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Novembre 2017

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Arno : Dancing Inside my Head de Pascal Poissonnier

Fragile.

Sortie l'année dernière et passé vite sur les écrans, trop vite pour qu'on ne trouve le temps de s'y attarder un peu mieux, le film de Pascal Poissonnier repasse au Brussels Art Film Festival où il est en compétition. Long portrait à la dérive, parce que vacillant doucement, du chanteur, Arno : Dancing Inside my Head filme la très grande et poignante beauté d'une fragilité, celle d'un homme en prise avec le temps, sa solitude et ses obsessions.

Deux partis pris esthétiques très forts font la belle originalité de ce portrait. D’abord, Poissonnier évite au maximum les interviews. Parfois, Arno et lui échangent quelques mots, d’autres fois le chanteur lui jette un regard ou un rire complice. Mais la plupart du temps, sa caméra le suit dans ses déplacements, dans ses répétitions, dans ses errances. Elle est toujours à ses côtés, en gros plan ou en plan large. À l'épaule, elle se fait petite. En plan fixe, elle regarde. Et ce qu'elle capte sans relâche du chanteur, c'est cet immense bosseur, un type qui pense, parle, respire musique et chansons. Qui répète des heures, qui travaille sans cesse. Hanté et habité par la musique et par ses textes. L'image du fêtard chaleureux et rigolard, un peu poivrot, un peu sexy et très grande gueule en prend un coup et vacille. « J'ai toujours de la musique dans ma tête, je suis toujours en train d'écrire. Je travaille constamment » raconte Arno, en voix off. Sur les images de ses déambulations ou de ses répétitions, s’égrènent quelques confidences, quelques poèmes ou chansons. À l'écran, tangible, une vraie complicité.

L'autre parti pris très fort du film est sa manière d'avoir tissé les images d'archives à sa matière. Avec beaucoup d'ingéniosité et de méticulosité, Poissonnier remonte le temps en insérant dans la continuité narrative de son récit des images d'archives. Si Arno chante une chanson aujourd'hui sur scène, la séquence est découpée de sorte que d'autres images du chanteur, plus anciennes, viennent se greffer sur la chanson. S'il marche seul dans la rue, d'autres images de lui, il y a longtemps, plus jeune, viennent raconter la même démarche, la même solitude dans la ville. Effet saisissant qui construit la continuité d'une existence mais fait aussi boucler le temps, comme un disque qui sans cesse repasse mais où se mesure aussi l’écart, dans le grésillement des sillons usés…Ces jeux temporels qui se glissent dans le montage travaillent l’image elle-même dans d’incessants jeux de reflets où Arno est saisit à travers les portes vitrées. Vertige d'une image toujours glissante, d'une temporalité brouillée et incessamment recommencée.

Peu à peu de ce récit d'un quotidien qui s'étiole dans les répétitions de chansons, de journées, de travail, se lève la figure d'un homme fragile et vieillissant (merveilleuse scène tendre avec Jane Birkin) . Un homme triste qui se rit de lui-même, nourri de failles, toujours au bord de s'écrouler, mais que la musique entêtante et entêtée tient solidement debout. Un homme très habité, le plus souvent seul et toujours accompagné d'amis et ou de musiciens. Et, peu à peu, dans cette intimité, grâce à la grande générosité du chanteur qui se donne, se dévoile la solitude d’une temporalité mélancolique étirée jusqu’à l’infini.

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