Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Mars 2003
01/03/2003
Mots-clés : rencontre,
 

25ème Festival du Court Métrage de Clermont-Ferrand

 Un anniversaire réussi et une présence belge importante.

 Clermont-Ferrand est le plus grand festival au monde consacré aux courts métrages. Au total, ce n'est pas moins de 4.361 sièges mis à disposition du public toutes les deux heures à raison de 5 à 6 séances par jour. Avec plus de 130.000 entrées, c'est dire que le Festival est un succès public avant d'être également un succès pour la profession.
Depuis 25 années, le Festival a souligné la qualité de notre production. En 1985, Jaco Van Dormael a ouvert le bal en ramenant le Grand Prix grâce à E pericoloso sporgesi. Olivier Smolders y a vu tous ses films programmés et certains primés. Benoît Mariage, Vivian Gofette, Ursula Meier ou encore Inès Rabadan y ont vécu des moments forts.
Cette année, le Festival a ouvert les bras à 12 films belges dont 5 en compétition. (Mamaman de Iao Lethem et Trop Jeune de Géraldine Doignon dans la section internationale ; Das Fantastische Nacht du collectif United Blaireaux, Same Player shoot again de Jean Berthier et La Femme Papillon de Virginie Bourdin dans la section française ; Pigly de Sandrine Auvertin et Philippe Tailliez dans la compétition numérique).
De ces films, Das Fantastische Nacht et Pigly nous reviennent avec respectivement le Prix Canal + et le Prix du Public.
Das Fantastische Nacht est un film tourné en trois jours et sans prétention qui fait un véritable pied-de-nez aux productions « prise de tête ». Les 15.000 euros de Canal+ vont obliger les United Blaireaux a tourner un autre court. Qui sait un peplum peut-être ? Nous y reviendrons.

Pigly
Quant à Pigly, il fut le film le plus vu au Festival grâce à sa présence aux séances scolaires, et enfants et à celles de la compétition numérique.
Philippe Tailliez : En effet, le film a été très regardé. Sandrine Auvertin recevait chaque jour un grand nombre d'e-mails de fans!... Quand nous avons reçu le prix du Public, ça a été un moment vraiment plein d'émotion assez indescriptible. On essaie toujours de préparer un petit truc, au cas où, et là, comme Sandrine n'avait pas pu venir, je l'ai appelée au téléphone portable, et nous avons donc partagé ensemble le prix en direct sur scène. C'était vraiment super. J'ai pu à de maintes occasions rencontrer le public ; en fait j'ai commencé à me glisser discrètement dans les salles, afin d'enregistrer sa réaction en fonction des tranches d'âge (adultes, ados, enfants)... Et le film fonctionnait vraiment très bien. J'ai aussi effectué via le festival des déplacements dans des lycées, pour parler du film à des étudiants, qui avaient une foule de questions à poser. Et puis vers la fin du festival, les gens me reconnaissaient (j'étais passé à la tv locale), et m'interpelaient directement pour me dire qu'ils avaient aimé le film. Les séances pour enfants m'ont vraiment surpris : à la fin du film, et tout au long du générique, les enfants (et leurs parents) applaudissaient en rythme sur la musique !  Je ne m'attendais vraiment pas à cela.
Avoir obtenu le prix du public, c'est vraiment la cerise sur le gâteau!... Et savoir que les personnes qui ont voté pour nous sont des abonnés à Clermont (donc des cinéphiles, car les publics des séances scolaires & enfants ne participent pas au vote!), cela nous rend encore plus content".

La Femme Papillon
 Au-delà des prix, Clermont-Ferrand est aussi un formidable vivier de ressources pour ceux qui ont accompagné leur film.
Arnaud Demuynck, producteur de La Femme Papillon, nous confiait son enthousiasme : C'est la première fois que j'ai un film sélectionné à Clermont-Ferrand et c'est bien que ce soit une animation puisque je ne me consacre plus qu'à cela. Cette édition-ci a absolument tout changé pour moi. Avant je courrais derrière les gens au Marché du Film. Il y a tellement de films et de sollicitations auprès des acheteurs et diffuseurs que la première chose qui les intéresse est de savoir si le film que tu représentes est en sélection ou non.
J'avais des souvenirs plutôt désagréables du Festival et puis subitement cette année c'est devenu important et concret à la fois. On est porté par une sorte de vague autant pour nos prochains films que pour celui-ci. Toute la semaine, je passais mon temps à rencontrer les télés, les diffuseurs. Par exemple, j'ai croisé le gars du RADI (ndrl : un réseau de diffusion en salles en France) 4 à 5 fois et puis au détour de je ne sais plus quel bistrot vers 3 heures du matin, il me dit qu'il a enfin vu le film et qu'il prévoit d'en tirer 15 copies. Arte devrait l'acheter, le Portugal également, etc... Tous ces contacts trouvent leur concrétisation après le festival parce que pendant les gens n'ont pas le temps. En ce qui me concerne, ils sont vraiment de bonne augure pour la suite.

