Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/05/2005
Mots-clés : critique de cinéma,
 

A toute épreuve de Marylin Watelet et Szymon Zaleski

Marathon life
A toute épreuve, le dernier film de Marilyn Watelet et Szymon Zaleski nous entraîne dans l’univers populaire et métissé des courses à pied d’amateurs qui, en Belgique comme dans le nord de la France, rythment le calendrier des braderies, kermesses et autres festivités villageoises. Peu sensibles aux charmes des flonflons noyés sous les slogans publicitaires, ce qui intéresse ici les deux cinéastes est ce qui derrière l’attendu de ce genre de manifestations, fait surgir un autre point de vue, un autre sens du réel. Ainsi dans la foule bigarrée des coureurs du dimanche et des dilettantes de la pleine forme, ceux qui les intriguent, ceux qui leur posent question sont précisément ceux qui ne participent pas à cette quête de soi au plaisir un rien masochiste. Les touchent, ceux qui, poussés par une nécessité économique, rivalisent d’effort et d’endurance pour être les premiers.
Ceux-là même qui courent pour gagner et gagner, via les primes qui accompagnent la victoire, l’argent de leur fragile survie. Ceux-là viennent d’Afrique, souvent du Kenya. Ce ne sont pas des grands noms des stades. Ce sont de simples coureurs de fond qui ont trois mois, le temps d’un visa touristique, pour remporter le plus grand nombre de victoires, rafler le plus grand nombre de prix et accumuler ainsi le petit pactole devant nourrir leurs familles restées au pays. Véritables marathoniens des premières places, ils sont de toutes les courses, toujours sur la brèche, dans cette incertitude des défaites qui sanctionneraient la faillite de leurs séjours en Belgique.
A toute épreuve s’attache à suivre au quotidien le séjour d’une de ces équipes de coureurs kenyans. De leur prise en charge, dès leur arrivée, par un manager qui a planifié leurs différentes courses jusqu’à leur départ pour le Kenya, chargés des dernières trouvailles en matière d’électronique, le film décrit avec beaucoup de sensibilité leurs conditions de vie entre exil et épuisement. Replaçant cette question des relations du Nord et du Sud dans un contexte proche de nous, le sujet d’A toute épreuve est fort et prenant. Surtout quand il nous laisse deviner toute cette violence de l’économie, quand ce qui s’annonçait comme un plaisir se désosse pour laisser voir les nerfs à vif de l’exploitation. Pourtant le film a du mal à trouver son unité comme si par moment les regards croisés des deux réalisateurs n’arrivaient pas à s’accorder, à inventer leur cohérence. Trop de scories de récits secondaires viennent nous distraire du jour le jour des coureurs kenyans et ce faisant la structure et l’écriture du film en pâtissent.
Et c’est dommage car le film a cette qualité rare de suggérer plus qu’il ne dit et de laisser une part d’invention au spectateur. Ici, pas de commentaires ni de volonté explicative mais une intelligence très grande pour tout ce qui est de l’ordre du non-dit, pour tout ce qui fait sens dans l’espace du hors-champ. Cinéma de l’altérité, de ce qui lie et relie les hommes et les femmes, la démarche documentaire de Marilyn Watelet et de Szymon Zaleski, malgré les quelques faiblesses d’A toute épreuve, entraîne l’adhésion dans cette façon si personnelle qu’elle a de conjuguer quelques paroles isolées pour faire naître une histoire humaine qui nous concerne directement.

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