Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
05/03/2008
Mots-clés : cinémathèque royale,
 

Animalomania - Collection Cinémathèque

Animal, mon cher passé

Animalomania À côté de sa démarche historique et thématique, La Cinémathèque vient de sortir Animalomania, un livret et un DVD, dans le cadre d’une série, "Imagination in context", qui semble prolonger voire compléter la réflexion amorcée par le DVD Zoologie.
Sous la direction d’Eric de Kuyper, écrivain, cinéaste et historien du cinéma, et suivant une initiative du Musée Royal des Beaux-Arts d’Anvers et du Vlaamse Dienst voor Filmcultuur (ce qui explique sans doute pourquoi le livret n’est qu’en anglais et en néerlandais, ce qui est dommage) Animalomania présente une série de 12 films datant d’avant la première guerre mondiale et traitant, sous toutes les formes (fiction, documentaire, animation), du rapport homme-animal.
Formidable compilation qui, telle un kaléidoscope merveilleux, fait rebondir jusqu’à nous ces images d’un temps passé et dont pourtant nous sommes les héritiers. Il y a dans ces courtes bandes où se rencontrent défilés de mode et martyrs chrétiens, chasses aux grands fauves et fables de La Fontaine, repas de boas et jungle burlesque, une richesse thématique et une façon de regarder le monde qui continuent de nous surprendre et de nous interroger.
Si l’écart est immense entre ces images de chasse ou de chevaux malmenés à grands coups de fouet, et notre sensibilité actuelle, dans le même temps, la proximité d’une émotion nous fait traverser les siècles et nous permet de nuancer notre point de vue issu de la modernité.
Mais plus que tout, il est d’abord question de cinéma et de comment il se joue du poids des siècles. Deux films rendent compte mieux que d’autres de cette aura d’intemporalité par une qualité de construction et de regard étonnants. La chenille de la carotte, chef d’œuvre du cinéma animalier, a cette perfection de l’empathie documentaire. Une telle poésie et un tel respect dans le tournage des métamorphoses d’une chenille en papillon ont de quoi surprendre. Le cadre et la distance de la caméra sont ici empreints d’une vérité qui dépasse, et de loin, le souci entomologiste pour nous parler de ces hommes qui regardent et nous parlent de la vie.
 De même, La Peine du talion, féerie au pays des papillons humains, développe une morale sans doute de bon ton, mais qui trouve, dans un scénario surréaliste, une façon inattendue de nous situer encore aujourd’hui dans la pluralité des mondes animaux.
 Découverte de trésors du cinéma, intelligence de la sélection, érudition du livret, restauration brillante des copies, sensibilité et qualité de la musique d'Hugues Maréchal (toujours inventif) font de cette nouvelle édition de la Cinémathèque, un incontournable de l’histoire du cinéma.

Et la question se pose, impatiente : à quand la prochaine livraison ?

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