Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
02/12/2008
 

Autonomie de la volonté d’Antoine Cuypers

Autonomie de la volonté d’Antoine Cuypers, présenté lui aussi au Festival Media 10-10, s’est vu attribuer le Prix RTBF, qui lui permet d’être diffusé sur la chaîne du même nom. Court métrage de fiction réalisé dans le cadre d’une formation au SAE Institue de Bruxelles, Autonomie de la volonté est étonnant à plus d’un titre, mais laisse un peu perplexe. 

Chorégraphie du chaos 
Autonomie de la volonté d'Antoine Cuypers
Film dansé ou plutôt couru, Autonomie de la volonté suit, dans un immense lieu désaffecté, hors du temps, décollé du réel, des gens qui marchent, courent, ralentissent, accélèrent, se heurtent à des murs, font demi-tour, reviennent sur leurs pas… Ces personnages se croisent, se rencontrent, mais sans jamais se parler, et continuent leurs errances jusqu’à retrouver – ou pas - l’autre, celui qu’ils étaient venus chercher là au début du film - celui avec qui ils forment un binôme ? Un père et son fils, un couple d’âge mûr, deux copines, un jeune couple…
Rapidement, à chaque retrouvaille, le film embraye sur un autre espace-temps qui retrouve le couple, désormais reformé, dans des gestes ancrés dans un quotidien plus familier (le partage d’un petit déjeuner, un moment en voiture). On le comprend donc au bout d’un certain temps : ces courses métaphorisent, mettent en images, en corps, des courses plus abstraites, celles des sentiments qui lient donc ces personnages les uns aux autres.
Si l’on dresse l’oreille au titre du film, il s’agit donc d’une cartographie de  la volonté, sur laquelle on n’a pas toujours le contrôle. Et on le sait depuis Socrate (et son « connais-toi toi-même »),  Pascal (et son cœur qui a « des raisons que la raison ne connaît point ») puis Freud (et son retour du refoulé), qu’il s’agit bien de vouloir ce qu’on veut…   C’est peut-être ces références qui plombent un peu Autonomie de la volonté, d’une part, parce que son discours décrypté à l’aune de son titre le rend un peu poseur ; d’autre part, parce que ce principe systématique de figuration d’une idée abstraite le rend un peu simpliste.
Mais cette « pause intellectuelle » est comme annulée par ce retour aux corps incarnés, à l’angoisse ou à la joie des visages, aux émotions des corps qui réinjectent de l’humain et sauvent le film de la pétition de principe ou de l’illustration d’une idée pour le ramener à son idée première : que c’est l’émotion, tellement ancrée dans le corps qu’elle nous dépasse, qui nous fait agir. Quant à ce qui pourrait y paraître simpliste, ce court métrage est loin des scénarios de fiction ordinaires, par son expérimentation d’un autre type de récit, par la vivacité et l’inventivité de sa mise en scène. Il y a, dans Autonomie de la volonté, un très beau travail rythmique de montage et de musicalité. C’est qu’il s’agit d’abord d’un film choral et chorégraphié. Autour de l’enchaînement de ces courses, de ces croisements, la mise en espace et la quête du hors champ y est subtile, non seulement par la recherche de la distance et l’élaboration des cadrages dans le lieu même, mais aussi grâce à ses brèches, ses autres horizons, quand le film passe d’un lieu à un autre, ouvrant un espace dans le lieu désaffecté pour arriver dans un autre endroit, engendrant tout à coup des labyrinthes, des traversées de miroirs impossibles... C’est l’imaginaire ici qui est au travail, qui ouvre les espaces, les relations, les rencontres. La mise en image des corps, qui saisit du mouvement et dans ses courses, de la vie qui pulse, s’accorde à la musique, tonifiante.

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