Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/07/2015
 

August de Jeroen Perceval

Etre enfant

Au dernier Brussels Films Festival, on a découvert, surpris et touchés, August de Jeroen Perceval dans la sélection des courts-métrages belges proposés par le Festival. Comédien flamand qu'on a croisé dans de nombreuses séries télévisées et au cinéma (Dagen Zonder Lief, Bullhead, Borgman et bientôt à l'affiche de Paradise Trips de Raf Raf Reyntjens), il est plutôt adepte des rôles de sales types ou des vieux ados un peu paumés. Produit par Savage Films, Perceval écrit et réalise un premier film à la fois enchanté et glaçant, qui raconte la violence sourde et innocente de l'enfance avec beaucoup de sensibilité et de délicatesse. Une étonnante surprise.

August de Jeroen PercevalUn petit gamin blond se balade dans la forêt. C'est l'été et la lumière diaphane fait vibrer le haut feuillage des arbres. Le bruit des branches craquent, les chemins se perdent au loin, la terre colle aux godasses. Immense terrain de jeux et d'aventures, le monde se donne aussi à découvrir dans ses mystères et ses menaces. Alors, pour se protéger, August s'invente des histoires qu'il se chuchote comme des comptines réconfortantes et magiques, il cherche des boucliers imaginaires ou construit des armes bien réelles comme une épée de bois, un arc et ses flèches. Et la menace finalement devient tangible. Dans une scène terrifiante par sa longueur et sa tension, elle aura le visage de deux gosses plus âgés, déjà croisés dans la forêt, des mômes qui prennent l'ascendant et usent de leur force pour imposer à August et à son amie Lise, des jeux beaucoup moins innocents que la balançoire ou chat-perché.

Jeroen Perceval fait des choix stylistiques forts. Il met sa caméra à la hauteur de l'enfant et reconstruit ses perceptions du monde. Ses cadres découpent les lieux de telle sorte qu'il les fragmente et du même coup, les juxtapose, les rendant indépendants les uns des autres. L'espace devient labyrinthique. Les perspectives se perdent hors cadre. Le montage clôture les instants et les dilate dans un présent suspendu et recommencé. Les contre-plongées ou les plans larges mettent l'enfant au centre d'un monde beaucoup trop vaste pour lui. Les inserts et les plans rapprochés le rendent trop proche, étouffant. Quant aux adultes, ils ne sont que des jambes, des corps coupés par le cadre, ou des visages flous. Leurs paroles semées de conseils ou d'interdictions les laissent à distance, dans des positions autoritaires que l'enfant ne sait pas rejoindre. Alors, le monde des adultes, par son indifférence ou son silence, est lui aussi violent, d'une violence sourde qui laisse l'enfant seul avec lui-même, ses incompréhensions et ses blessures. Restent les histoires qu'il s'invente pour comprendre ce qui lui arrive et peut-être ses jouets, devenus des armes, pour se défendre. Avec une grande délicatesse et beaucoup d'ambition, Jeroen Perceval réussit à nous faire éprouver physiquement cet univers de l'enfance avec ses enchantements et ses frayeurs, ses incompréhensions et sa violence et finalement sa très grande cruauté et sa très belle innocence.  

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