Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Décembre 2012
 

6, rue du Calvaire de Jean Daskalidès - Belfilm

Morts en série
Regarder un DVD issu de la collection éditée par l’association Belfilm, revient un peu à chiner des objets sur une brocante. On peut tout à la fois tomber sur une magnifique pièce vintage, sur un bibelot sympathique, voire sur une babiole sans grand intérêt. Une surprise toujours renouvelée dont, au fil des éditions, on ne boude jamais son plaisir. Ce mois-ci, Belfilm édite 6 rue du Calvaire d’un certain Jean Daskalidès, une tragédie bourgeoise aux allures de polar sadique.

Face à des films peu (ou pas du tout) connus, il est toujours amusant de se balader un peu sur la toile pour glaner quelques renseignements. Les premières informations qui apparaissent sur  Jean Daskalidès concernent les chocolats Léonidas : « La famille Daskalidès s’installe en Gand en 1923 et inaugure les fameuses pralines. » Outre les douceurs sucrées, le fils de la famille, Jean, sera tour à tour, gynécologue, musicien de jazz, directeur d’hôpital, maître de conférence et… cinéaste ! Auteur de nombreux documentaires dans les années 70 et 80, il s’improvise aussi producteur, notamment du film Jambon d’ardenne de Benoît Lamy. Quant aux recherches concernant le titre du film, « 6 rue du Calvaire », Internet nous envoie du côté de Paris, Nantes, Suresnes, Cléry-en-Vexin… des lieux géographiques et bien peu cinématographiques. Un film peu connu donc, que Belfilm n’a pas hésité à ressusciter.

Tiré d’un polar de Roger d’Exsteyl intitulé De Dames Verbrugge et édité en 1953, le film de Jean Daskalidès met en scène Marie-José Nat, figure bien connue des seconds rôles, mais qui incarne ici le personnage le plus emblématique de cette sordide histoire. À n’en pas douter, Jean Daskalidès s’est laissé envoûter par la beauté glaciale et terriblement enfantine de la comédienne française.

À Gand, le bureau d’études Verbrugge est confronté à un problème de construction et fait appel à l’ingénieur français Hugo Saint-Laurent. Hugo est l’hôte du très fortuné Octave Verbrugge et de ses deux énigmatiques sœurs, la très belle Françoise et la très psycho-rigide Aurélie. Dans cette maison patricienne ampoulée du siècle dernier et située donc au 6, rue du Calvaire à Gand, va se jouer une série de drames. L’assassinat sauvage d’Octave sera le premier d’une longue série de meurtres plus ou moins sanglants.

Alors que le film s’ouvrait sur un drame bourgeois avec pour toile de fond des amours compliquées, le film, tout à coup et sans transition vire au polar semi fantastique. On comprend mieux dès lors cette petite touche musicale grinçante qui accompagnait de nombreuses scènes pour en souligner l’effroi. Mais d’effroi, il n’y a point, et les notes stridentes sont ainsi plaquées par défaut de tension et de mise en scène véritable. Le scénario alambiqué (deux histoires d’amour, cinq meurtres, une disparition, un secret) se conclut dans un improbable dénouement.

Très (trop ?) visiblement influencé par Hitchcock, Jean Daskalidès utilise les même ressorts, sans le génie. Là où le maître du suspense trouvait des solutions visuelles et sonores à ses problèmes de mise en scène, Jean Dakalidès tisse laborieusement un plagiat mou et sans conviction. Son Mac Guffin (le tapis du grand escalier, les gants) est d’une évidence affligeante et seules les deux femmes (Marie-José Nat et Lut Tomsin) parviennent à tirer leur épingle du jeu. Aux prises avec la névrose et le trouble de la personnalité, les sœurs Verbrugge incarnent deux facettes d’un miroir qui finiront par se répondre. Comme chez Hitchcock, les vêtements et les coiffures austères exacerbent la charge érotique qui émane d’elles. Comme chez lui encore, la femme conjugue la froideur apparente à une réelle puissance émotionnelle et précipite les personnages masculins dans les pièges qu'il tente d'éviter. Hélas, tout les ressorts d’un film hitchcockien ne font pas un Hitchcock. N’est pas Alfred qui veut…

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