Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/06/2003
Mots-clés : théorie du cinéma
 

Autonomie et no-budget, une démarche exemplaire

L'Atelier Jeunes Cinéastes, l'AJC en abrégé et au féminin, existe depuis 1977. A l'origine, elle produisait et coproduisait des courts-métrages en pellicule à des coûts de production très bas. Ses objectifs pouvaient se résumer comme suit : liberté de création, autonomie et implication des réalisateurs et des techniciens, défense d'un point de vue personnel, rencontres et synergie au sein de l'atelier. En 1998, un tournant s'opère dans la politique de l'AJC.
Plus radicale, elle décide de ne plus produire que des films en dv ou en dv cam sans aucun apports financiers extérieurs. Qualifiée de « no budget », elle parie sur le bénévolat des réalisateurs et des techniciens, mettant gratuitement à leur disposition, le matériel adéquat à la réalisation de leurs projets ainsi qu'une structure assurant leurs post productions et leurs éventuelles diffusions.
Depuis lors, totalement autonome, l'AJC a produit sans argent une quinzaine de films par an, visitant tous les domaines cinématographiques du documentaire à la fiction, du film d'artiste au cinéma militant sans oublier l'animation et la recherche expérimentale. Aventure unique dans le paysage si particulier de nos ateliers de production, l'AJC voit aujourd'hui ses films régulièrement sélectionnés par des festivals importants. Son travail est reconnu sur le plan national autant qu'international et elle amorce une nouvelle évolution qui pose les questions d'une ouverture du « no budget » vers un « low budget » pour certaines de ses productions. Nous avons rencontré Jean-Frédéric de Hasque et Valérie Berteau.

 Une histoire d'amour
de Lionel Mwe-di-deMalila

C : Mais pratiquement comment fonctionne l'AJC ? Si par exemple, j'ai un projet de film et que je suis totalement néophyte en matière de réalisation, est-ce que je peux venir vous le présenter ?
AJC : : Bien sûr. L'AJC est ouverte à toute personne qui veut faire du cinéma et qui est prête à réaliser un film de manière autonome sans chercher d'autres sources de financement, hors l'argent dont elle dispose elle-même.
Ainsi si votre projet répond à cette exigence et si notre comité de sélection l'accepte, vous disposerez de tout le matériel et de toute l'aide dont vous avez besoin pour le mener à bien. Et ce dans les meilleures conditions. Nous mettrons à votre disposition gratuitement et suivant votre demande, caméra, enregistreur, cassettes, banc de montage, mixage, etc, garantissant une finition professionnelle du projet. De même si vous le désirez nous vous mettrons en contact avec des techniciens qui, s'ils sont intéressés par votre projet, y participeront bénévolement tant sur le plan technique qu'artistique. Si vous faites un film à l'AJC, vous ne disposerez jamais via l'atelier d'une somme d'argent mais vous bénéficierez par contre du matériel pour de longues périodes et connaîtrez très peu de contraintes.
Nous n'avons ni critères de rentabilité, ni volonté de faire correspondre les films produits à des schémas d'exploitation ou autres. Autrement dit, l'AJC favorise la réalisation de films qui ne pourraient pas voir le jour dans des structures de production traditionnelles ou commerciales. Aussi beaucoup d'étudiants d'écoles de cinéma, réalisateurs ou techniciens, sont intéressés par notre démarche et par l'autonomie et l'expérience qu'elle propose.
C'est pourquoi ils sont prêts à travailler bénévolement sur nos projets. Mais d'autres personnes nous contactent également et qui viennent d'horizons aussi divers que les milieux artistique, journalistique, cinématographique ou militant.
Cela va de celles qui n'ont jamais fait de cinéma et veulent réaliser un film, comme dans votre exemple, à des créateurs qui inscrivent le cinéma dans un projet artistique plus vaste en passant par des réalisateurs et des techniciens chevronnés qui veulent s'essayer à autre chose et connaître une plus grande liberté d'expression.

 A picture de Jean Delafontaine

C : Pour en revenir à mon idée de film, comment cela se passe ?
AJC : C'est très simple, vous nous déposez par écrit votre projet, vous en détaillez l'intention, la manière dont vous voulez le faire, éventuellement vous précisez votre parcourt, ce que vous avez déjà fait. Si l'écriture de votre projet vous pose des problèmes, vous pouvez venir à l'atelier emprunter une caméra, faire quelques images et gratuitement monter une petite maquette sur un de nos bancs vhs.
Ou encore, vous pouvez rencontrer certains d'entre nous pour expliquer votre projet de vive voix. Nous sommes ouverts à toute proposition car nous ne voulons laisser passer aucun bon projet. Nous même, nous n'avons pas si facile quand il faut rédiger des dossiers, alors ... Il y a un comité de sélection où nous sommes sept à décider des projets. Pour ce qui est du contenu ou de l'esthétique d'un film, il n'y a aucune restriction et nous ne choisissons jamais les projets en fonction de leur potentiel commercial. Généralement quand l'un de nous est intéressé et se sent motivé pour accompagner un projet, ce projet est accepté. Ce comité de sélection se réunit toutes les six semaines. Il y a une date limite pour la remise des projets. On peut l'obtenir par téléphone au 02/534.45.23 et avoir via courrier ou émail, une petite notice explicative concernant les documents à fournir et le type d'aide que nous pouvons proposer.
Bientôt ces renseignements se trouveront sur notre cite http://www.ajcnet.be/. Et puis toute personne intéressée peut évidement passer ici, au 109, rue du Fort à 1060 pour rencontrer l'un d'entre nous. Et pour qui désire se faire une idée de ce que nous produisons, nous avons une petite vidéothèque où il peut visionner des films autant et aussi longtemps qu'il veut. Nous recevons beaucoup de projets et nous en examinons en moyenne une soixantaine par an. Il y a des projets qui dès le départ ne sont pas pris en compte parce qu'ils ne répondent pas aux critères de l'AJC. Ce sont souvent des projets trop coûteux, en contradiction avec notre option de « no budget » et l'engagement bénévole que nous demandons à tous ceux qui vont travailler sur un projet. Nous expliquons alors aux réalisateurs pourquoi nous ne pouvons pas les prendre et souvent avec eux, nous essayons de trouver une autre solution de production. Pour nous c'est clair, tout projet dont nous ne pouvons garantir la finition, nous sommes très francs dès le départ, nous ne le prenons pas.

