Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/03/2004
Mots-clés : critique de cinéma,
 

25° en hiver de Stéphane Vuillet

Nous sommes le 12 janvier à Bruxelles, la journée s'annonce très chaude. Et pour Miguel, un Espagnol de 39 ans, cette journée s'annonce également très mouvementée. Il doit livrer d'urgence un billet d'avion à un client de l'agence de voyages de son frère mais il a vraiment autre chose à penser. Sa fille de sept ans, Laura, vient de recevoir un cadeau de sa femme partie chercher gloire et fortune aux Etats-Unis, mais pas un mot pour lui. Et puis, il y a Sonia, une Ukrainienne clandestine à la recherche de son mari lui aussi parti chercher gloire et fortune, mais en Belgique. Sonia ressemble étrangement à sa femme, son histoire aussi d'ailleurs. Et enfin, il y a Abuelita, une mère aimante mais un peu trop envahissante...
Pour son premier long métrage, Stéphane Vuillet (à qui l'on doit déjà les courts métrages Terre Natale et Le Sourire des femmes) propose une plongée originale et mouvementée dans le monde des immigrés bruxellois. Révolutionnant le genre du road-movie, il offre une folle course-poursuite en temps réel dans la capitale belge. Au-delà d'une histoire de famille, c'est surtout une belle exploration de l'univers des immigrés, clandestins ou officialisés. Qu'ils soient de la première génération, deuxième, voire troisième, ils ont apporté leurs souvenirs, leurs traditions, leur culture, leur richesse d'esprit et la sincérité de leurs sentiments. Il en ressort un Bruxelles coloré et plein de vie, un Bruxelles comme on ne le voyait plus, un regard d'immigré porté sur une cité aux visages multiples. Lui-même originaire de Grenoble, Stéphane Vuillet a très vite été séduit par cette ville qu'il filme avec avidité, insufflant vivacité et fraîcheur de ton.
Son récit joue sur le parallélisme des situations entre ses personnages, alliant la comédie drôle et tendre et l'amertume de la dure réalité. Car c'est avec humour et légèreté qu'il traite des situations tragiques et quotidiennes. Son oeuvre est remplie de poésie, tissant avec sincérité les relations humaines entre ses héros adultes, et l'innocence d'un enfant qui vous jette la réalité en pleine figure. Parce qu'ils les aiment et les comprend, Stéphane Vuillet filme de manière serrée ses personnages, en gros plan, au plus près des corps et des visages, d'une caméra qui bouge avec eux, qui vit à leur rythme effréné. Le montage est soutenu par une musique vive et très présente (signée de son frère Tristan Vuillet), qui enveloppe les images chaudes et colorées, ajoutant à l'oppression d'une chaleur exceptionnelle, celle de la vie qui tourbillonne, des sentiments qui s'entrecroisent et se percutent.
Soulignons également l'excellent casting associant un Jacques Gamblin troublé et touchant à une Carmen Maura tendre et fougueuse, sans oublier la jeune Raphaëlle Molinier qui, du haut de ses sept ans, éblouit par son naturel. Présenté en clôture et en compétition officielle lors du Festival de Berlin 2004, 25° en hiver y a remporté le prix du Berliner Morgenpost. Produit par Marion Hänsel, ce premier film dégage la personnalité affirmée d'un jeune cinéaste bien prometteur.

Découvrez "25 degrés en hiver" en VOD sur UniversCiné.be

commentaires propulsé par Disqus