Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/10/2001
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Anguille sous Roche

Un asthmatique se présente devant une sombre bâtisse et se fait annoncer. On sait qu'il est asthmatique parce qu'il vient de se respirer une giclée de spray caractéristique. On apprendra après les présentations qu'il est délégué médical de chez Pharma-cam et que son client est le médecin-chef psychiatre qui dirige la clinique. Assurément une aubaine pour un VRP aussi ingénu ; d'autant que depuis qu'il lui a cité les produits neuroleptiques et anti-dépresseurs dont il espère bien placer l'un ou plusieurs contrats ici, le médecin lui prête une franche et sincère attention.
À l'évocation des noms chantants des médicaments, et à la nouvelle que le représentant avait avec lui des échantillons, le médecin-chef ne se sent plus de joie et propose à notre naïf à la coupe Maori de souper à leur table ce soir. Pour ce qui est de s'occuper des contrats, on verra alors.
C'est dans une salle d'attente qu'il est maintenant invité à s'asseoir, pièce où il rencontre une jeune fille fort jolie et passionnée d'érotisme. Et c'est en le laissant légèrement abasourdi et le rose aux joues que la Dulcinée - malade? proche ou collaboratrice d'un médecin ? il ne sait pas - entre dans l'autre pièce. Mise en scène étrange, climat déroutant, rires sardoniques, flashes et surexpositions à l'extrême, tout est bon pour inscrire la clinique et ses occupants dans un autre réel et nous préparer à des évènements peu communs. Ne vous arrêtez pas au début sur le jeu des acteurs qui pourrait passer pour trop théâtral ou sur telle situation ou scène ne cadrant pas au mieux avec ce que l'on voit habituellement au cinéma, ce n'est en tout cas pas là dessus que l'on pourrait faire le moindre reproche au réalisateur, la fin détermine les moyens.
Bienvenue dans la cène méphistophéliesque de la table d'hôte du médecin même si, ici, ce sont des hosties d'un autre ordre que l'on partage après le festin d'Anguille.
Sous ses airs de dessin animé doucereusement délirant et tournicotant, le film de Julie Bosshaert nous introduit dans une fiction psychiatrique documentée, exercice périlleux s'il en est, particulièrement en cette année 2001, année de la Santé Mentale comme les spots de la Communauté française nous le rappellent régulièrement. Mais loin de se fixer un objectif par trop docte ou ennuyeux la fiction s'y prêtant avec délice, méritant largement 13 minutes de détour. Âmes sensibles, esprits fragiles et psychiatres s'abstenir...

Anguille sous roche
Réal. : Julie Bosschaert. Ass. réal. : Marc Schaus et Mélanie Bertrand. Cont. : Gaëlle Bedez. Photo : Frédéric Celly.Cadre : Salomé Gadafi et François Declercq. Son et mix. : Damien Praet, Bruno Desguin Olivier Thys et Alexis Oscari. Mus. : Agathe Gizard ; Mont. : Pauline Pallier. Styliste culinaire : Brigitte Salkin.
Prod. : IAD et Christelle Agnello. Scén. : Alain Goosens et Julie Bosschaert.

Int. : Itsik Elbaz, Philippe Résimont, Jasmina Douieb, Duby, Denyse Scwab, Annick Johnson, Strike, (le poulet), Agathe Gizard.

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