Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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février 2010
09/02/2010
 

Anima 2009. Best of Anima 6

Passionnant, toujours, mais pas toujours très rigolo.

 

Anima 2009En guise d’apéritif pour l’édition 2010 d’Anima (7ème du nom) qui démarrera ce vendredi 12 février, Folioscope, l’organisateur du festival, associé à Cinéart, nous propose sur DVD le désormais traditionnel Best of de l’édition précédente. Reflets du palmarès et coups de cœur du festival s’y succèdent en une douzaine de courts métrages pour nous offrir la fine fleur de la programmation découverte à Flagey du 20 au 28 février 2009. Une palette d’œuvres variées, originales, d’une technicité impressionnante pour la plupart, mais qui nous inspirent quand même, d’entrée de jeu, un léger mouvement d’humeur.
Car à en croire ce DVD, on ne peut pas dire qu’on rigole beaucoup au paradis des images animées. Seuls deux de ces douze petits films s’aventurent sur le terrain de la légèreté et de l’humour. Les dix autres présentent des visions du monde, plutôt noires, morbides, voire franchement cauchemardesques. Le cinéma d’animation ose, chaque année davantage, s’adresser à un public adulte, avec une palette d’émotions et de sentiments extrêmement complexes. C’est une bonne chose, mais est-ce une raison pour sombrer dans la déprime ? On n’a rien contre les sujets graves, mais quand même ! La Vita Nueva, Grand Prix du court de la Communauté française, est un hommage que n’aurait pas désavoué Edgar Poe au poète Gérard de Nerval. Keith Reynolds can make it tonight, Prix du Meilleur Court Métrage étudiant international, raconte, sur un ton décalé, comment déceptions professionnelles et sentimentales conduisent un paisible employé de bureau à devenir un serial killer. Kudan, Meilleur Court Métrage International, voit un paisible père de famille japonais, amateur de bonsaï, se transformer en monstre de légende mi-homme mi-vache qui prédit guerre et destruction et meurt en trois jours. Milovan Circus, Prix du Meilleur Film étudiant de la compétition belge et prix Be TV, nous fait partager la fin de vie d’un artiste de cirque solitaire aux prises avec la vieillesse et l’oubli. Vous en voulez encore ? Dîner à Lisbonne, du Portugais André Carilho, Mention du jury, nous présente l’errance onirique, dans un Lisbonne bien étrange, d’un journaliste en rupture sentimentale dont les pensées mêlent guerre d’Irak et fin du monde. Mensonges, du Suédois Jonas Odel, met en images trois vies fondées sur le mensonge et dont la dernière, celle d’une junkie, est particulièrement gratinée. « C’est l’époque qui veut cela », me dira-t-on. Et si l’époque justement avait plutôt un urgent besoin de fantaisie, de poésie légère, d’optimisme et d’air frais ?

Pour être particulièrement sombre, cette livraison 2009 d’Anima n’en est pas moins somptueuse. Les poupées de Milovan Circus sont superbes et mises en valeur par une remarquable maîtrise du clair/obscur. L’univers graphique de Kudan est remarquable d’invention. On reste béats d’admiration devant le travail au fusain de Nicolas Liguori dans La Svedese. Le réalisateur rend hommage au couple formé par Ingrid Bergman et Roberto Rossellini avec une remarquable fluidité d’animation. La technique de superposition de plans utilisée par le Croate Simon Bogojevic Narat pour Morana, pour limitée qu’elle soit, permet de très beaux effets. Elle sublime l’imagination et l’inventivité de l’auteur qui crée un monde très personnel pour cette errance post-apocalyptique. On cite encore Jazzed, du Gantois Anton Setola qui donne vie de façon colorée et fort originale à un univers de la nuit composé de multiples références, fantastiques et poétiques, sur fond de musique jazz. On apprécie enfin l’originalité de l’idée de Skizhein, du Français Jérémy Clapin, le Grand Prix Anima 2009, et l’utilisation des possibilités visuelles que permet l’histoire de ce jeune homme que la rencontre avec une météorite décale d’exactement 91,5 cm par rapport à lui-même.

Le rire, enfin, avec un vieux routier du Festival, icône de l’animation indépendante US. Bill Plympton pose toujours sur le monde son regard marqué d’une ironie acide. Hot Dog, le chien qui voulait devenir pompier et dont l’immense volonté de bien faire n’a d’égale que son inconcevable maladresse, ne dépare pas l’univers loufoque de l’animateur new-yorkais. Et puis, coup de cœur de toute la famille, la petite perle russe KJFG n°5. 2 minutes doucement délirantes, décalées et irrésistiblement drôles amènent une rupture de ton bien agréable dans cet étalage de morosité.

Folioscope/Cinéart. DVD zone 2 ; Couleur – PAL ; Stéréo 2.0. ± 110' ; V.O. s.t. FR/NL.
Bonus : Bande annonce 2009 + Autoportraits.

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