Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
07/03/2011
 

Allez Raconte ! de Jean-Christophe Roger

Ça en fait des histoires…

Adaptation de la BD de l'illustrateur, graphiste et dessinateur liégeois, José Parrondo, le long métrage animé Allez Raconte ! est une des pièces majeures de la programmation d'Anima 2011, et sort en salles dans la foulée. La production est majoritairement française et luxembourgeoise mais, outre Parondo, plusieurs comédiens assurent la présence belge et des illustrations sonores et musicales ont été réalisées dans deux studios, à Bruxelles et dans le Brabant wallon. Prioritairement destiné aux 6-12 ans, Allez raconte ! est vu avec plaisir par les adultes à qui s'adressent nombre de références mordantes au monde d'aujourd'hui.

Laurent est le papa de deux turbulents enfants. Le soir, avant de dormir, il leur raconte des histoires tellement vivantes qu'elles prennent corps sous nos yeux. Tellement passionnantes que les enfants, persuadés que leur papa est le meilleur conteur du monde, l'inscrivent, à son insu, au championnat télévisé des papas raconteurs d'histoires. Terrorisé, Laurent accepte du bout des lèvres, sur la pression familiale. Le voilà embrigadé dans une compétition impitoyable où il rencontre les magouilles des gens prêts à tout pour gagner, mais aussi de la loyauté et beaucoup d'amitié. À l'heure où la 3D est omniprésente, le film fait clairement le choix d'une animation 2D (réalisée notamment en Flash, plutôt rare pour une production destinée au grand écran) que seuls permettent la simplicité et le dépouillement du graphisme. Mené sur un rythme soutenu, il fourmille d'excellentes idées. Abondamment illustré d'interventions musicales (il s'agit en fait de pastiches de chanteurs connus à se tordre de rire) qui équilibrent le temps consacré aux prestations mises en scène des papas conteurs, il dégage un dynamisme et une liberté de ton susceptibles d'accrocher tous les publics.

Pour nous en parler, nous avons rencontré José Parrondo, le papa liégeois d'Allez Raconte ! Il nous parle de son implication, de son rôle exact, et nous livre un regard de l'intérieur sur le processus d'élaboration d'une œuvre singulièrement créative.
Allez José, raconte !

Il était une fois, à Liège. José Parrondo peint, dessine et fait de la musique. Àla fin des années nonante, avec le scénariste français Lewis Trondheim, il crée une bande dessinée sur une idée apparemment simplissime : un papa raconte à ses enfants des histoires pour les endormir. Les enfants ont le droit de demander l'histoire qu'ils veulent, et d'intervenir pour la modifier. Problème: la petite fille veut des princesses et le petit garçon des monstres et des bagarres. Le gentil papa doit donc redoubler d'inventivité pour satisfaire tout le monde. "L'idée était riche de potentiel", explique José. "On change d'atmosphère au gré des histoires, elles se déclinent à l'infini, et on pénètre chaque fois dans un nouvel univers." Le ton acidulé, un peu impertinent, bien à portée des enfants, associé au graphisme simple de José (pas de perspective, pas d'ombrage, des personnages simples, à plat, sans volume…) séduisent le public. Deux albums seront édités en France par Delcourt.

En 2004, c'est l'entrée en scène de Didier Brunner, du studio Les Armateurs, une des plus importantes maisons de production d'animation française (Kirikou, les Triplettes de Belleville, l'Illusionniste…). Il propose d'adapter la BD en série télé, dont il confiera la réalisation à un quatrième mousquetaire : Jean-Christophe Roger.

"C'était indispensable, se souvient José Parrondo car, bien que créateur de la BD, je ne suis pas animateur ni réalisateur. La BD est un travail plutôt solitaire, l'animation et la réalisation sont des travaux qui nécessitent la maîtrise d'un grand nombre de paramètres que je ne possède pas. La structure de travail se met en place. "Je vois cela comme un travail d'équipe, raconte José, visiblement satisfait. "Je suis responsable de la "bible graphique". Je crée l'univers dessiné, les formes, les personnages, les décors, et je consigne le tout dans un document qui sert de référence aux dessinateurs et animateurs (une quinzaine) qui travaillent sur les séquences. Je suis dans ma sphère de compétence et je laisse les autres libres dans la leur. Cela ne veut pas dire qu'on ne discute pas entre nous mais, chacun a le dernier mot dans ce qui est son domaine". Deux saisons de la série sont ainsi diffusées sur M6. Le ton est trouvé, le succès est au rendez-vous, ce qui décide le producteur à passer à la vitesse supérieure en mettant en chantier un long métrage. "Nous avons beaucoup réfléchi car il y avait des difficultés importantes. D'abord, il fallait trouver une histoire qui tienne la distance, un "fil rouge" pour relier ensemble tous nos petits modules de contes. C'est Lewis qui a trouvé l'idée du concours de papas conteurs. Outre relier les différents modules, elle nous permettait d'introduire un regard critique sur le monde extérieur qui existait moins dans la série et quasiment pas dans la BD. Le monde impitoyable des jeux télévisés, les embouteillages des centres urbains, le monde du travail et ses rapports très durs sont des descriptions permises par ce fil narratif. Nous avons également pu créer un petit suspense axé sur "qui va gagner le concours et comment ?" La mise en scène des contes par les papas, un peu dans le style Star Academy qui, visuellement, apporte beaucoup est aussi une piste ouverte par l'idée du concours.""En ce qui me concerne, sur le plan graphique, la principale difficulté consistait à adapter l'univers de la série au grand écran. Mon style est assez dépouillé, avec peu de décors, peu ou pas de perspectives. En passant au grand écran, il fallait remplir l'image. L'erreur à ne pas commettre aurait été d'ajouter par-ci par-là des éléments épars pour "boucher les trous". J'ai cherché une cohérence ailleurs dans mon travail, en allant chercher notamment dans mes autres albums de BD des éléments que je pouvais intégrer harmonieusement à l'ensemble. J'ai travaillé un peu sur le relief. Je pense être arrivé à un résultat qui tient la route et dans lequel je me retrouve assez." 

La mise en voix des personnages est convaincante. Si Danny Boon, présent dans la série télé a dû, cette fois, laisser sa place à Eric Métayer, on y retrouve Elie Semoun et Omar Sy, les Belges Virginie Hocq et Renaud Rutten, le chanteur imitateur Michel Gregorio. José Parrondo n'a pas directement participé au casting, mais il se souvient du moment où il a entendu ses personnages pour la première fois : "c'était un peu troublant". Il a fallu une certaine période d'adaptation. José Parrondo n'est pas davantage intervenu dans la mise en musique et hésite à se prononcer sur l'idée de créer des pastiches de chanteurs connus pour illustrer le show télé des papas conteurs. Mais lorsqu'on demande à José Parrondo s'il se retrouve dans le résultat final et s'il en est heureux, il reste un instant indécis devant la question bateau, puis son visage s'éclaire d'un grand sourire sincère "Oui, finalement je m'y sens assez bien. Je suis content du résultat. C'est le travail de toute une équipe, mais je m'y retrouve tout à fait !"

 

 

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