Cinergie.be Cinergie.be
Webzine


Afficher les critiques :

Par date

Par catégorie

Par titre


/film/violence_des_echanges_en_milieu_tempere/cover.jpg
Violence des échanges en milieu tempéré


/professionnel/moutout_jean-marc/photo.jpg
Jean-Marc Moutout


/organisation/universcine_belgium/logo.jpg
UniversCiné Belgium


Webzine > Critiques > Violence des échanges en milieu tempéré de Jean-Marc Moutout
Violence des échanges en milieu tempéré de Jean-Marc Moutout

2004-01-01

Cette critique est parue dans le Webzine n°79

Violence des échanges en milieu tempéré

Sélection officielle au Festival de Locarno 2003

Résumé du film :

À 25 ans, Philippe (Jérémie Renier) débarque de province pour intégrer à Paris un grand cabinet de consultants en entreprises. Le matin de son premier jour de travail, il rencontre Éva (Cylia Malki), jeune mère-célibataire dont il s'éprend. Sa première mission, qu'il aborde avec enthousiasme, est de préparer le rachat, encore confidentiel, d'une usine par un grand groupe.Ses premiers rapports sont convaincants à tel point qu'il gagne la confiance de son patron qui lui confie une nouvelle responsabilité et pas des moindres : sélectionner le personnel apte à travailler dans une nouvelle organisation de l'entreprise.Dès lors, Philippe doit se convaincre et convaincre Éva du bien fondé de sa tâche et faire face aux ouvriers, hommes et femmes de l'usine, dont il prépare le licenciement.

Violence des échanges en milieu tempéré raconte l'histoire d'un passage à l'âge adulte. Le personnage principal, Philippe Seigner, est un battant qui se retrouve face à sa conscience au moment où il doit assumer une mission délicate : mettre à exécution un plan social de licenciement. Va-il assumer son poste, son statut et passer à l'acte ?
Il est pris entre son patron, personnage sans scrupule et formé pour réussir, qui le met face à ses responsabilités et Éva, sa compagne avec qui il a une relation désintéressée, qui le met face à sa conscience. Dès l'instant où il a accepté de participer au plan social, il prend goût au pouvoir et ses rapports aux autres s'en ressentent et se modifient. Il obéit à une forme de lâcheté et à un renoncement qui est la résultante du conditionnement de son comportement professionnel.

Et si à la fin du film, Éva le quitte, c'est parce qu'elle ne retrouve plus en lui la personne candide qu'elle a rencontrée et qu'elle a cru aimer au début de leur relation.
Le personnage de Philippe Seigner interprété avec talent par Jérémie Renier est double. Il possède à la fois cette candeur juvénile et cet aplomb du jeune battant capable de tout pour réussir. Il représente cette génération de yuppies qui gravitent les échelons pour accéder à l'ascension sociale.
Au-delà d'une comédie en apparence légère, le film pose la question du compromis, du consensus mou, de la lâcheté à laquelle tout un chacun a été confronté un jour ou l'autre dans sa vie.
Dans une société où tout le monde a peur de perdre son emploi, où la concurrence est très forte et où le travailleur est une marchandise comme une autre, le comportement de repli, du chacun pour soi, de la sourde oreille est de plus en plus répandu. Dans ce contexte, se pose la question de : " jusqu'où sommes-nous prêts à aller pour garder notre gagne-pain ? ".

Avons-nous le choix entre : participer, refuser, dénoncer, se taire, sauver sa peau, penser aux autres ?
Il y a un jeu de miroir qui s'établit entre Philippe et le spectateur. Le tour de force du réalisateur est de mettre le spectateur dans la peau de l'acteur. Comme lui, on se sent tiraillé, bousculé dans nos convictions.
Très vite, on se prend au jeu et on se met à la place du jeune consultant : Qu'est-ce qu'on aurait fait à sa place ? Est-ce qu'on aurait fait la même chose ? Est-ce qu'on le condamne ? Ou au contraire est-ce qu'on a de l'empathie pour lui parce qu'il est fragile et qu'on le comprend ?
En suivant le personnage du jeune représentant de consultance dans sa mission, le film nous interroge sur le mécanisme du pouvoir : diviser pour mieux régner, fragmenter le travail, isoler, humilier et culpabiliser le travailleur.
D'une manière plus large, le film démontre comment le cynisme de notre société rend coupable le travailleur en leur faisant croire qu'ils sont responsables du manque d'efficacité et de rentabilité de l'entreprise pour laquelle ils travaillent et cela sans états d'âme.

