Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/06/1998
Mots-clés : tournage
 

A Dog of Flanders

A Bokrijk, dans les sous-bois du domaine, deux HMI en réflexion sur une toile blanche renvoient une lumière diffuse et débouchent la pénombre. Walter Van den Eynde, le directeur photo du film, place un HMI à l'arrière-plan pour donner l'impression qu'un rayon de soleil transperce la cime des arbres et illumine une clairière. Une Arriflex 35 posée sur une Dolly parcourt dix mètres en marche arrière en suivant un paysan sans âge qui chemine à coté d'une charrette à bras tirée par un bouvier des flandres, fourbu.
Le poil noir de celui-ci absorbe les coups de lanière de son maître. Soudain épuisé, le chien s'effondre tandis que son maître le roue de coups en espérant le ranimer. Constatant qu'il ne bouge plus, il le détache de l'attelage et jette son corps dans le fossé. Cut. Didier Frateur, le cadreur, fait remarquer que les gestes du paysan sont trop retenus et ne donnent pas l'impression d'un type ivre et exaspéré qui bat son animal à mort. On recommence donc la prise, la difficulté consistant à éviter de frapper l'animal tout en donnant l'impression de le faire. Les dresseurs, un couple de Canadiens, coachent leur animal à coups de borborygmes que personne ne comprend, l'animal non plus qui n'en fait qu'à sa tête et s'ébroue, gêné par les feuilles mortes qui s'emmêlent dans ses poils. Une maquilleuse remet de l'hémoglobine dans les poils du chien pour figurer les marques des coups. Pendant ce temps Jan VanCaillie, le cadreur de la seconde caméra, se prépare à faire un one shot de Nello, le jeune garçon, en gros plan. Moment clé de l'histoire puisque Patrasche, le chien, va être découvert et soigné par Nello qui va en faire son compagnon de misère. Nello et Patrasche délaissés par tout le monde sont les héros d'un conte mélodramatique, Guido, dont le succès ne s'est jamais démenti aux Etats-Unis (deux longs métrages dont l'un muet, dans les années vingt, lui ont été consacrés ainsi qu'un dessin animé au Japon). Bien qu'écrit en français par Marie-Louise de La Ramée, ce conte pour enfants est méconnu en Europe, (hormis un album de Bob et Bobette et une statue érigée à Hoboken connue des touristes japonais).

Gaston Bertin

"C'est le premier long métrage de fiction de Kevin Brodie (lequel a lui-même été un acteur -enfant), nous explique Gaston Bertin dont c'est le trentième film. Interprété par Jeremy James Kissner, John Voight, Cherryl Ladd et Antje De Boeck, le film se déroule au siècle passé. C'estl'histoire de Nello, un garçon, d'une dizaine d'années, qui livre des bidons de lait, orphelin d'une mère artiste et ayant lui-même des dons pour le dessin. Fasciné par Pierre-Paul Rubens, il parcourt le plat pays avec Patrasche, un bouvier des Flandres qu'il a recueilli, et son carnet de croquis. "Une agence m'a contacté en me disant qu'un film américain allait se tourner en Belgique. Comme j'ai passé vingt ans aux Etats-Unis, où j'ai monté de nombreuses pièces de théâtre, ça m'intéressait. Au casting j'ai rencontré Kevin Brodie qui avait suivi les cours de l'U.C.L.A. comme moi et il m'a dit : le bon curé c'est vous. Ce qui me faisait un grand plaisir c'est que c'était la première fois que je tournais pour des Américains et ça, c'est vraiment une expérience. Tout est réglé comme du papier à musique. On est traité comme des princes, meilleur hôtel, excellente nourriture mais une fois qu'on est sur le plateau on travaille dur mais c'est agréable.C'est un mélodrame, une très belle histoire."Mon personnage est un curé pacificateur, bon, gentil, le curé de Louvain (un village au siècle dernier). Je suis un peu la conscience des villageois, un prêtre moins sévère que celui qui, à Malines, refuse à Nello la vue d'une peinture de Pierre-Paul Rubens parce qu'il est désargenté et accompagné d'un chien.

Alain Keytsman

"Je ne sais pas s'il faut considérer ce tournage comme le prototype du film classique américain, nous confie Alain Keystman, le producteur exécutif du film, mais aux Etats-Unis on a une conception du cinéma totalement différente de la nôtre. Déjà sur le plan de la logistique, lorsqu'on se déplace l'équipe est énorme, elle fait le triple d'une équipe belge. C'est ce qui a effrayé certaines autorités communales, c'est la moitié d'un villagequi se déplace ! Il y a tous les jours 185 personnes qui sont concernées. On avait 9 caravanes, des mobilhomes, des camions - rien que le traiteur avait déjà trois camions.Les Américains ont l'habitude de travailler avec une grande équipe, notamment les électros-machinistes. Ils divisent les équipes, il y en a une qui prépare, une sur le tournage, une qui démonte. On a deux équipes image et trois caméras en permanence, deux équipes de construction, etc. Tous les jours on change de planning, même deux fois par jour. Les comédiens doivent être libres pour toute la période du tournage parce qu'ils veulent pouvoir tout changer d'une minute à l'autre. Si en plus on avait eu des problèmes avec le temps je me demande ce que serait devenu ce planning souple et mobile ! Jason Robarts a dû être remplacé pour des raisons de santé. Le temps de chercher un remplaçant et on tournait déjà. C'est impensable en Europe où l'on sait longtemps à l'avance avec qui on va travailler. Apparemment les Américains commencent un film sans avoir l'ensemble des comédiens : peut-être est-il plus facile d'obtenir l'accord d'une star lorsque le tournage est commencé. Toujours est-il que lorsque le comédien principal est arrivé, on tournait depuis deux semaines. Et naturellement, c'est une présence plateau de ddouze heures pour tous comme aux Etats-Unis mais voilà une chose qui ne me paraît pas toujours opportune, il y a des gens qui attendent davantage encore que d'habitude.

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