Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/06/1998
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Bal masqué de Julien Vrebos

Esthète casse-tête

Bal masqué de Julien Vrebos Le Bal masqué, premier long métrage du belge Julien Vrebos, s`inspire des affaires liées aux tueurs du Brabant et tente d'en donner une explication. Sujet difficile autant que périlleux. Vrebos a choisi de le traiter sur le mode de la politique-fiction plus que sur celui de la fiction documentaire.
Son scénario simple pour ne pas dire simpliste reprend l'hypothèse d'une extrême-droite occulte, pétrie d'aristocratie décadente et sexuellement malade, toute puissante et responsable de tous nos maux.
Face à elle quelques flics, gendarmes et juges tentent de percer à jour ses manigances, de dénoncer ses turpitudes et d'envoyer sous les verrous ses têtes d'élite argentées, sans grand succès cela va de soi.
Populaire et somme toute rodé par l'usage, ce combat stéréotypé entre les bonnes forces de l'ordre et les méchants champions d'un ordre nouveau mais qui a dix siècles d'expérience aurait pu nous donner un bon serial du samedi soir. Fantomas n'est pas loin, d'autant que se devine chez Vrebos un goût de la provoc et un vague parfum d'anarchie.
Malheureusement il n'en est rien. Vrebos ne veut pas distraire mais dénoncer, faire oeuvre de vérité. Son analyse politico-manichéiste se veut le nerf démonstratif de son film et il y soumet personnages et situations, leur retirant toute émotion et crédibilité.
Ces quelques critiques ne seraient rien encore si Vrebos n'avait emballé son film dans une mise en image, un point de vue diront certains, qui frise l'insupportable. En effet, les deux tiers du film sont tournés en gros plan, souvent en caméra portée, celle-ci ne saisissant alors qu'un fragment d'une situation, une portion de corps, une bribe de parole comme autant d'éléments d'un gigantesque puzzle dont Vrebos détient sans la livrer l'image finale.
Théoriquement, l'intention sonne assez juste mais dans la pratique, le spectateur va de confusion en maux de tête. Et s'il lui est difficile d'être insensible au caractère étouffant et malsain du sujet, il lui est tout aussi difficile d'échapper aux questions que le film impose : à qui cet oeil, à qui cette main, d'où vient ce revolver, qui tient cette tasse de café ?
Le scénario linéaire du Bal masqué ne demandait pas tant d'effets d'écriture, le spectaculaire "cinéma d'auteur" lui va mal et ce qui aurait pu être un divertissement rocambolesque aux héros faits de chair et de sang devient un fatigant exercice de style qui nous laisse insatisfaits quand ce n'est pas indifférents.

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