Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Mots-clés : cinéma flamand, Turquie, famille,
 

82 jours en avril Bart van den Bempt

Elégie Turque

Treize ans après son dernier court métrage, Bart van den Bempt, qui a travaillé entretemps pour le théâtre, la publicité et la télévision, réalise enfin son premier long. Il signe, avec 82 jours en avril, un film inégal, œuvre contemplative et mutique, dans lequel un couple de quinquagénaire affronte le deuil à travers un voyage imprévu, véritable pèlerinage cathartique en forme d'adieu.

image du filmHerman et Marie (Marc Peeters et Karen Vanparis – impeccables) débarquent à Istanbul récupérer les affaires de leur fils Maarten, disparu dans un accident alors qu'il traversait la Turquie en stop. Un sac à dos et quelques vêtements, mais surtout, un carnet de route très précis. Le couple décide de partir sur les traces de Maarten, empruntant les mêmes routes, dormant et mangeant dans les mêmes lieux. Un périple qui les conduit dans une Turquie montagnarde et méconnue.

Istanbul n'aura jamais autant ressemblé à Bruxelles en novembre, terriblement froide et grise. Et vide, terriblement vide. Bart van den Bempt isole ses personnages plongés dans leur douleur et peu réceptifs au monde alentour. Un isolement par et dans le cadre bien sûr, mais redoublé par un traitement sonore qui fait fi de nombreuses ambiances. Les personnages sont dès lors accompagnés par les compositions aussi justes qu'épurées d'Arve Henriksen.

C'est que la mort non-acceptée accable et renferme, avec son inévitable lot de questions sans réponses. On ne s'étonnera dès lors pas que les dialogues soient brefs et épars, le réalisateur se concentrant sur les gestes, les regards, les attitudes du couple envers l'extérieur et surtout entre eux, usant et abusant des reflets et autres "cadre dans le cadre". Un couple abattu dans un pays dont ils ne connaissent rien. L'irrationnelle décision d'Herman de reproduire le voyage de son fils sort heureusement le film de l'atmosphère claustrophobe dans laquelle il s'enfonçait doucement. Le processus de deuil engagé, ce dernier s'aère et la Turquie retrouve lentement ses couleurs.

image du filmLe pays se révèle être un personnage à part entière de 82 jours en avril, Bart Van den Bempt étant un amoureux revendiqué de l'Orient. Une Turquie hivernale, montagnarde et rurale avec ses paysages rugueux et mystérieux. Comme tout road-movie qui se respecte, le voyage est l'occasion de rencontres, qui redonneront peu à peu le sourire au couple. Dommage cependant que celles-ci, fortuites ou souhaitées, fassent systématiquement écho à Maarten ou à son accident.

La perte de l'enfant fragilise nécessairement le couple, en proie aux doutes et aux remords. Des tensions qu'Herman et Marie appréhendent différemment mais ensemble, et qui ne retomberont qu'avec la découverte des dernières joies de leur fils, mais aussi à travers l'autre, l'étranger bienveillant.

commentaires propulsé par Disqus