Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/09/2002
Mots-clés : comédien,
 

Benoît Verhaert, comédien

« Quand j'étais enfant, nos parents nous emmenaient au cinéma une fois par an, pendant les vacances de Pâques, voir le dernier Walt Disney généralement. Ce jour-là, c'était la fête. » Hormis les productions de l'oncle Disney, Benoît n'est pas vraiment branché sur le spectacle qu'offrent la télé, le cinéma ou le théâtre. Son métier d'acteur n'est pas le résultat d'une vocation d'enfance.

benoit verhaert« C'est le fruit d'une longue errance... J'ai décidé ça vers vingt-quatre ans. Tout d'un coup, j'ai basculé dans le théâtre.
« Durant l'adolescence, je ne savais pas ce que je voulais faire. C'étaient de sales années. J'ai fait mon secondaire sans problème. Je suis sorti à dix-huit ans, l'âge où il faut faire des choix qui ont l'air déterminant pour le reste de sa vie. Ce n'est qu'après qu'on se rend compte qu'on peut changer... Je n'étais pas un mauvais élève mais je n'avais pas de préférence, donc pas de choix précis pour les études supérieures. J'ai un peu touché à tout sans jamais rien terminer : aux maths, aux sciences économiques, à la sociologie. »
Sur un coup de tête, il décide de s'inscrire à l'IAD, en réalisation cinéma. Et, surprise, il se sent concerné au point d'en être passionné. Il faut ajouter qu'il y rencontre un groupe de jeunes gens qui n'ont pas fini de faire parler d'eux : Philippe Blasband, Frédéric Fonteyne, Pierre-Paul Renders, Geneviève Mersch, Yvan Le Moine !
« Plein de gens que j'ai dû quitter car j'ai été jeté de l'école. Je n'ai pas été repris pour commencer la deuxième année. » Par hasard, il se lance dans le théâtre amateur. « J'aimais bien l'ambiance d'équipe qui y régnait. J'ai continué et j'ai appris à vraiment aimer le théâtre. Je suis entré au conservatoire à vingt-huit ans et j'ai basculé dans le monde professionnel. Depuis ma sortie, j'ai toujours joué. Philippe Blasband et toute cette petite équipe qui avaient continué dans le cinéma, sont venus me voir jouer. Lorsqu'ils ont eu des projets de cinéma, ils sont venus me chercher. Avec Blasband, on a commencé par faire une pièce de théâtre : Une aventure de Simon Rapoport, guerrier de l'espace. Un texte écrit par Philippe. »
Dans Thomas est amoureux de Pierre-Paul Renders, c'est une sorte de défi qu'il accomplit. On ne le voit pas à l'écran, on n'entend que sa voix. « C'était dur de ne faire que la voix mais ce n'était pas frustrant, car la règle du jeu était annoncée dès le début. Cette expérience m'attirait car ce n'est pas courant. Mon travail ne consiste pas seulement à montrer ma tête, mais à incarner un personnage. L'expérience a été dure, pas facile à faire. J'étais tout de même sur le plateau, donc je jouais avec mes partenaires. Mais je pensais, un peu naïvement, que ce serait plus facile, que je n'avais qu'à dire mon texte de la manière la plus naturelle possible. Et en fait pas du tout... Car comme on ne voyait pas mon visage, on s'est vite rendu compte que l'interprétation était monolithique. Lorsqu'on joue avec le visage et la voix, l'un complète l'autre. Mais lorsqu'il n'y a que la voix, il faut mettre toutes les couches en même temps par un seul canal : la voix. On a dû beaucoup recorriger.
benoit verhaert« Ensuite, Philippe Blasband est revenu me chercher pour Un honnête commerçant, son premier film. C'était plus simple à faire que Thomas. L'ambiguïté est dans les scènes et dans le montage. Car on voit des scènes dures et d'autres où le personnage est sympathique. Ce qui est intéressant, c'est qu'il y a une très longue évolution, on raconte toute son histoire. Il y a des flash-back : on voit le personnage à un certain âge, puis on voit toute son histoire. Comme Philippe a tourné le film dans l'ordre chronologique, J'ai pu construire le personnage de Verkamen pas à pas. Le Verkamen vraiment ambigu est celui de la fin (même si on le voit au début du film !). Sinon il se construit au fil de sa vie. Il est fragile et sombre. Contrairement à Chevalier que joue Philippe Noiret. »
Lorsqu'on lui demande ses références cinématographiques, il avoue qu'un de ses souvenirs d'adolescent est le Lauréat, avec Dustin Hoffman. « Apocalypse Now aussi. Maintenant je suis assez fasciné par les films de David Lynch. Dans un tout autre genre, j'adore les films de Chabrol. Un peu de tout donc. Au théâtre, je suis fasciné par Laurent Terzieff C'est quelqu'un qui choisit ses rôles avec la plus grande rigueur. Sans doute est-ce la raison pour laquelle il a fait peu de cinéma.
« Je ne connais pas encore le monde du cinéma en Belgique. Ça n'a rien à voir, j'imagine, avec l'industrie qui existe en France où y a des acteurs fantastiques ayant des carrières modèles, comme Isabelle Huppert par exemple. Il y a une réflexion et donc un choix dans ce qu'elle fait. C'est un métier où il faut vouloir s'investir, pas seulement pour de l'argent. Je déteste beaucoup de collègues qui n'ont pas cette rigueur. C'est facile évidemment d'avoir cette théorie de vie lorsqu'il n'y a pas beaucoup de tentation. Mais j'espère que j'arriverai à lui rester fidèle.
« Je n'ai pas de projet de cinéma. Pour le moment, mon quotidien est au théâtre. Avec Philippe Blasband, on a le projet de monter un Macbeth avec Aylin Yay, où deux comédiens joueront tous les personnages. Je ne sais pas encore comment l'on fera, Philippe a cela dans la tête. C'est pour novembre, au Nouveau théâtre du Méridien à Boisfort. »

 

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