Le patron de la société de consultance interprété par Laurent Lucas est un bon exemple de ce cynisme. C'est un " guerrier " avec une arme de guerre redoutable : la séduction verbale. Il joue sur les failles et la psychologie des gens pour les déstabiliser et les convaincre en même temps du bien fondé du nouveau plan social.
Le personnage d'Éva, la compagne de Philippe Segnier, est le contraire. Elle est sincère dans ses relations. Elle est sentimentale et fragile parce qu'elle cherche une relation vraie, sans compromis. Elle réfléchit, se remet en question, se sent concernée par la mission de son compagnon sans être une militante.

Pour conclure

Même si le thème n'est pas nouveau, le film est courageux et intéressant car il parle d'un comportement largement répandu dans la société : le cynisme, la peur et la lâcheté face au licenciement. On se souvient du film de Laurent Cantet Ressources humaines qui traitait le même sujet, les premiers pas en entreprise d'un jeune diplômé, mais par un chemin différent. Dans Ressources humaines, le rapport au père est central alors que dans celui-ci, le personnage principal n'a pas de lien avec sa famille et il n'est pas issu de la classe ouvrière.
Un premier film classique dans sa forme, qui met en lumière les mécanismes inhumains de nos sociétés. On attend le suivant avec intérêt.

Karen S.H.

Egalement disponible sur Cinergie.be :

 
CritiquesA mon père de Sylvia Rezsek01/01/2003
CritiquesDe sable et de ciment de Jorge Leon01/01/2003
CritiquesCinéastes à tout prix de Frédéric Sojcher01/01/2004
CritiquesViolence des échanges en milieu tempéré de Jean-Marc Moutout01/01/2004
CritiquesLos Nietos de Marie-Paule Jeunehomme02/01/2008
CritiquesLa Fabrique des sentiments de Jean-Marc Moutout02/01/2008
CritiquesNiños de Jose-Luis Penafuerte03/01/2002
CritiquesLa raison du plus fort de Patric Jean03/01/2003
Critiques25° en hiver de Stéphane Vuillet03/01/2004
CritiquesCalvaire de Fabrice du Welz03/01/2005
CritiquesLe cauchemar de Darwin d'Hubert Sauper03/01/2005
CritiquesRwanda, les collines parlent de Bernard Bellefroid03/01/2006
CritiquesViva Laldjérie de Nadir Moknèche04/01/2004
CritiquesUltranova de Bouli Lanners04/01/2005
CritiquesNuit noire d'Olivier Smolders04/01/2006
CritiquesDeux soeurs de Jasna Krajinovic04/01/2006
CritiquesNord - Sud.Com de François Ducat05/01/2008
CritiquesUne part du ciel de Bénèdicte Liénard09/01/2002
CritiquesThe Quarry10/01/1998
CritiquesMeisje de Dorothé Van Den Berghe10/01/2002
CritiquesHop ! de Dominique Standaert11/01/2002
CritiquesBatalla en el cielo de Carlos Reygadas11/01/2005
CritiquesMiss Montigny de Miel Van Hoogenbemt11/01/2005
CritiquesLa Parenthèse et le Retour en Bohême d'Eva Houdova12/01/2001
CritiquesNous / Autres de Giovanni Cioni12/01/2003
CritiquesDans nos veines de Guillaume Senez12/01/2009
CritiquesExtérieur rue d'Anne Closset et Carmen Blanco Principal et Le patrimoine, ça déchire ! de Jacques Borzykowski12/01/2009
CritiquesCoin Rouge Coin Bleu d’Alain Marcoen04/02/2008
CritiquesClasses vertes d'Alexis van Stratum06/04/2009
CritiquesLe Gardien de buffles de Minh Nguyen-Vô 05/05/2006
CritiquesDeux soeurs de Jasna Krajnovic05/05/2006
CritiquesEldorado de Bouli Lanners, face A06/05/2008
CritiquesLe Prince de ce monde de Manu Gomez06/05/2008
CritiquesEldorado de Bouli Lanners, face G06/05/2008
CritiquesDans nos veines de Guillaume Senez10/05/2009
CritiquesLe Sel de la mer d'Annemarie Jacir12/05/2008
CritiquesR.A.S. Nucléaire. Rien à signaler05/06/2009
CritiquesMon colonel de Laurent Herbiet05/07/2007
CritiquesMeisjes de Geoffrey Enthoven09/07/2009
CritiquesLa Quadrature du cercle, dessiné09/08/2006
CritiquesComme à Ostende de Delphine Lehericey10/11/2007
CritiquesOù est l'amour dans la palmeraie? de Jérôme Le Maire01/12/2007
CritiquesLa Marea de Diego Martinez Vignatti09/12/2007
CritiquesOdette Toulemonde d'Eric-Emmanuel Schmitt01/01/1970
CritiquesCabale à Kaboul01/01/1970
 
Sorties en DVDMarion Hänsel en DVD: Exigence exigée03/01/2003
 
EntrevuesMicha Wald : Alice et moi03/01/2006
EntrevuesR.A.S. Rencontre avec le réalisateur07/06/2009