Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
13/02/2007
Mots-clés : critique de cinéma,
 

A l'ombre du voile d'Arnaud Demuynck

Etre ou ne pas être … voilée 

Il y a sans doute des questions sociales plus importantes aujourd’hui que le port du voile, mais il en est peu à ce point porteuses des incompréhensions, des contradictions et des passions générées par une société en route, bon an mal an, vers un multiculturalisme inévitable. Il suffit pour s'en convaincre de constater que c'est au nom des mêmes valeurs de liberté, d'épanouissement et de démocratie que les pros et les antis s'affrontent avec une passion décuplée par l'attachement que tous manifestent pour leur modèle social traditionnel. Oubliant que ce dernier, que ce soit celui des méditerranéens ou des républicains, est inéluctablement condamné à évoluer.
Il faut donc du courage à un réalisateur, quel qu'il soit, pour aborder ce sujet passionnel et controversé. C'est par la danse qu’Arnaud Demuynck se lance dans l’aventure. Dans une ville où se déroule une manifestation en faveur du port du voile à l’école, une mère et sa fille rentrent chez elles. La mère, qui a toujours porté le voile, est trop âgée pour oser le déposer, mais, par la danse, elle fait comprendre à sa fille qu’elle a encore le choix, et qu’elle n’a pas besoin du voile pour être elle-même, poser ses propres choix et réussir sa vie. La danse est un langage auquel le mari et père ne peut pas répondre car il sort de son pouvoir.
L’histoire est subtilement écrite et racontée à l’aide d’un dessin très « ligne claire ». L’ensemble est d’une grande douceur, rompant volontairement avec le climat de tension passionnelle qui entoure généralement cette problématique. 

A la différence de Signes de vie, le dessin ne change pas quand la femme danse. On ne cherche pas à épurer le mouvement mais, à nouveau, la magie de la danse fonctionne parfaitement. La lutte farouche qu’elle exprime contre l’enfermement psychologique et la libération mentale finale passent à l’écran avec la force de l’évidence. La très grande délicatesse de touche dont fait preuve le réalisateur pour ce sujet sensible conditionne la réussite d’un film, support idéal d’une réflexion bien nécessaire à la compréhension mutuelle.  

 

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