Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Barbara de Christian Petzold

Une femme blonde, de dos, en gilet bleu marine, face à la mer. Probablement les bras croisés à cause du froid, le regard fixé vers l’horizon, les mèches rebelles à cause du vent. Cette femme énigmatique, cette silhouette sans visage, est Barbara, l’héroïne du film de Christian Petzold, représentée ainsi sur l’affiche et la jaquette du film édité à présent en DVD. 

jaquette dvd Barbara de Christian PetzoldOurs d’Argent au Festival de Berlin l’an passé, Barbara narre, en 1h40, l’histoire d’une femme médecin (Dr Wolff, chirurgien-pédiatre) qui atterrit dans un hôpital de province, en RDA au début des années 80, après avoir été soupçonnée de vouloir s’évader à l’Ouest. En arrivant dans son nouveau lieu de travail, Barbara se sait surveillée et reste à l’écart du groupe, à distance de ses collègues, et notamment d’André, le médecin-chef de l’hôpital, vraisemblablement au courant de ses faits et gestes passés. Froide, méfiante, constamment sur ses gardes, Barbara planifie pourtant minutieusement son évasion pour rejoindre son amant, Jörg, à l’Ouest. Le jour où Stella, une jeune fugueuse d’un camp de travail, débarque à l'hôpital, Barbara sort enfin de son impassibilité et se prend d’affection pour la jeune fille. En même temps, elle s’interroge de plus en plus sur André, son supérieur, sans deviner ses intentions réelles (l’espionne-t-il ou l’aime-t-il ?) Bien rapidement, Barbara est confrontée à un dilemme : doit-elle retrouver Jörg et une vie plus libre ou considérer autrement André, malgré la surveillance policière qui l’accable ?

Une femme blonde, de dos, en gilet bleu marine, face à la mer. Lorsque l’arrêt sur image s’interrompt et que la femme se retourne, la comédienne, Nina Hoss, nous fait face. Yeux sombres, sourire figé, raideur de mise, elle porte le masque de Barbara, une femme de prime abord sèche, dure, sur ses gardes (la Stasi est passée par là).

Avec brio, elle joue la prudence, la méfiance, le mensonge car son personnage se protège des autres et de soi-même, en laissant sur le bas côté tout sentiment parasite afin d’avoir le courage de s’enfuir. Le jeu de Nina Hoss s’ouvre pourtant progressivement à l’humanité, au sentiment et au doute. Le double, Barbara, s’attache à ses patients, à son métier, à son supérieur (le très charmant Ronald Zehrfeld), esquisse un sourire, lâche un mot de trop, entrouvre une porte, la referme…

Le film de Christian Petzold offre plusieurs petits miracles : un portrait de femme fragile et forte à la fois, un film sur le choix, le sacrifice et l’abandon, une fiction originale sur une époque politique trouble, liant grande et petite histoire, système et intériorité, un sens du cadre très puissant, une place importante accordée au son (entendez donc le bruit des vagues et le soufflé du vent dans les cheveux), et un plan de fin, tout en silences et en regards, absolument formidable.

Vrai film d’auteur, Barbara mérite d’être vu, revu et transmis de cinéphile en cinéphile. Le film parle de lui-même, à la différence des maigres bonus qui l’accompagnent : quatre bandes annonces et un entretien de Christian Petzold de moins de 5 minutes, entrecoupé d’extraits du film, qu’on aurait souhaité nettement plus long.

Barbara de Christian Petzold : édition A Film

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