 La vache et la voiture
de Sandrine Collard 

C : Donc si mon projet est accepté par l'AJC, je ne peux pas chercher d'autres coproductions?
A JC: Si votre projet est accepté, cela veut dire que vous pouvez le mener à bien dans le seul cadre de l'AJC, alors pourquoi chercher une coproduction ? D'expérience nous savons qu'une coproduction est difficile à mettre en place pour la simple raison qu'il est impossible de faire coexister travail bénévole et travail rétribué sur un même tournage.
 Une partie de l'équipe serait payée par la coproduction, celle de l'AJC, travaillerait gratuitement... Nous ne sommes ni des pourvoyeurs de main d'oeuvre gratuite, ni des prêteurs de matériel à bon marché. Par contre des collaborations et des coproductions sont possibles et ont lieu avec d'autres ateliers qui acceptent les conditions de travail de l'AJC. On peut parler aussi de coproduction dans le cas où des réalisateurs ayant reçu une bourse ou une aide à l'écriture complètent cet apport financier en utilisant notre matériel ou en faisant appel à un monteur ou un preneur de son dans le cadre de l'AJC.

 Blue mist de Stanislas Defize

C : Et mon film terminé, qu'en est il de sa diffusion, il passe à la télé ?
A JC: Ce serait possible mais il faut savoir qu'il y a très peu de possibilités de diffusion commerciale vu le type de films que nous soutenons. Notre but n'est pas de vendre un film à tout prix, aussi les propositions de passages tv ou en salle sont pour l'instant excessivement rares.
Nous voulons avant tout que les films soient vus par des publics variés et que les auteurs aient des retours et une forme de reconnaissance. Ainsi nous faisons un effort particulier en vue de les inscrire dans un grand nombre de festivals. Actuellement les résultats sont assez concluant et beaucoup de nos films se voient sélectionnés par des festivals importants. En général, hors festival, nous nous tournons vers des diffusions plus alternatives. Dans des maisons de quartiers, des centres d'art, des bibliothèques, des petits festivals itinérants, dans des musées aussi, en Belgique comme à l'étranger. Nous avons aussi ce projet de pouvoir montrer des films via le net. Nous avons déjà mis en ligne quelques films et nous espérons pouvoir développer ce type de diffusion dans le courant de cette année.
Et puis les initiatives personnelles des auteurs sont les bienvenues. Nous disposons de projecteurs vidéo et ce matériel est à leur disposition. Ils peuvent ainsi montrer leurs films quand et où ils veulent. De même, ils peuvent disposer de notre listing d'adresses et de notre secrétariat pour faire la promotion de leurs films : téléphone, fax, photocopie, etc. Nous voulons que les films une fois terminés connaissent la plus belle et la plus longue vie possible. Enfin tous les dix huit mois, nous organisons une rétrospective des productions de l'AJC.
Nous cherchons un lieu suffisamment grand pour accueillir trois espaces de projection et présentons une quinzaine de films trois fois sur la même journée. C'est souvent un premier contact avec un public et l'occasion pour les réalisateurs d'avoir des avis, des retours de la part de spectateurs. Pour nous, c'est aussi l'occasion de nous faire connaître et de favoriser de nouvelles rencontres avec des réalisateurs ou de futurs collaborateurs.

 Des heures sans sommeil de Ursula Meier

C: N'empêche, pas d'argent, ça limite pas mal les projets ?
A JC: Oui et nous nous sommes rendu compte depuis un an ou deux que si nous disposions pour certains projets de 1000 à 5000 euros, nous pourrions les accepter alors que pour l'instant nous sommes obligés de les refuser faute d'un minimum de liquidité. Et c'est vraiment dommage. De plus certains de ces projets de par leurs singularités risquent de ne jamais voir le jour ailleurs.
Voila pourquoi nous avons introduit une demande de nouvelles subventions. Faire du « low budget » dans certains cas très précis prolongerait ce que nous faisons déjà avec le « no budget » . C'est une évolution que nous voulons défendre et puis c'est aussi une façon de mettre l'autorité subsidiante face à ses responsabilités par rapport à notre manière de travailler.

 

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