Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/03/2003
Mots-clés : sortie en DVD,
 

Amadeus de Milos Forman

 1. Le Film
Ouille, ouille, ouille, Mozart. La barbe ! Que nenni mes amis ! Ce n'est pas l'adaptation de la célèbre biographie d'Alfred Einstein (le frère de l'autre) qu'a porté à l'écran Milos Forman en s'inspirant d'une pièce de Peter Schaffer. Dès les premières scènes on est plongé dans un tombereau d'injures de Salieri adressées, en postillonnant, à un confesseur dont la présence symbolique l'indispose. On se croit dans Le Dialogue d'un prêtre et d'un moribond de DAF Sade ! On découvre un Salieri, vieillard atrabilaire blasphémant à qui mieux mieux à l'heure d'un proche trépas, son créateur représenté par un curé qui en reste coi, croyez-moi ! Ah Dieu ! Sans blague ! Moi, compositeur de l'Empereur d'Autriche n'ayant que son talent et cette crotte de Mozart, sans charge officielle, à qui votre Dieu a accordé du génie ! Parlez-m'en de Dieu, nom de Dieu. Culotté Forman (comme souvent d'ailleurs). Subjugué par le talent de son rival, Salieri éructe. S'adresse à Dieu en ces termes, via son confesseur : « Celui qui m'avait donné la ferveur avait fait de moi un muet. Pourquoi avoir inventé le désir pour m'ôter le talent ? Dieu espérait-il que je pardonne la plus atroce des offenses. Pourquoi choisir Mozart pour me donner des leçons d'humilité ?...Je fus pris de haine pour ce nabot ! Il n'y a pas un Dieu de miséricorde mais seulement un Dieu de torture...puisque tu es injuste, déloyal, cruel, j'entraverai, ferai obstacle à ta créature de toutes mes forces ! »
Tout est dit ! Le duel sera impitoyable. Au lieu de réaliser une classique biographie, c'est à un affrontement entre deux hommes -avec sa part de fiction - auquel nous convie Milos Forman et Peter Shaffer,en adoptant à l'écran la pièce que ce dernier avait écrit pour la scène théâtrale.
En plaçant le spectateur dans le discours de Salieri, Forman nous donne une image saisissante d'un Mozart créateur insaisissable, dont la création loin d'être un mystère se révèle aussi naturelle que l'air qu'il respire. Salieri et Mozart sont deux personnages que tout oppose : le talent besogneux de Salieri, le carriérisme de Salieri face au bouillant génie de Mozart qui n'a que faire des rituels de cour (quoique cela lui coûte) et pour qui la musique n'est pas un emploi mais un mode de vie. Salieri est suffisamment malin pour comprendre (jusqu'à la fascination) la singularité de Mozart. Il tombe amoureux de ce qu'il aurait voulu être. Le drame, pour lui c'est que Mozart le prend pour ce qu'il est : un musicien de cour parmi d'autres avec lequel il ne conçoit pas (comme il le fera avec Joseph Haydn) d'amitié possible.
Forman a tourné Amadeus à Prague parce que cette ville, contrairement à Vienne, admirait le génie de Mozart. Enterré dans l'anonymat à Vienne, par contre, à Prague, six mille personnes ont assisté à une messe de Requiem célébrée en son honneur. Les praguois n'avait pas oublié que Dom Giovanni, avait été représenté quatre ans auparavant, pour la première fois dans leur ville. Et aussi parce que c'était pour Forman l'occasion de revenir dans son pays natal.
La scène finale, tout à fait fictive, d'un Mozart, délirant de fièvre, qui dicte à un Salieri ivre de jalousie, les ultimes notes de son Requiem sont d'une intensité dramatique terrible. C'est la rencontre d'un génie avec un tâcheron qui prend conscience de ses limites.
La version DVD qui vous est proposé comprend quarante minutes supplémentaires par rapport à la version diffusée en salles, dont plusieurs scènes inédites qui sont réparties dans la première partie du film. Notamment dans les Chapitres « Constance demande une faveur » et « Un concert de chiens » (séquence particulièrement drôle, Mozart donnant des leçons particulières à une jeune fille tandis que les chiens de ses parents ne cessent d'aboyer).

2. Le réalisateur
Né en 1932 à Cãslau, en Bohême centrale, Milos Forman réalise de 1963 à 1967 en Tchécoslovaquie des films s'inscrivant dans le courant de la Nouvelle Vague Tchèque (l'As de Pique, Les Amours d'une blonde, Au feu les pompiers). Chassé de son pays en 1968 par la répression qui suit l'entrée des chars soviétiques à Prague, il émigre aux Etats-Unis où il réalise notamment Vol au-dessus d'un nid de coucou, film qui obtient cinq Oscars. Amadeus en obtenant huit.
Adapté d'une pièce de théâtre de Peter Shaffer, Forman en modifie la fin. Il s'empare du matériau théâtral pour le dramatiser lui donner une intrigue visuelle qui dynamise le film de bout en bout.

3. Bonus
Un making off réunit les principaux protagonistes du film : Saul Saenz (le producteur), Sir Neville Marriner (à qui l'on doit l'interprétation musicale du film qui fut enregistrée avant que le film ne commence ce qui permit à Forman de l'utiliser sur le plateau), Tom Hulce (Mozart), F.Murray Abraham (Salieri), Jeffrey Jones (L'Empereur Joseph II), Elisabeth Berridge (Constance Mozart, qui remplaça au pied levé Meg Tilly qui se déchira, au début du tournage, les ligaments du genoux) et, bien sur Milos Forman qui nous dit : « Au cinéma l'image pèse beaucoup plus que les mots et la musique s'accorde plus aisément aux images, ce qui décuple leur force comme celle de la musique. C'est ce qui nous permit de restituer le génie de Mozart que la pièce avait laissé de côté. En fait la musique était pour nous le troisième personnage du film »
Reste l'incident du 4 juillet 1983 (Independance day aux USA) que raconte fort bien le réalisateur. A vous de le découvrir.

Amadeus de Milos Forman, DVD, édité par Warner Home Vidéo

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