Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

2nd CHINESE FILM FESTIVAL, Flagey, octobre 2016

Quelques jours seulement après la clôture d’une édition exceptionnelle du Festival du Film Coréen, la salle Studio 5 du cinéma Flagey accueillait du 12 au 19 octobre le Chinese Film Festival, avec une programmation originale de films chinois englobant des thématiques diverses telles que les arts traditionnels, les arts martiaux, la calligraphie, la nature ou encore les mythes et légendes locales.

Les huit films présentés reflétaient les derniers développements d’une cinématographie en perpétuelle crise depuis la rétrocession de Hong Kong en 1997, mais néanmoins toujours très riche et variée, allant du film d’animation (Monkey King : Hero is Back) au polar (Saving Mr. Wu), en passant par le film historique (The Calligraphy Master), le drame social (Somewhere Connected), le film d’action (The Master) et le road movie (River Road). La programmation du Festival a fait la part belle à la diversité du cinéma chinois et au talent de ses réalisateurs. Nous regretterons néanmoins ce besoin de démontrer à tout prix cette diversité au détriment d’une programmation réellement excitante ou cohérente. Nous regretterons également les conditions techniques déplorables ayant gâché la fête, puisque la plupart des films furent proposés dans des copies dvd affreusement pixellisées (ce qui a provoqué la sortie et la colère de nombreux spectateurs), agrémentées de sous-titres anglais souvent flous, voire carrément illisibles !

Malgré ces sérieux écueils, nous retiendrons deux belles réussites :

Song of the Phoenix (2013, de Wu Tian-Ming) est le film-testament d’un réalisateur pratiquement inconnu chez nous, décédé à 74 ans en 2014, dont le style fait la part belle à un classicisme forcené, où l’émotion s’exprime davantage dans les gestes et les regards que dans l’outrance souvent de mise dans les films chinois. Traduit littéralement, le titre original « Bai niao chao feng » signifie « Tous les oiseaux montrent leur respect au phénix » et fait l’éloge d’une société harmonieuse régie par un souverain sage et bienveillant. Adapté d’une nouvelle de l’écrivain Xiao Jianghong, Song of the Phoenix raconte une traditionnelle histoire d’apprentissage entre un vieux maître et son élève, de 1982 à 1990, dans la jolie province de Shaanxi (au nord-est du pays). À deux, ils jouent le « suona », un instrument à vent autrefois utilisé à la campagne pour les mariages et les enterrements. La maîtrise de cet instrument ancestral, sorte de petit hautbois moins perfectionné, requiert des heures et des heures d’entraînement. L’art du « suona » s’est perdu petit à petit : il n’est pratiquement plus utilisé dans le pays, rendant obsolète l’existence entière du vieux maître. Par le biais d’un simple instrument de musique, le réalisateur décrit les conséquences néfastes de la modernisation progressive de la Chine, de l’abandon de la culture au profit d’une vulgarité et d’un manque de discipline qui plonge la jeunesse dans le chaos. Si le film de Wu Tian-Ming reste très classique dans son déroulement et n’hésite pas à utiliser des archétypes (les disputes entre le maître, sévère mais au grand cœur et l’élève, dissipé mais volontaire, la rivalité avec un deuxième élève techniquement plus doué…), il n’en délivre pas moins un joli message humaniste : ce n’est qu’avec un engagement émotionnel complet et une harmonie avec les sons de la nature que la technique peut se transformer en art ! Dans le rôle du vieux professeur ronchon qui a passé sa vie à se dévouer à son art mais qui comprend qu’il doit passer le relais (à contrecœur), le vétéran Tao Zeru s’avère épatant, tantôt effrayant, tantôt cocasse. Le jeune et expressif Zheng Wei, 13 ans, lui donne la réplique avec une belle énergie. La sublime photographie de Wang Tianlin souligne les décors naturels ensoleillés de la province enchanteresse et la musique composée par Zhang Dalong, est tout simplement inoubliable ! On sort de ce charmant Song of the Phoenix avec de la musique plein la tête !

Saving Mr. Wu (2015, de Ding Sheng) est un épatant polar signé par un jeune réalisateur habitué aux films récents de Jackie Chan (Police Story 2013, Little Big Soldier et Railroad Tigers) dont il fut le protégé et que l’on retrouvera en 2017 à la réalisation du Syndicat du Crime n°4 ! Pas de Jackie Chan dans Saving Mr. Wu, mais pas loin… C’est l’autre grande star du film d’action chinois, Andy Lau (Drunken Master 2, Infernal Affairs, House of Flying Daggers, Detective Dee) qui se retrouve en tête d’affiche dans le rôle de Mr. Wu… la plus grande star du cinéma chinois ! Un soir de Nouvel An, le célèbre Mr. Wu est kidnappé par cinq malfrats déguisés en officiers de police à la sortie de son studio ! C’est la culture du kidnapping (pratique criminelle encore très courante en Chine) et le cynisme de criminels sans morale (pas forcément méchants mais qui feraient tout pour un peu d’argent) qui sont dans le collimateur du réalisateur. Le film est inspiré d’une histoire vraie : le rapt en 2004 d’un populaire acteur de télévision, Wu Ruofu, qui joue ici le rôle d’un flic !... Bâillonné et battu par les hommes de main du cruel Monsieur Zhang (l’excellent Wang Qianyuan, dans le rôle d’un psychopathe instable, brillant et calculateur), Mr. Wu (toujours calme et digne) va devoir tout faire pour récolter sa propre rançon par téléphone, sous peine d’être exécuté d’ici 24 heures. À ses côtés se trouve une deuxième victime, un anonyme dont l’existence se voit menacée par la présence d’un compagnon d’infortune beaucoup plus « important » et lucratif que lui. Pendant ce temps, Zhang est appréhendé puis questionné par une brigade anti-kidnapping qui a bien du mal à déterminer quelles sont ses véritables motivations… Bénéficiant d’une inventive narration en flashbacks digne de The Usual Suspects, Saving Mr. Wu est un passionnant jeu du chat et de la souris entre la police et le psychopathe, dont le suspense fonctionne à merveille. Intense et émouvant, Andy Lau est une fois de plus exceptionnel dans le rôle d’une star de cinéma qui est avant tout un être humain, beaucoup plus fragile que les héros qu’il incarne à l’écran. Ses tête-à-tête avec son bourreau s’avèrent particulièrement éprouvants. Certes, le film ne révolutionne pas l’art du thriller et souffre par moments d’un montage bien trop frénétique, mais s’avère un passionnant exercice de style qui rend par ailleurs un bel hommage à la police chinoise… créditée au générique comme co-productrice !

Le Chinese Film Festival, une initiative de la Mission de la République Populaire de Chine auprès de l’Union Européenne et du Centre culturel de Chine à Bruxelles, fait partie intégrante du 2e China Arts Festival in the EU qui se déroulera d’octobre à décembre 2016 et qui vise à développer les initiatives culturelles à caractère chinois dans l’Union Européenne.

Plus d’informations sur le China Arts Festival in the EU : info@chinaartsfestival.eu

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