Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
09/02/2010
 

Bancs publics de Bruno Podalydès

Drôle et mélancolique, plus que drôle tout court, Bancs publics (basé sur la chanson de Brassens, Les amoureux des bancs publics), avec son humour genre marabout-bout-de-ficelle, est un film qui ne cesse de surprendre. Son tempo impeccable vous empêchera d'aller faire pipi pendant la vision en DVD.

Bancs Publics

Versailles rive gauche, de Bruno Podalydès, date de 1992. Quarante-cinq minutes époustouflantes par un fan de la ligne claire d'Hergé et de l'humour à la Tati qui, obtenant le César 1993 du meilleur court métrage, sortit son moyen métrage en salles à Paris, à Bruxelles et Liège (à l'initiative des Grignoux). Six ans plus tard, Dieu seul me voit nous offre 120 minutes d'un Denis Podalydès qui nous entraîne dans la gigantesque fantaisie sentimentale d'Albert Jeanjean, une sorte de Tintin très affectif, preneur de son muni de sa perche réelle et symbolique (il existe une version intégrale, intitulée Versailles-Chantiers de 6x60 minutes).

Avec Bancs publics, 17 ans après, Bruno Podalydès achève sa trilogie versaillaise en 114 minutes. On démarre avec Lucie, une belle brune, dans un RER qui l'emmène de Paris à Versailles vers son boulot. Lucie lit un livre (Le journal de Sally Mara de Raymond Queneau ?) et transporte, dans son sac, ses poissons rouges.

Lucie et ses collègues, employées de bureau, découvrent, stupéfaites, dans l'immeuble qui leur fait face, une banderole noire, suspendue à une fenêtre, portant cette inscription « HOMME SEUL ». La chasse démarre : coup de sang, coup de cœur, coup de fils. Un homme seul ? Waaaoooouuh. Où ça ? Qui donc est cette denrée rare qui risque de se jeter par la fenêtre (les dépressifs étant, quant à eux, moins rares qu'on ne le croit) ?

Pique-niquant, le midi, au Square des Francine, les salariées recherchent le solitaire parmi les amoureux de bancs publics. Les mères soupirent entre elles, les enfants jouent aux adultes, les dragueurs taquinent les filles, les gens de tous âges, les glandeurs, les pensionnés, les joueurs de backgammon (Claude Rich et Michel Aumont, prisonniers de la coloscopie des 50-60 ans), tous tournent autour d'un joyeux jet d'eau vers lequel les petits bateaux s'avancent avant de sombrer et de se redresser.

La ronde se poursuit au magasin Brico-dream (le "e" étant tombé, cela devient le bien nommé brico-dram) parmi les vendeurs et leurs clients. Avec Aimé (qui ne porte pas son prénom par hasard) et un Olivier Gourmet sommé par son patron (rôle joué par Bruno Podalydès) de danser avec le charisme de Maurice Béjart pour convaincre ses clients d'acheter les produits du Brico. Mais où est donc le solitaire ? Difficile avec autant de monde. Le réalisateur multiplie les personnages interprétés par des acteurs impeccables (Olivier Gourmet, Hyppolite Girardot, Matthieu Amalric, Michael Lonsdale, Josiane Balasko, Benoît Poelvoorde, Catherine Deneuve, Pascal Legitimus, Micheline Dax, Julie Depardieu, Pierre Arditi, Thierry Lhermite, Amira Casar, Chiara Mastroianni, etc.)

Edifié en sketches, autour de personnages affairés dans un quotidien imprévisible dominé par la glorification du travail, la guerre économique ou la vente à tout prix à flux tendu, Bancs publics est un film époustouflant. Nous avons très vite revu la superbe longue séquence du Brico-dr(e)am.

Une description amusée et plein d'ironie de la culture de la ratio économique, de la croissance reine (de tout, sauf d'une meilleure vie).

Par moments, Bancs publics est proche de La vie mode d'emploi, les six cents pages du roman de Georges Perec (un puzzle qui retrace la comédie humaine des habitants d'un grand immeuble du 17ème arrondissement de Paris).

Souhaitons que Versailles devienne une tétralogie avec un quatrième épisode : Versailles - Rive jeune ?

Des boni plein d'intérêts sur des scènes coupées et tournées du film lors du festival de Rome.

Bancs publics de Bruno Podalydès, édité par Image et diffusé par Mélimédias.

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