Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/04/2003
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Arêtes de Delphine Hermans

Fraîche émoulue de La Cambre, Delphine Hermans fait preuve d'un talent certain pour les histoires surréalistes, « à la belge » serions-nous tenté de dire... Arêtes montre ainsi de petits bonhommes manger des poissons, lesquels se transforment en argent, en maisons ou en autres petits bonhommes... Sans doute devons-nous y voir une métaphore de notre société de consommation, peuplée de gens aux yeux plus gros que le ventre qui veulent tout transformer en or, sous peine d'être parfois dupés par leur propre gourmandise. Le petit bonhomme mange et mange et remange des « poissons-argent », ébloui (mais pas rassasié) par tant de fortune qui s'amasse à ses pieds... Mais dès qu'il s'endort, repu, le butin redevient arêtes. « L'argent n'est que leurre », semble nous dire Delphine Hermans, « il ne fait pas le bonheur ». Et quand le petit bonhomme mange un poisson et régurgite une donzelle, c'est du pareil au même : une fois marié avec la belle, celle-ci accouche d'arêtes ! Comme quoi, on ne peut pas avoir le beurre, et l'argent du beurre... Une maxime qui sied d'ailleurs, a contrario, à la technique employée par l'animatrice : un peu de papier, de la dextérité, et le tour est joué ! Parce qu'il n'est pas besoin de grands moyens pour réaliser un court métrage : il suffit juste d'un peu d'originalité, et d'une bonne dose de savoir-faire. Certes, cet Arêtes ne paie pas de mine, mais la technique ici utilisée n'est-elle pas en rapport avec le message véhiculé ? La silhouette du petit bonhomme ressemble d'ailleurs à s'y méprendre aux poissons qu'il avale goulûment : « Tu deviens ce que tu manges », dit-on souvent aux enfants qui mangent trop. Une manière efficace de boucler la boucle. Sur ce, bon appétit !

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