sur l'Art, Centre de l'Audiovisuel à Bruxelles Pays : Belgique Arié Mandelbaum est le peintre, Boris Lehman le cinéaste. Ces données premières posées, tout se complique car on se demande qui fait le portrait de qui. Mais cette interrogation perverse et subtile d'acteur et d'auteur, de sujet prétexte à sujet réel pose une des problématiques des films sur l'art quand ils ne se cantonnent pas à la simple transmission d'information mais qu'ils s'ouvrent sur le mimétisme ou l'autoportrait déguisé. Le film se compose de quelques mouvements d'appareil, vastes et lents panoramiques qui recensent et répertorient tout l'espace de l'atelier. La peinture est partout, du pinceau aux murs, tous marqués par l'acte de peindre, mais le tableau n'est jamais isolé en tant que tableau. L'atelier d'Arié est aussi cuisine, chambre, bureau et porte les traces d'une vie unique liée à un corps, une sensibilité, une activité. L'écran est la véritable toile. Les toiles sont à peine montrées, à peine vues. Dans cet enfermement miroir, la voix de la cantatrice est magnifique mais sa présence opère une rupture...Un film d'art qui est un film d'auteur.
Boris Lehman
Arié Mandelbaum Potiers japonais à l'oeuvre16 mm, Couleur, 28', 1976Réalisation : Marty Gross Image : Keiji Ito Son : Koji Ohta Montage : Marty Gross Production : Marty Gross Pays : Canada Un film lié aux gestes d'une profession, d'un artisanat qui impliquent un rapport fort avec la terre, l'eau, le feu, une sensualité des éléments. Au sud du Japon, il y a une tradition de potiers, un savoir-faire qui se transmet dans les familles. Le film ne prétend rien expliquer ou théoriser. Il montre les gestes traditionnels. Il n'y a pas de didactisme, simplement une circulation de la terre aux machines, aux tours, aux produits finis. On entre dans le quotidien d'une production : un apprenti est formé, un orage éclate. C'est beau, c'est simple. Il n'y a aucun commentaire et beaucoup de plans fixes. On ne tourne pas autour du pot.
Les potiers du Japon |