Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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novembre 2006
10/11/2006
 

Batalla en el cielo de Carlos Reygadas

Extrait de Batalla en el cielo de Carlos Reygadas

Batalla en el cielo de Carlos Reygadas a suscité maintes polémiques lors de sa sortie en salles. Surtout à propos de la scène inaugurale et finale du film (la fellation) qui semble masquer le propos d’un film basé sur les rituels. A la fellation (sexualité) succède l’érection du drapeau mexicain sur la place Zocalo à Mexico (armée) à laquelle s’ajoute la procession vers la basilique de la Guadalupe (religion). Il y a dans Batalla en el cielo une hantise et une fascination pour la mort diffuse qui se manifeste dans la pesanteur des corps que la caméra enregistre en de longs plans séquences. Ceux de Marcos et de sa femme, indios, sont dans l’épaisseur, le côté péquenot, dans le hors champ, des acteurs de cinéma hollywoodien ou des people au look starifié des magazines. Marcos est amoureux fou d’Ana, la fille de son patron, un officier supérieur qui représente les privilégiés d’un régime dont la corruption est l’un des moteurs politique du pays. Marcos a kidnappé un enfant qui va mourir au grand désespoir de sa femme qui voit-là une source de revenu disparaître. Ana tient un bordel clandestin (clin d’œil à Belle de jour de Luis Buñuel ?) et offre des jeunes filles à son amant Marcos qui ne désire qu’elle et les refuse. Batalla en el cielo peut donc se concevoir comme une histoire d’amour fou, de désir qui, à force de frôler la mort, la rencontre (je t’aime, je te tue). Sur le coup, Marcos entame une sorte de chemin de croix à genoux dans une procession où il se fond dans la collectivité pour mourir à son tour. La grande réussite du film est d’avoir utilisé comme ressort l’innocence de cet amour fou au milieu des turpitudes individuelles et des pesanteurs institutionnelles. Carlos Reygadas a un regard dépourvu de cynisme et démontre un sens du cadre ainsi qu’une écriture au montage qui donnent au film ce tempo singulier, d’un temps plombé par la mort. On n’est pas prêt d’oublier un superbe panoramique à 360° dans lequel la caméra sur les corps d’Ana et Marcos passe par le fenêtre, nous montre Mexico et revient sur les corps des amants. Petite private joke, on découvre Diego Martinez-Vigatti, le Chef. Op. du film en star du football argentin sur un écran télé. Salut Diego, on ignorait que tu aimais le foot ! Bon vent pour La Marea dont on attend la sortie. Seul regret, l’absence de bonus. On s’attendait à voir et entendre les propos de Carlos Reygadas et Diego Martinez-Vignatti.
Batalla en el cielo, de Carlos Reygadas, edité par Lumière, diffusion Twin Pics.

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