Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
06/05/2010
 

Amerrika de Cherien Dabis

Outre Michel Khleifi (Noce en Galilée), Elia Suleiman (Le temps qu'il reste), Anne-Marie Jacir (Le Sel de la mer), réalisateurs(trices) palestiniens(iennes), nous découvrons Cherien Dabis et son film Amerrika. Née aux Etats-Unis, cette fille d'immigrés palestino-jordaniens nous parle d'un sujet peu traité : la diaspora palestinienne aux U.S.A.

AmerrikaMouna vit dans la Palestine occupée. Elle travaille dans une banque et supporte une mère acariâtre qui ne survit que grâce aux reproches sans fin dont elle accable sa fille. Divorcée d'un mari qui préférait les filles maigres, Mouna, toute en rondeurs et enjouée, élève un fils adolescent. Lassée des fouilles quotidiennes de l'armée israélienne aux check points, et des trajets absurdes dus au mur qu'a érigé Israël pour empêcher les terroristes de rejoindre leur territoire (devenu le vrai mur des lamentations), Mouna file en Amérique, autre terre promise. Elle y rejoint sa sœur, installée depuis 15 ans au fin fond de l'Illinois. Un grand saut géographique et climatique… La réalisatrice nous montre bien ce passage du chaud au froid, passe des couleurs de la Palestine à l'hiver glacial du Middle West et sa lumière crue. Là-bas, la première guerre du Golfe se déclenche, relayée par les médias. Le beau-frère de Mouna, médecin, en subit les conséquences immédiates. Sa clientèle disparaît, rendant plus aigre encore sa femme qui rêve d'une Palestine qui ne vit plus, en réalité, que dans son imagination. Ajoutons une nièce particulièrement agitée dans son lycée et entraînant Fadi dans ses frasques. Le five o’clock de la Cup of tea anglo-saxonne est plein. Sauf...

Sauf que l'intelligence de la réalisatrice est de se servir de tout cela comme un MacGuffin, une sorte de décor afin de nous faire sourire du passage du monde complexe des contraintes en Palestine à l'impératif catégorique du ratio consumériste de l'Amérique, et davantage encore pour mettre en valeur toute l'humanité de Mouna, sorte de Candide au féminin, à la recherche d'une vie meilleure, débarquant avec son fils parmi les exilés (une minorité qui pourrait être noire ou latino).

Nisreen Faour, actrice palestinienne, campe Mouna, fragile et forte, ne cessant d'éviter, mine de rien, les loups qui l'entourent pour la manger.
Rien d'étonnant donc si le film de Cherien Dabis ait obtenu le Prix de la critique à la Quinzaine des réalisateurs en 2009 au Festival de Cannes. 

Bonus

Entretien avec la réalisatrice, née dans le Middle West et passant ses vacances en Palestine jusqu'à ce que son père, humilié par les soldats israéliens lors d'un check point décide de ne plus passer leurs étés qu'en Jordanie. Le film est donc un retour de Charien Dabis dans la Palestine de son enfance. 

Amerrika de Cherien Dabis, édité par Cinéart et diffusé par Twin Pics

 

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