Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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décembre 2009

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01/12/2009
 

Avec ma mère à la mer d’Alexis Van Stratum

La mère qu’on voit danser…
Petit film de moins d’une heure et demie, filmé avec trois francs six sous – c’est le pari des Cinéastes Associés dont voici la troisième production –, Avec ma mère à la mer semble la suite du précédent court métrage d’Alexis Van Stratum, qui cultive un certain goût pour le bleu (le ciel, la mer, l’horizon, l’air), omniprésent dans les deux films, et un autre pour les mères assassines, culpabilisantes et possessives dont il faudrait bien tordre le cou… omniprésentes etc.

Dans Classes vertes, avec douceur et légèreté, un petit garçon filait en douce faire l’école buissonnière après avoir engagé une dure lutte avec sa mère dépressive, culpabilisatrice et au bord du suicide, pour sauver sa peau, à lui. Quelques années plus tard, il aurait grandi, serait Clément, au bord d’une vie cette fois bien huilée : en couple, sa compagne espère un enfant et le travail de ses rêves les amène à Montréal habiter un pavillon coquet dont Carole rêve. Hum… Tout cela a l’air parfaitement réjouissant. Jusqu’à ce que sa mère tente de se suicider. Clément l’entraîne alors en convalescence à la mer, profiter du bleu lointain, histoire de la réconcilier avec elle-même et d’être un bon fils. Mais les choses s’avèrent plus difficiles que prévues. Peu à peu, reprenant du poil de la bête, Josiane retrouve la main mise sur la vie de son petit garçon, tandis que Clément tente de faire face, et, peu à peu, de se choisir contre les autres, tiraillé de plus en plus entre ce qu’il désire et ce qu’on désire de lui. Il n’a donc pas tout à fait perdu la bataille dont il faut taire l’issue, car cette dernière séquence, dénouant le lien trop tendu, est risquée, belle et réussie.
On retrouve, dans Avec ma mère à la mer, ce qui étonnait déjà dans Classes vertes, cette sorte d’attention posée, un regard clair ni grinçant ni avilissant, qui saisit dans les gestes, regards, silences ou mots en coin, toute cette toile amoureuse qui tisse autour de nous son emprise maligne et puissante. Mais cette tension calme et douce qui fonctionnait remarquablement sur un format plus court, se dissout ici dans la longueur et la redite - même si le principe narratif du film est de progresser par accumulation jusqu’à l’explosion. Dialogues par là un peu trop attendus, par ici surjoués, scènes un peu molles ou fades, et pas toujours très bien fagotées, empêchent le film de se tendre et l’ambiance étonnante, douce-amère, de jouer à plein. Mais il y a ce jeu d’équilibriste entre drame et comédie extrêmement difficile… Il y a le défi et le principe des films produits par Cinéastes associés, celui de faire des films à petits budgets tournés au lance-pierre… Et enfin, il y a, dans ce film, de vrais moments de surprises, de très belles scènes qui viennent, soudain, le faire basculer dans un ailleurs qu’on n’aurait pas soupçonné, notamment une envolée vers la comédie musicale, féérique et tendre, des numéros cocasses ou encore cette dernière scène, d’une très belle violence.

Premier long métrage d’un jeune réalisateur qui a déjà plusieurs courts à son actif, de nombreuses mises en scènes, des scénarios et une sérieuse expérience de comédien au théâtre, Avec ma mère à la mer frappe justement par la douce fantaisie qui l’anime et réussit à déjouer les pièges du drame psychologique larmoyant. Pour autant, il ne réussit pas à l’affirmer jusqu’au bout, cette fantaisie, à l’épanouir et à nous embarquer totalement… Et on le regrette, et se prend à rêver d’un film dont l’identité, ou l’ambiguïté, serait plus affirmée… Car trop de distance et de calme étouffent peut-être ce doux grain de folie qui gratte ici et là, séduit, et fait du bien.

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