Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/03/2002
 

1992-1996: La continuïté d'une politique

"C'est arrivé près de chez vous", "Marie, "Farinelli", "Un divan à New York", "Le huitième jour", "La promesse", "Ma vie en rose", "La patinoire", "La vie sexuelle des Belges"...: Ces films co-financés ou initiés sous la Commission que j'ai présidée, constituent un palmarès... dont il serait outrecuidant qu'elle s'approprie les palmes! D'autant plus que, bien entendu, je retiens uniquement les oeuvres les plus réussies dans leur catégorie respective (mais il y a des "échecs" très porteurs comme "La partie d'échecs" ou "Le Nain Rouge"). Et que j'exclus les coproductions minoritaires-retours d'ascenseurs qui témoignent quand même d'une sélectivité certaine de la part de nos producteurs ("Je m'appelle Victor", "L'instinct de l'ange", "Métisse"...).

Le mérite de cette production de qualité revient évidemment en tout premier lieu aux créateurs eux-mêmes et aux entrepreneurs qui les ont accompagnés. Néanmoins il est souvent arrivé que la Commission les pousse dans leurs derniers retranchement en les contraignant à peaufiner leur scénario, à consolider leur dossier de production, à tenter de s'assurer préalablement une diffusion: ainsi, par exemple, la vie n'a pas été rose dès le début pour les scénaristes de "Ma vie en rose" et je n'en éprouve aucun remords en regard de la plus grande rigueur atteinte après plusieurs réécritures.

Par contre, je regrette que nous ayions été trop indulgents pour le scénario plutôt convenu du "Huitième jour" au lieu d'oser inciter Jaco Van Dormael, intronisé héros intouchable, à aller plus loin encore, au bout de son talent, comme Pierre Drouot l'y avait encouragé pour "Toto...".

Autant l'assumer: notre Commission avait choisi d'être quelque peu "volontariste", le narcissisme compréhensible sinon légitime des auteurs dût-il en souffrir: Les soutiens auxquels les artistes ont pleinement droit proviennent quand même de finances publiques dont ils sont comptables vis à vis des citoyens.
Si ces quelques années ont amorcé un âge d'or du cinéma de la Communauté française, ce n'est pas le fait du hasard! La Commission s'est inscrite dans une continuïté. Celle d'une politique de l'audiovisuel, élaborée à partir de 1977 par la Cabinet de Jean-Maurice Dehousse, dernier Ministre fédéral ayant eu en charge la Culture française, où j'ai eu la chance d'être le complice d'Henry Ingberg et de Christiane Dano!

Continuïté assurée par une Administration exceptionnellement au "service du public" (n'est-ce pas Micheline Créteur, Serge Meurant, Rudi Barnet, Myriam Lenoble et même le "tyrannique" Roland Perault...?) Et cela, malgré des ministres de tutelle souvent évanescents... Heureusement, l'interlocuteur de la Commission, le garant de son indépendance, quels qu'aient été les vents dominants, a toujours été Henry Ingberg, grand commis de l'Etat, comme le fut un de ses maîtres à penser, Marcel Hicter, loyal envers le pouvoir politique, pragmatique, mais toujours aussi attentif aux besoins des professionnels, aux réalités du secteur et aux charmes pervers de la culture.

La Commission, comme notre cinéma, a bénéficié du travail de formation à longue haleine et en profondeur de nos écoles de cinéma, INSAS et IAD, enrichi par la réflexion et l'enseignement des pères fondateurs -les Ravar, les Batz, les Delvaux, les Brismée... Et, sans doute, leur moisson de talents et d'expertise n'aurait-elle pas été aussi riche sans la proximité d'une grande Cinémathèque mondiale, réservoir d'images et d'imaginaire, création du précurseur fou qu'était Jacques Ledoux.

Travail complété par celui des Ateliers de création et de production générés par Micheline Créteur et qui a permis d'aiguiser la pratique de nombreux jeunes metteurs en scène.
Oeuvrant dans un petit pays, au marché, aux ressources et aux ambitions de politique culturelle limités, nos producteurs et nos réalisateurs étaient en quelque sorte, depuis longtemps, condamnés à explorer l'Europe et à y trouver des partenaires et des spectateurs. La Commission de sélection les a incités à saisir les ouvertures que leur offrait le Programme MEDIA, conçu par une compatriote, Holde Lhoest qui fut la collaboratrice de Robert Wangermée à la RTBF comme à l'ULB.

Si notre Commission a eu un mérite, c'est, je crois, d'avoir été le carrefour de tous ces possibles, de s'être s'inscrite dans cette mouvance, de l'avoir prolongée et d' avoir "exigé" -parfois peut-être, de manière trop autoritaire- des professionnels de la Communauté française qu'ils en investissent toutes les virtualités.

Henri Roanne-Rosenbatt

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