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FESTIVALS
Amours fous
Le diable en liberté
Instigateur de la fameuse émission Strip-tease, Manu Bonmariage
s'inscrit dans la veine du documentaire et du cinéma direct, dont on a
souvent dit qu'elle est une tradition sur notre terre sociale. Lorsque
Amours fous fait revenir ce baroudeur sur les lieux de son enfance,
c'est pour lui l'occasion d'exorciser la peur qu'il avoue avoir ressentie
lorsque, gamin, il entendait les horribles cris venant du centre psychiatrique
tout proche. Pourtant, s'il est bien question de malades mentaux, c'est surtout
de l'Amour que traite l'un des documentaires les plus personnels du
réalisateur... Qui mieux que les fous peut en parler avec autant
d'émotion sincère et spontanée, sans tourner autour du pot
?
Lhierneux, village en Famenne. Jean (67 ans) aime Ginette (59 ans) : "Elle ne
sait pas vivre sans moi, ça non alors, elle ne sait pas se passer de moi
!" Ginette aime Jean : "Tu es un vieux cochon, un vicieux !" Plusieurs
kilomètres séparent leurs familles d'accueil. Entre les deux,
à travers les prés, de petites routes que, fredonnant avec
insouciance, Jean parcourt en claudiquant, les mains dans le dos. Il a droit
à trois visites par semaine. Comme les internes, ils iront alors
à la cafétéria, carrefour où les pensionnaires se
rencontrent et se retrouvent. Depuis quelques semaines, ils y préparent
une soirée spectacle dédiée à la magie et aux
chansonnettes sentimentales. Ici, autour d'un verre, tous parlent -parfois avec
une naïveté comique, parfois avec détresse, toujours avec
force d'un Amour que leur esprit décalé a laissé à
sa vraie place : au centre du monde. Cette obsession qu'ils avouent et
affichent haut et fort entre leurs murs, n'est-ce pas notre véritable
obsession à tous ? Objets de toutes les discussions, leurs histoires de
coeur ressemblent tellement aux nôtres !
Alphaville : des coeurs lobotomisés
Pour laisser le temps de s'attacher à ces hommes et ces femmes, de se reconnaître
en eux, Manu Bonmariage laisse longtemps l'Institution (hospitalière
en l'occurrence) dans l'ombre, en toile de fond, comme quelque chose d'abstrait,
d'invisible, de flou. Mais s'il réveille en nous un immense Amour,
c'est pour mieux nous faire ressentir sa frustrante impossibilité
: condamné par un ordre social rationnel et froid qui le voit comme
une menace, ce diable d'Amour s'est vu bridé, atrophié en
douce par des principes assimilés comme les calmants dont on gave
les malades. Peu à peu, on ouvre les yeux, et le parc idyllique se
transforme en cage aux barreaux dorés : enfin, un médecin
donne son (vrai) visage à une autorité institutionnelle qui
sépare à leur insu ceux qui ne cherchent qu'à se rencontrer.
"Deux aveugles ne sauraient pas s'aider à traverser la route !",
et l'on interdit à Jean et Ginette et autres de se marier. Si cette
séquence, avec son long travelling élaboré, rappelle
l'habituelle virtuosité des cadrages de Manu Bonmariage, l'opposition
n'en est que mieux rendue, avec la sobriété et l'effacement
qui caractérisent de manière générale la mise
en scène du film : la caméra, très prude, très
attentive à ses personnages, échappe au moule des cyniques
Strip-Tease...
Nicolas Longeval
(février 1998)
© Cinergie, asbl
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