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Eurovillage de François Pirot - En salles le 13/04

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38e Festival du court métrage de Clermont-Ferrand

Début 2015, une grand part de la population française et même étrangère exprimait bruyamment ou silencieusement : « Je suis CHARLIE ». Des crayons se levaient au ciel pour dire non aux changements que les cons veulent dicter à nos sociétés démocratiques et à notre liberté d’expression. Le 6 janvier dernier, CANAL + diffusait, en avant-première pour ses abonnés, sa nouvelle collection de courts-métrages, habituel rendez-vous annuel de leur appel à projets thématique. Le 11 février, l’avant-première des projections salles était offerte aux festivaliers du Festival de Clermont-Ferrand.

Cette fois-ci, la thématique ne pouvait être autre chose que la liberté d’expression. Pascale Faure et Brigitte Pardo, responsables du court-métrage auprès de la chaîne cryptée, et Jean-Bernard Emery, attaché de presse du Festival, ont lancé une réflexion autour de celle-ci invitant des auteurs à la titiller face à notre quotidien et cela au travers de films d’animation. Une gageure ! Parvenir à réunir 10 films en un temps record pour le genre d’autant plus que de nombreuses techniques différentes y sont abordées. Cela constitue un ensemble éclectique, hétérogène mais ô combien pertinent et nécessaire : la Collection DESSINE TOUJOURS !

Parmi ces films, celui de Vincent Patar et Stéphane Aubier nous intéresse particulièrement. Leur sens bien connu du burlesque, de la dérision, du non-sens et du décalé pouvait interpeller chacun de nous et c’est effectivement une réussite. Le Bruit du Gris répond parfaitement à cela en respectant les personnalités de Cheval, Cowboy et Indien et le ton que nous leur connaissons. Le film, sous la forme narrative d’une boucle, et tourné en un seul plan fixe, raconte l’opposition de nos héros face à l’obscurantisme d’un personnage qui veut imposer son gris.

Nous les avons rencontrés.

Cinergie : Comment s’est passé le contact avec Canal +
Vincent Patar : On était alors en pleine préparation de La Rentrée des classes. Canal + avait lancé un appel à projets largement diffusé et on y a réfléchi avec Vincent Tavier (ndlr : le producteur) en se disant que cela allait être super chaud ! On devait en effet terminer notre tournage pour le début du mois de novembre, et on allait être en prépa depuis début avril. S’il fallait faire quelque chose pour Canal +, ça allait être l’enfer ! D’autant plus qu’il fallait leur rendre pour décembre.
Stéphane Aubier : En fait, Pascale Faure, qui vient chaque année au Festival du Court métrage de Bruxelles en avril, est venue nous reparler encore du projet en passant à l’atelier. Evidemment, nous, ça nous emballe toujours quand on nous demande de faire un petit film d’animation de 2’. Mais on flippait un peu niveau planning. On a réfléchi alors à un concept qui ne nous demanderait pas trop de temps de préparation et de tournage, et c’est ainsi qu’on a conçu Le Bruit du Gris.

C. : Dans quel état d’esprit étiez-vous à ce moment-là?
S.A. : On ne pouvait pas imaginer une autre technique que celle de Panique au village. Le reste aurait été trop compliqué, et nous avions toute une équipe qui travaillait sur La Rentrée des classes. Nous avions donc tout sur place et il suffisait de modifier les objets et faire ainsi quelque chose assez rapidement. Et chez Canal+, ils aiment bien les Panique.
V.P. : En plus, c’était plus simple de mettre un seul décor. Comme on partait sur l’idée de faire une boucle, on faisait en quelque sorte une performance. Avec Stéphane, on s’est relayé jour et nuit par périodes de 12 heures. Ca n’a pas arrêté de tourner du mardi midi au samedi soir 21h ! Quand on arrivait à la fin, on flippait… On craignait le moindre incident…Qu’une lampe pète…
S.A. : On arrivait au bout du tournage de La Rentrée des classes. Toute l’équipe allait partir. On se retrouvait seulement à deux dans le chantier qui se terminait. On s’est dit qu’il était hors de question de changer la caméra ou quoique ce soit et il fallait donc rester en plan fixe. Il fallait pouvoir raconter quelque chose dans ces conditions-là. On a demandé à des gens de l’équipe de nous faire 2 ou 3 objets avant de partir, de créer 2 à 3 personnages, de recréer un décor proche de celui de Panique sauf qu’il n’était pas en gris et on a demandé à notre chef’op Jan Vandenbussche de nous préparer un éclairage le plus fiable possible. Il a installé une LED, quelque chose qui tient vraiment bien des années, et deux dedolights dont on avait absolument besoin. À un moment, les personnages dessinent sur le décor et pour avoir de bons repères on devait glisser une reproduction façon dia dans un dedolight qu’il fallait donc éteindre puis rallumer chaque fois. Tu allumes, tu peins sur le décor, tu éteins, tu prends ton image et ainsi de suite. Tu pouvais passer une vingtaine de minutes sur une image parce que tu as plein de personnages à faire bouger, tu dois les mettre en place, si tu en as un qui monte à l’échelle, il faut qu’il tienne… Là, on prenait un gros risque. Et puis l’appareil photo… Normalement tu ne le laisses pas allumer en permanence. Ici, il a été mis à l’épreuve non stop.
V.P. : Et puis, vu qu’on se relayait, on pensait vaguement qu’on arriverait chacun à un certain stade. Mais quand on revenait à l’atelier, on se rendait compte que cela avait pris plus de temps que prévu.
S.A. : Je dormais le jour… Vincent faisait douze images sur la journée ! (rires) Au début, c’est pratique quand le personnage est au sol, il est sur un socle. Mais quand il va au-delà de sa taille, il faut organiser son équilibre. Sans compter les autres personnages qui interagissent.
V.P. : C’est sur le terrain qu’on se rendait compte de la difficulté. Et la mise en scène découlait des questions qu’on se posait.
S.A. : Les portes…! C’est l’enfer sur les Panique! Tu peux passer pas mal de temps à corriger la position d’une porte si elle a été touchée lors d’un mouvement. Un millimètre, ça se voit à l’image et ça prend trop de temps à corriger en post production.
V.P. : C’est pour cela qu’on essaie de tout faire devant la caméra.

