Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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juillet-août 2007

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13/07/2007
Mots-clés : sortie en DVD
 

Avida de Kervern et Delépine

Il est des réalisateurs qui ne craignent pas d’embarrasser l’opinion publique. Pulvérisant les structures dramatiques élémentaires, créant des personnages aux motivations déconcertantes, abordant frontalement des thématiques le plus souvent absurdes, leurs films sont généralement accueillis soit comme de vrais petits bijoux, soit comme d’immondes ratages prétentieux, c’est selon. Mais au final, on salue souvent la prise de risque. Dans ce cercle de plus en plus restreint de créateurs-kamikazes, Gustave Kervern et Benoît Delépine ont fait leur entrée par la grande porte…

Déjà connus pour leurs frasques dans « 7 jours au Groland », J.T. satyrique diffusé sur Canal +, les deux compères décident de passer en 2004 au format long métrage. C’est ainsi que naît Aaltra, un road-movie en chaise roulante dont la féroce absurdité vaut aux réalisateurs un succès indiscutable. Ce film, hilarant et cruel, réalisé avec très peu de moyens, réunit pourtant un casting prestigieux : Benoît Poelvoorde, Noël Godin, Bouli Lanners et… Aki Kaurismäki, pour ne citer qu’eux.

Avec Avida, leur deuxième film, Delépine et de Kervern ne manquent pas de nous surprendre une fois de plus. Un sourd-muet, deux drogués à la kétamine dont l’un a la tête recouverte de papier collant, un matador suicidaire, une milliardaire obèse au bout du rouleau, un riche paranoïaque, un garde du corps foireux ou encore un zoophile débonnaire se retrouvent tous embarqués, de près ou de loin, dans une histoire d’enlèvement de chien pour le moins raté…

Mettant en scène le vide existentiel, l’errance dans un monde insaisissable et agressif, les deux auteurs développent, outre l’absurdité et la cruauté auxquelles ils nous avaient habitué dans Aaltra, un sens poétique insoupçonné, un surréalisme sincère et assumé. Petit plus qui permet aux auteurs de livrer un film certes rageur et empli d’une sourde souffrance, mais bien plus sensible, bien plus touchant que le précédent. Avida est une marmite sous pression que l’on s’attend à voir exploser d’une minute à l’autre, c’est un cri qui demeure désespérément étouffé, un coup de poing fulgurant qui cherche en vain une cible. C’est la volonté de survivre à une frustration latente. Les saynètes hétéroclites qui composent le film se trouvent ainsi justifiées soit par l’irrésistible drôlerie qu’elles inspirent, soit par le lyrisme qu’elles insufflent au récit.

Bien que conçu comme un hommage aux grands surréalistes, Avida ne peut pas pour autant être qualifié de pâle copie. Même s’il n’apporte pas grand-chose de neuf dans ce courant artistique, le film possède indéniablement sa personnalité propre, loin des faux-semblants que l’on peut redouter. Avida se regarde comme un tableau, se vit comme un voyage sur lequel soufflerait une brise lynchienne. Un voyage qui ressemble un peu à la vie ; insaisissable, angoissé et drôle, tout à la fois. Un voyage dans lequel on côtoie, une fois n’est pas coutume, Claude Chabrol, Albert Dupontel, Jean-Claude Carrière, Bouli Lanners ou encore Frenando Arrabal… Le casting n’est pas banal. Ces rencontres savoureuses occasionnent systématiquement des moments de cinéma particulièrement réjouissants tant chacune de ces Guest Stars manifeste un plaisir certain à faire partie de l’aventure.

Bref, Avida n’est pas un film confortable et rassurant. Au contraire, c’est un tourbillon de symboles au centre duquel l’ouverture d’esprit du spectateur, son investissement personnel joue un rôle clé. Rationalité et empressement ne sont donc pas conviés !

 

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