Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/07/2002
Mots-clés : atelier,
 

AJC! : Tout azimut

Dernièrement se tenait une rétrospective des productions de ces deux dernières années de l’Atelier Jeunes Cinéastes. Au programme, vingt deux films de court et moyen métrage, alternant volontés documentaires et démarches fictionnelles, allant d’un certain académisme poli à l’ expérimental joyeusement déjanté. Pendant toute une journée, le spectateur assidu pouvait se faire une idée des objectifs et préoccupations de l’AJC et, au gré des projections dans trois salles, se laisser séduire par telle ou telle réalisation. Après découverte d’une quinzaine de films, ce qui apparaît comme devant illustrer au mieux la « politique » de l’AJC est bien son ouverture tout azimut et sa volonté d’opérer tel un workshop permanent, voire un laboratoire de recherche prêt à soutenir tout projet un tant soit peu original. Car ici, pas de cloisonnement, pas de défense d’une démarche cinématographique particulière mais au contraire un pari sur la diversité et le foisonnement des premières oeuvres. Et cela donne des essais souvent patauds, voire encore hésitants, à l’image de premiers pas fragiles mais déterminés qui laissent parfois deviner le regard particulier d’un créateur à l’oeuvre.
Souvent maladroits, trop souvent en deça d’un réel souci cinématographique, ces films dans leur ensemble ont ceci d’attachant qu’ils sont comme habités d’un désir de faire et de créer. Réalisés avec de très petits moyens, conçus et fabriqués dans des conditions que l’on devine précaires, ils sont parcourus de ce plaisir communicatif d’inventer. Et si de façon générale, ils ne vont pas toujours jusqu’au bout de leur proposition (beaucoup ont ce côté bâclé, fait à la va comme je te pousse qui suppose une urgence dont on voit mal la raison), ils ont pour la plupart une idée, quelques plans qui sont autant d’instants heureux de cinéma. Ainsi on retiendra des films comme Grenzsteine d’Ulrike Knorr, Pieces of Barcelona d’Alberta Sessa ou encore #001 de Gaëtan Massaut pour leur travail sur le regard et cette tension à trouver une résolution formelle qui ne soit pas qu’un artifice. De même, Love Story de Paul Schillings et Deux d’Isabelle Henry proposent dans un tout autre registre une recherche d’écriture dont le ton décalé et l’humour saugrenu sont particulièrement percutants. Enfin Héron City de Frédéric Guillaume mérite le détour. Suivant quasi au jour le jour la vie d’un squat dans le quartier très chic de la Toison d’Or à Bruxelles, il participe à sa vie collective, à ses fêtes ludiques autant qu’à sa lutte contre les promoteurs et s’interroge sur sa fin tragique lors d’un incendie criminel qui coûta la vie d’un des occupants. Cinéma rebelle, cinéma d’un autrement la vie, Héron City va à l’essentiel sans s’embarrasser de considérations esthétiques. Il y a ici une nécessité de dire, de faire partager une aventure qui autorise bien des maladresses. Ainsi le caractère brouillon, chahuté, en situation de la caméra, que vient encore renforcer le montage, donne au film son côté vivant et vrai, soutenant et prolongeant la pertinence de son propos anarchisant. En conclusion, une aventure à suivre et à soutenir pour l’espace d’expérimentation et d’émulation qu’elle propose et l’effet fédérateur d’une certaine marginalité du jeune cinéma qui en est la conséquence la plus intéressante.

commentaires propulsé par Disqus