Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/12/2000
Mots-clés : tournage, rencontre,
 

Béatriz Flores Silva

Elle déboule, comme un ouragan (de ceux aux noms poétiques qui font le trajet entre Cuba et la Floride), de la salle de montage Avid de Five (le studio où elle termine le montage de En la Puta vida) au palier du troisième étage où transite à bout de souffle votre serviteur qu'elle emmène, tambour battant, sur une terrasse couverte. Nous la shootons au Rolleiflex 6X6. Elle s'en amuse, l'œil gourmand, la myopie (elle a ôté ses lunettes rondes) soulignée d'un eye liner léger. Elle ne quitte pas le Planar Zeiss des yeux, le sourire éclatant sur des lèvres carmin, des cheveux bouclés auburn lui frôlant les épaules.
Elle a le charisme teinté d'extravagance des personnages de Mujeres al borde de un ataque de nervios. Pepa ? Lucia, Candela ? Marisa ? Cristina ? Ne lui dites surtout pas. Elle préfère vous parler de Bergman ou de Bunuel Du coup vous lui parlez de Marisa Parades et d'Arturo Ripstein, le roi du mélodrame baroque bordello mexicain. Ses yeux pétillent. Elle vous dit que c'est un ami, sans plus. Est-ce que le cinéma de Ripstein fait la part belle aux femmes, à leur résistance à la cruauté des hommes ? Motus et bouche cousue. Béatriz Flores Silva est insaisissable. Sud-américaine et Belge, elle a un pied dans chaque continent. Lorsque vous lui donnez la parole, elle a un débit et un tempo tourbillonnant comme un tango de Carlos Gardel.
Petite fille, elle s'intéressa au cinéma sans oser rêver d'en faire. Bien qu'il y a une bonne cinémathèque à Montevideo, il n'y a pas d'industrie cinématographique en Uruguay ni même d'artisanat cinématographique comme en Belgique et donc pas d'école de cinéma (à quoi bon, répètent à la cantonade les politiciens, puisque le cinéma américain existe !).
"Jules et Jim de Truffaut est l'un de mes films préférés. Mais ce n'est pas la raison pour laquelle je fais du cinéma. C'est davantage par goût de la communication que par cinéphilie. Je me suis mariée avec un Belge en 1980 et en arrivant en Europe, deux ans plus tard, j'ai appris qu'il y avait une école de cinéma. Le fait que je sois femme et d'origine sud-américaine, la voix glisse d'un degré d'octave sur l'échelle diatonique, le débit s'accélère, fait que j'ai vécu toute mon enfance, dans un univers baroque, bien que j'aie retrouvé en Belgique un peu de cet humour de l'auto-dérision que l'on trouve aussi à Montévidéo".
Elle s'inscrit à l'IAD et tombe sur une année exceptionnelle qui lui permet de rencontrer la bande des sept (Philippe Blasband, Frédéric Fonteyne, Yvan Le Moine, Geneviève Mersch, Pierre-Paul Renders, Pascal Zebus) avec qui elle réalisera Les sept péchés capitaux. L'important est d'avoir pu faire le film ensemble. On était très proches. On discutait beaucoup du scénario de chacun, on était très critique les uns par rapport aux autres, on se retrouvait toujours ensemble, souvent très tard dans les salles de montage pour améliorer le film. J'ai beaucoup appris. Mes enfants étaient très petits lorsque j'ai commencé l'IAD où j'ai d'ailleurs été la première étudiante qui ait terminé l'école en ayant eu des enfants (un et trois ans). Pince-sans-rire, elle relève une mèche de ses cheveux bruns bouclés, hoche la tête. On a eu des regrets de ne pas continuer ensemble notre route mais, actuellement, on est arrivé à un stade où chacun doit se singulariser. Ce qu'elle fait en restant en contact avec Janos Kovacs qui scénarise l'Histoire presque vraie de Pepita la pistolera, un film de 60' qu'elle réalise en vidéo et qui lui vaut plusieurs prix internationaux, notamment au festival de Chicago. Infatigable, Béatriz Flores met sur pied une école de cinéma à Montevidéo, participe à diverses enquêtes sur la condition de la femme en Amérique latine. Ce qui lui donne l'idée de réaliser En la puta vida. L'histoire d'une femme qui voyage entre deux continents et deux mondes, de Montevidéo à Barcelone, pour s'adonner à la prostitution et tombe dans un réseau de trafic de femmes.

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