Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Bandes(s) à part, 25ème édition du Festival de Bobigny

Le Festival Bandes(s) à part (la 25e édition) se passe à Bobigny, à l'est du grand Paris, du 1er au 13 avril 2014. On pourra y voir toute l'œuvre de Chantal Akerman, des films belges autour d'elle et d'autres encore qui utilisent les nouveaux supports pour créer d'autres liens, une sélection qui offre un panorama de films réalisés dans le monde entier.
À examiner le programme du Festival, on se demande si la survie du cinéma dit « d'art et d'essai » n'est pas surtout une question de programmation intelligente qui varie les angles possibles et rend accessible différents points de vue contrairement au ronron du mass marketing qui formate sans cesse la même thématique ou le tout accessible qui risque de nous envoyer dans un burn out (épuisement) permanent.

Questions via Internet à Dominique Bax, directrice de Magic cinéma et du Festival de Bobigny.

Cinergie : Pour son 25e anniversaire le Festival Théâtres au cinéma de Bobigny renaît sous le titre de Festival Bande(s) à part, un festival frondeur. Pourquoi ce désir, on imagine que ce n'est pas pour succomber à « l'innovant », particulièrement à la mode actuellement ?

Dominique Bax : Créé en 1987, sous l’intitulé “Théâtres au cinéma“, le festival a été riche en découvertes, rencontres et autres émotions… De nombreux réalisateurs proches du théâtre furent invités : Peter Brook, Manoël de Oliveira, Théo Angelopoulos, Raoul Ruiz, Marco Bellocchio et bien d’autres. Mais au fil des ans, le lien avec le théâtre s’est distendu. C’est pourquoi, en 2014, nous poursuivons notre route, tout en nous autorisant de nouvelles aventures sans pour autant renier notre passé aussi florissant que diversifié. C’est donc la naissance de Bande(s) à part“, un festival frondeur !, qui permettra de faire découvrir des œuvres qui ne trouvent pas souvent leur place sur grand écran.

C. : Toute l'œuvre de Chantal Akerman ! Ce n'est pas rien d'arriver à rassembler des films aussi disparates, de la pellicule à la vidéo en passant par le numérique, diffusés dans les salles de cinéma mais aussi dans les installations de galerie d'art. Comment arrive-t-on à rassembler tout ça ? Faut-il être archiviste ?
Akerman Bobigny
D.B. : Nous avons bien sûr l’expérience des 24 festivals précédents et les contacts nécessaires, tant auprès des producteurs, des distributeurs que des différentes cinémathèques. Nous menons alors un véritable jeu de pistes pour chercher chaque film car les droits des films passent souvent de main en main sans parler des copies qui s’usent au fil de projections ou tout simplement disparaissent quand la société de production elle aussi a disparu. C’est un travail passionnant, et nous sommes souvent amenés à donner des infos à d’autres festivals.

C. : Nous avons le souvenir de quelques livres-albums impressionnants sur des réalisateurs comme Théo Angelopoulos ou Philippe Garrel. Ce souci de points de vue sur l'ensemble d'une œuvre n'est pas destiné aux seules bibliothèques mais à une transmission pour le public des bibliothèques qui continue à exister et ne baisse pas - contrairement aux librairies surtout celles qui diffusent des journaux quotidiens. Une autre angle de transmission que celui de l'écran ?
Dominique Bax et Alain TannerD.B. : Un festival est éphémère, mais un livre reste, on peut le consulter, s’y référer. Dès le premier festival, j’ai voulu éditer un livre sur le réalisateur à l’honneur. Pour que les spectateurs puissent y trouver des informations complémentaires et poursuivre la découverte d’une œuvre. Chaque livre contient des textes inédits et des critiques qui accompagnent l’accueil du film au moment de sa sortie. Tous nos livres sont vendus en librairie, aux bibliothèques, aux universités et bien sûr, aux cinéphiles. C’est une grande fierté pour nous. Mais aussi quel plaisir de composer chaque livre qui demande plus de dix mois de travail.

C. : Outre Chantal Akerman qu'on verra présenter ses films le 5 avril, comme invitée d'honneur, le public pourra rencontrer certaines actrices comme Myriam Boyer ou Fanny Cottençon. Il y a aussi un focus belge, des découvertes françaises et un hors champ international. Le public est-il de plus en plus réceptif à l'idée de rencontrer les acteurs d'un film (réalisateurs, comédiens, techniciens) et de débattre avec eux ?
D.B. : C’est l’essence même de notre travail, faire se rencontrer les créateurs, qu’ils soient cinéastes, comédiens, techniciens, et le public. Ces échanges sont toujours très riches et très conviviaux. La leçon de cinéma à deux voix avec Chantal Akerman et sa monteuse Claire Atherton va être passionnante, j’en suis sûre.

C. : Vous avez programmé, parmi des films belges, un des derniers films de Maxime Coton. Comment s'opère votre sélection, le choix parmi un champ de films de plus en plus large ne pose-t-il pas des problèmes ? Le bouche à oreille des artisans de la « critique » a-t-il encore de l'importance à l'heure d'Internet ?

D.B. : Nous avons vu beaucoup de films, et particulièrement de films belges. Il faut noter à cet égard que la Belgique a une belle production tant au niveau de la quantité que de la qualité. Pour notre nouvelle section “Nouvelles écritures cinématographiques“, nous avons choisi des films qui ont une écriture nouvelle, des narrations moins linéaires ou des formes plus poétiques. « Enfants des pierres » de Maxime Coton correspond tout à fait aux films que nous voulons faire découvrir à nos spectateurs. Nous allons présenter des films de jeunes artistes talentueux : Sarah Vanagt, Emmanuelle Marre,Vincent Meessen ou Antonin De Bemels. Nous sommes très contents de ce programme.

C. : Il n'y a pas que les jeunes cinéastes que vous voulez faire connaître, vous voulez former le jeune public en leur proposant d'utiliser les nouvelles technologies, via des ateliers pratiques. Une pratique que recommandait déjà Henri Storck. Comment cela marche-t-il en France et à Bobigny, en particulier ?
Chantel Akerman, réalisatriceD.B. : Nous avons toujours eu une politique de découvertes du cinéma pour le jeune public. En France, il y a plusieurs dispositifs d’éducation à l’image, initiés par le Centre du cinéma ou diverses autres collectivités. Nous y participons activement toute l’année. Nous organisons régulièrement des Ciné-goûter pour les enfants ou des Ciné-philo. Pour ce festival, nous avons particulièrement travaillé sur des ateliers de pratique artistique pour accompagner les projections. C’est une manière, pour le jeune public, d’appréhender concrètement le cinéma.

« Au-delà de l’expérimental, il n’y a pas seulement l’avenir, il y a l’essentiel », a dit Chantal Akerman. J’espère que dans notre festival “Bande(s) à part 2014“, il y a l’essentiel.

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