Trop Jeune
Au détour d'une séance ; Géraldine Doignon avoue la course contre la montre qu'elle a menée pour inscrire Trop Jeune au Festival.
Géraldine : Je connaissais depuis longtemps le festival de Clermont-Ferrand et je savais que c'était un des plus mondialement réputés pour les court-métrages. On voulait présenter le film en premier là-bas... La sélection a été assez "sport" puisqu'on a envoyé une cassette de travail avec seulement le montage image et des maquettes de musiques. Sans montage son, sans mixage, sans génériques. Et puis, début décembre, on a appris la sélection et on a tous sauté de joie! Jamais, je n'ai vu autant de monde pour un festival de courts métrages. Le public est motivé, jeune et attentif. C'est un vrai plaisir de voir ça! Le revers de la médaille est qu'avec tout ce monde, le festival devient un peu inhumain, un peu impersonnel. Je n'ai pas rencontré beaucoup d'autres réalisateurs, je ne les voyais pas ou ne les reconnaissais pas! Pour mon film, j'étais très nerveuse, d'autant plus que c'était la première fois qu'un vrai public le voyait. J'appréhendais ses réactions! Mais il a très bien réagi. Les gens riaient, écoutaient, se laissaient prendre par l'histoire, ça faisait du bien. Le plus gros choc est évidemment dans la grande salle où plus de 1400 personnes sont assises. Là, j'ai tremblé et profité un maximum du moment...

Mamaman
 Du côté de Mamaman, les choses bougent également. Bien que présente dans Tous à table d'Ursula Meier et Kampvuur de Bavo Defurne, deux films en sélection nés à Clermont-Ferrand en 2001, Circé Lethem, comédienne, m'a mit les pieds au Festival que les 5 et 6 février dernier. Cela lui a laissé un goût de trop peu. Mais en même temps, elle a vécu intensément cette première fois.
Circé :
Je ne savais pas à quoi m'attendre. Je suis allé voir Mamaman dans la grande salle. C'était époustouflant, c'était génial... absolument. On y entend tout en dix fois plus grand, les réactions, tout...J'ai eu un écho d'une classe de jeunes filles de 15 ans qui suivent des cours d'audiovisuel dans une école de Clermont-Ferrand.
Elles étaient pleine d'admiration pour mon personnage et pour le film. Elles devaient choisir un film et écrire sur celui-ci et elles avaient choisi Mamaman. Elles m'ont laissé un mot disant qu'elles souhaitaient me rencontrer mais cela n'a pu se faire. J'étais triste de ne pas les voir. Je leur ai laissé mon adresse e-mail et finalement nous avons communiqué comme cela mais j'avais l'impression d'avoir vécu un truc raté parce que je ne restais pas davantage.

Koro
Terminé fin octobre, Koro de Güldem Durmaz, trouva également une place de choix sur grand écran.
Güldem
 : Je ne connaissais pas le Festival et justement, la projection organisée par la Communauté française de Belgique, m'a fait dire que c'était l'occasion d'y aller. J'ai accompagné la distributrice du film, Nathalie Meyer (ndlr : qui représentait d'ailleurs les ¾ des films belges à Clermont-Ferrand) avec qui je me suis arrangé pour l'hébergement. Cela m'a permis de voir pas mal de films. Je n'ai cependant pas enchaîné 3 séances d'affilée parce que c'était trop. Une séance représente déjà 6 à 7 univers très différents. J'ai eu le plaisir de retrouver au palmarès des films que j'ai beaucoup aimé.
Le public de Clermont-Ferrand est excellent, j'étais agréablement surprise. La plupart n'a rien à voir avec le métier et ils ont un respect pour les films. Pour l'animation, c'était marrant, il y avait des gamins qui réagissaient à ce qu'ils voyaient.
Côté professionnel, après la projection de mon film, un réalisateur québécois est venu me confier son scénario. Le matin dans la navette, j'ai rencontré quelqu'un qui m'a demandé ce que je faisais et finalement il est passé à la projection. J'ai revu aussi un Grec que j'avais rencontré lors de la présentation de mon premier film à Saint-Petersbourg (Söfor/Chauffeur). Cela tisse des liens.

Auguste et Marie
Au milieu de l'ambiance du Marché du Film, nous aperçevons Gabriel Vanderpas réalisateur du documentaire Auguste et Marie. Encore étudiant à l'INRACI et plein de curiosité, il ne lui restait plus qu'à trouver un logement chez un ami et le déplacement s'est imposé à lui comme une évidence. Malgré que son film ne bénéficiait d'aucune visibilité sur grand écran, il a ce mérite relativement rare d'avoir pris la peine d'assouvir son plaisir de voir les films des autres, par dizaines.
Gabriel : Je connaissais le Festival de nom et j'avais deux objectifs en me rendant à Clermont. D'une part je désirais voir un maximum de films et d'autre part j'avais envie de voir comment les Belges se comportent à l'étranger (rires). J'espère avoir la chance d'être un jour sélectionné à ce festival. Ce serait une sorte d'apothéose. Quant à Auguste et Marie, nous avions Nathalie Meyer qui s'en occupait au Marché du Film et apparemment elle a eu quelques bons contacts. En ce qui concerne le palmarès, il me laisse sur ma faim, certains films que j'ai beaucoup aimés n'ont même pas été cités et d'autres y ont trouvé une place que personnellement je n'estime pas méritée.

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