C. : Mais… Ça a l’air dingue. Avez-vous dû parfois improviser ?
V.P. : Oui, il y a eu de l’impro. On a une technique qui permet de le faire.
S.A. : On avait un scénario établi et des personnages qui étaient prêts. On a même prévu un décor de remplacement en cas d’accident.

C. : À vous entendre, c’était un fameux défi !
V.P. : Pour nous, c’était un sujet délicat. On essaie toujours d’éviter le discours un peu lourdingue. Il s’agissait surtout d’aborder le sujet de manière visuelle et un peu légère en restant dans le sérieux du sujet. Ce n’est pas forcément un exercice facile.

C. : C’est plutôt réussi. C’est super clair et ça peut parler même aux plus jeunes. Etes-vous restés totalement libres dans vos choix vis-à-vis de Canal + ?
V.P.  et S.A. : Oui tout à fait !
S.A. : On leur a envoyé un storyboard, mais surtout on s’est fait confiance sur l’évolution entre les images du story et la finalité.

C. : Et puis vient la post production…
V.P. : Du coup, on a profité du bruiteur qui venait pour La Rentrée des Classes et il a fait le bruitage du Bruit du Gris dans la foulée, même chose pour tout le reste, la musique…
S.A. :La musique… Ça, c’était plutôt héroïque !!
V.P. : Là, on a bien rigolé !!
S.A. :La musique était le moyen d’expression dans le film. On ne s’imagine pas que c’est super difficile pour un musicien de créer une musique sur des images déjà animées. Le montage est déjà fait. Et donc pas question de procéder de manière plus classique.
V.P. : Fred Meert devait jouer de la clarinette, mais il n’en avait pas, alors il a pris son saxo et a joué un ton plus haut, du coup ça donne un côté hystérique qui convient bien. Bernard Plouvier, lui, est arrivé en catastrophe avec son clavier et sa guitare. Il fallait jouer sur l’image et c’était super gai. On ne peut pas se permettre le moindre décalage. On a eu de la chance que les deux comprennent tout de suite ce qu’on voulait.
S.A. : Et puis Sabrina Calmels nous a beaucoup aidés pour le montage son. Il fallait que ce ne soit pas trop chargé ni un gros fouillis. Il fallait un juste milieu.

C. : Du coup, vous avez deux films qui peuvent prétendre à une diffusion en festivals en même temps. Peut-être en concurrence ?
V.P. : Non, La Rentrée des classes est un spécial TV. Annecy les a sélectionnés tous les deux dans des sections différentes. Le Bruit du Gris est en sélection officielle court-métrage.

C. : Vous avez vu les autres films de la Collection ?
V.P. et S.A. : Oui…

C. : Un coup de cœur ?
V.P. et S.A. : Journal Animé de Donato Sansone.

C. : Bon ce sera le mot de la fin.
V.P. : Heu… J’aimerais quand même ajouter que La Rentrée des Classes vient d’obtenir le Prix du meilleur court-métrage au Festival International de Films pour enfants de New York.


Le programme est diffusé par Autour de Minuit. Contact : info@autourdeminuit.com

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