2006-01-01
Cette sortie en DVD est parue dans le Webzine n°101
Saint-Germain, ou la négociation
Le Roi se meurt
"La vérité n'est pas le contraire du mensonge, trahir n'est pas le contraire de servir, haïr n'est pas le contraire d'aimer, confiance n'est pas le contraire de méfiance, ni droiture de fausseté." Saint-Germain ou la négociation, Francis Walder
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Prix Goncourt en 1958, Saint-Germain ou la négociation de Francis Walder raconte comment en 1570, Monsieur de Malassise, chargé par Catherine de Médicis de trouver, avec les chrétiens réformés, le moyen de rétablir l'ordre et la paix dans le Royaume, négocia avec les protestants. Adapté pour le petit écran par le scénariste Alain Moreau (dont le bonus de cette édition DVD offre une vingtaine de minutes d'entretiens très intéressants, notamment à propos de toutes les libertés prises par rapport au roman : la vie familiale de Malassise, contrepoint de sa vie publique en particulier), Saint-Germain est très légèrement différent de ce que Gérard Corbiau a pu réaliser jusqu'à présent. Comme il l'explique lui aussi dans l'autre entretien du bonus (un peu plus laconique), c'est la première fois qu'il travaille sur un film dont il n'a pas écrit le scénario. La commande est passée pour une télévision, la production du film est économique. L'époque est plus austère que le 17ème siècle de son Farinelli, plus sauvage que le 19ème du Maître de Musique. Enfin, l'enjeu narratif du film ne porte plus sur la musique mais sur la parole. Tout, ici un peu en deçà de ce qui a caractérisé son cinéma jusqu'à présent, permet d'en prendre la mesure. |
L'image haute définition donne une lumière crue au paysage, un réalisme presque gênant auquel il faut peu à peu s'accoutumer, avant que le film n'évolue peu à peu vers une forme d'onirisme dépouillé, particulièrement lors des très belles scènes finales.
Les reconstitutions fidèles, presque scrupuleuses des costumes et des lieux, restent minimales, et cette économie de moyens renforce la concentration du film autour des enjeux de parole. Les allées et venues entre le Château de Saint-Germain et la demeure de Monsieur de Malassise, les entrevues longuement réitérées, les couloirs dérobés entre une vie privée qui n'a rien d'intime et une vie publique qui n'a lieu qu'en d'obscures coulisses, Saint-Germain, ou la négociation se construit dans une boucle temporelle, une temporalité suspendue au bord du gouffre (et qui finira par y tomber quand l'histoire nous dira ce qu'il adviendra de cette négociation quelques années plus tard lors de la Saint-Barthélemy). Si le chant et la musique sont des instruments de fascination, de captation, des enjeux de pouvoir sur les cœurs et les esprits, ils le sont au même titre que la rhétorique, l'art de capturer les esprits par la parole. Enjeu de l'art lui-même, le lieu de ce cinéma est celui de la fascination. Et Corbiau filme aussi une lumière, venue de siècles lointains, qui étale sur notre présent de vagues nostalgies. Cette nostalgie, Saint-Germain ou la négociation l'intègre dans sa structure narrative, la désillusion de Monsieur de Malassise, un rhétoricien manipulé, mais surtout un homme passé à côté de la matière même du réel, la chair. Ce que la merveilleuse voix off de Jean Rochefort, en Monsieur de Malasisse faussement doux et ingénu, qui commente les détours et les secrets des discours fera vibrer quand elle finira par se briser.
Anne Feuillère
Saint-Germain ou la négociation de Gérard Corbiau. DVD, zone 2. Film 90’ + bonus : chapitrage, interviews, repères historiques. Version française sans sous-titres. Edition Koba Film, 2005, distribution Boomerang Pictures.



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