FESTIVALS
Les films belges au Festival international du Film de Bruxelles
- janvier 1998
La Danse des esprits
Journal d'un curé des villes
La vie d'un curé de grande ville en cette fin de siècle
n'est pas de tout repos. Tout comme le commun des mortels, le curé
n'arrête pas de courir. Il est épuisé de tant
de visites et de réunions, de rencontres éclairs avec
les gens. Même sa messe, il la célèbre en courant.
Il culpabilise de ne plus avoir le temps de répondre aux
inquiétudes de ses paroissiens, il est lui-même désemparé.
Le seul endroit où il arrive à se retrouver, à
recouvrer sa foi est cette petite chapelle dédiée
à Saint Alba, perdue dans les montagnes, près du village
où il a été curé auparavant. C'est là
que, une fois l'an, pendant quelques secondes, un miracle se produit.
Chaque année, le 13 décembre, le curé part
là-bas, vivre ce moment de béatitude, illuminé
par la lumière éblouissante que reflète le
triptyque de Saint Alba. Avec lui, se retrouvent des gens de la
ville qu'il a réunis dans son havre de paix.
Il est le lien entre une entraîneuse qui se déteste
et hait ce qu'elle fait mais qui est si heureuse de porter en elle
une "marmaille qui lui a poussé dans le ventre" en qui elle
met tout son espoir de rédemption, un jeune footballeur,
surnommé "le buteur", ne sachant plus marquer un but, des
vieillards pensionnaires d'un asile, un jeune homme condamné
par la maladie.
Tous ont rencontré dans leur désespoir le curé
qui les a convaincus de le suivre dans sa chapelle.
Mais face à ces gens de la ville qui ont besoin d'un élément
surnaturel, un miracle, pour croire et reprendre goût à
la vie, Donissan, l'adjoint du curé, a une attitude très
critique.
Dans ce premier long métrage, Manuel
Poutte disserte sur le besoin de spiritualité. Après
Moï Den O, une fiction sur le bouddhisme, la Danse
des esprits s'arrête sur la foi chrétienne.
L'agnosticisme du réalisateur le pousse à l'iconoclasme.
Le miracle n'en est pas un, il n'est que phénomène
optique. La lumière que reflète le visage de Saint
Alba est, en fait, la réflexion du rayon de soleil qui, depuis
un certain angle, se réverbère dans un miroir caché
derrière la toile. Fait que seuls le curé et Donissan
découvrent, les laissant un moment désemparés.
Serait-ce parce qu'ils ne croient plus au miracle qu'ils n'y assisteront
pas ? Ce n'est peut-être pas un miracle, mais après
tout, pourquoi empêcher les pèlerins d'y croire si
cette lumière émanant du triptyque de Saint Alba les
aide à se retrouver en contact avec leur moi le plus
profond ?
Cette fiction, tournée à la manière d'un documentaire,
a été réalisée avec très peu
de moyens. Les acteurs, n'étant pas tous des professionnels,
ont travaillé avec le réalisateur leurs personnages,
les dialogues ont été écrits avec eux, ce qui
appuie cette impression de réalité filmée.
Contrairement à ses films précédents, Manuel
Poutte n'a fait preuve d'aucune prouesse technique dans cette réalisation.
Tout converge pour épurer cette fiction de tout anecdotisme
ou romantisme. La sobriété du réalisateur est
telle que le film peut paraître vide de sentiments. Trop intellectuel
pour être chargé d'émotion ? On pourrait
s'y méprendre.
Dimitra Bouras
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La Danse des esprits. Réal. et scén. :
Manuel
Poutte. Musique : Frédéric Vercheval.
Image : Philippe
Guilbert. Montage : Marie-Hélène Mora.
Int. : Damien Berkal, Pierre Lekeux, Félicité
N'Gisol, Bruno Marin, Omer Lefranc, François Vercheval,
Sandrine Convens. Prod. : Lux
Fugit Film, CNC-France, Lazennec Prod.
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(février 1998)
- ©
Cinergie, asbl
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