Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/11/2005
 

Amsterdam via Amsterdam de Rob Rombout et Rogier Van Eck

Deux auteurs à la recherche d'eux-mêmes ou l'hommage aux gloires de la navigation hollandaise.

amsterdam via amsterdamDéguisé en un portrait sur les contrastes entre deux îles et une ville, Amsterdam via Amsterdam est un documentaire qui suit les sentiments de ses réalisateurs, Rob Rombout et Rogier Van Eck.Réalisée en 1996, cette expédition cinématographique a amené les deux cinéastes de l'Amsterdam des Pays-Bas jusqu'à l'Amsterdam de l'océan Glacial arctique (qui appartient à la Norvège depuis 1925) et à l'Amsterdam de l'océan indien (française depuis 1893). Que reste-t-il de l'Amsterdam hollandaise à ces deux endroits dans les extrémités du monde ? Que reste-t-il de l'Amsterdam hollandaise dans l'âme de deux cinéastes qui l'ont quittée ?

Une curiosité à la fois romanesque et historique nourrit leurs esprits, en embrassent le vide et les doutes, en assument pleinement la quête de quelque chose – encore – inconnue. Le film entrelace les trajets des navigateurs Willem Barentsz et Cornelis Houtman avec des portraits actuels. Des journaux de bord d'il y a quatre siècles se mélangent avec le regard perdu dans l'horizon des marins d'aujourd'hui, comme si l'Histoire était devenue une fiction, comme si dans ce "sea movie", les faits épiques anciens voulaient compenser la "solitude existentielle" du présent. Narré à deux voix, le film n'est pas, cependant, construit comme un dialogue permanent, mais plutôt, sous la forme d'une espèce de journal intime ou Rob et Rogier nous dévoilent leurs pensées et leurs inquiétudes.

Le DVD est accompagné d'un bonus qui rassemble les bios de nos quatre navigateurs, ainsi que plusieurs photos du tournage et 40 minutes d'un "work in progress" présentant une partie substantielle du matériel qui a été gardée dans le film, plus quelques séquences coupées dans le montage final. Un certain ton nostalgique traverse cette présentation du projet ainsi que tout le documentaire final. Au-delà des très beaux paysages quasi déserts des îles, il reste néanmoins des fragments contradictoires de la mémoire d'une ville, "symbole de liberté". L'Amsterdam actuelle, ancien centre du commerce mondial, où les rues portent les noms de navigateurs, où les habitants ne réclament pas cet héritage mais où ils continuent à vivre dans les bateaux aux bords des canaux.

Le film démarre avec une citation de Wim Wenders, confessant son amour pour les villes, mais soulignant le besoin de les quitter afin de découvrir ce qui nous attache à elles. Malgré leurs origines hollandaises, les deux cinéastes sont maintenant des étrangers à Amsterdam. Rogier a, selon Rob, une vision "carte postale" de la ville. Rob a dû, selon lui-même, quitter la ville par manque d'air. Cependant, la rencontre entre eux et leurs origines ne donne pas de réponses. On a dû les chercher ailleurs: "Au fur et à mesure, le chemin devient une recherche de nous-mêmes. Fallait-t-il partir si loin pour ça ?". Rob nous avoue que "oui", de manière assez définitive, mais il cède à la tentation de nous expliquer pourquoi, en nous laissant, à la fin, à la dérive dans une mer d'interrogations.

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