Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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mai 2011
16/05/2011
 

Benvenuta d'André Delvaux

Publié anonymement en 1960, puis réédité en 1980 à Bruxelles, La confession anonyme de Suzanne Lilar ravive la tradition du roman courtois. Séduit par l'ouvrage, André Delvaux, en 1983, transforme le livre en film et cette confession connaît la célébrité sous le nom enigmatique de Benvenuta
Elle est pianiste, jeune et belle, il est magistrat, un brin Don Juan sur le retour... entre eux, va naître une impossible passion que tous les obstacles et les difficultés vont ranimer sans cesse.
La CINEMATEK édite une très belle version DVD de ce film devenu, aujourd'hui, un classique.

benvenutaIl faut bien l'avouer, lorsqu'on a dans les mains la jaquette douce et glacée sur laquelle le visage de Fanny Ardant apparaît de moitié, sur le côté gauche, lorsqu'on lit ce titre, Benvenuta et, sous le titre, le nom d'André Delvaux, on est pris bien malgré soi d'une émotion teintée de déférence.... La timidité submerge alors et les doutes taraudent : « Et si je n'aimais pas ? Si, après quelques minutes, me prenait subitement l'envie de le remettre dans sa jolie pochette et de le classer à jamais par ordre alphabétique dans la bibliothèque sans aller plus avant ? »

Mais...

Dans une chambre d'hôtel, à Milan, Benvenuta (Fanny Ardant) ôte son manteau, jette ses boucles d'oreilles sur le sofa et retire ses gants noirs en fixant, droit dans les yeux, Livio (Vittorio Gassman). Lorsqu'il se jette sur elle, un cri de stupeur la saisit... Nous aussi. Trop tard, nous voici emportés dans les amours tumultueuses et mystiques de ce couple impossible. Le réalisateur l'avoue lui-même : " Plus que le thème de l'amour ritualisé coulé dans d'admirables descriptions, c'est la chambre rouge d'un hôtel milanais où se déroule la liturgie du sexe qui m'a convaincu de faire Benvenuta. Cette extraordinaire métaphore de l'amour vécu comme pénétration physique autant que rituel et religieux (...chapelles liturgiques tendues de rouge, dédales de couloirs sombres et veloutés, étrangement creuses, grotte ou coquille, impression de m'y enfoncer....), je me souviens de l'avoir lue vers minuit. À l’aube, je savais que je ferais le film."

Pour le tourner, il lui faut d'abord trouver LE couple... Ce sera Fanny Ardant et Vittorio Gassman qui incarneront les figures de cette passion destructrice. Ces deux-là, ça devait être écrit quelque part, étaient faits pour se rencontrer, faits pour incarner un couple d'une évidence fulgurante. Pas étonnant donc qu'après cette première collaboration chez Delvaux, Fanny et Vittorio se soient retrouvés, la même année, devant la caméra d'Alain Resnais pour La vie est un roman, puis, quatre ans plus tard, devant celle d'Ettore Scola pour La famille, une autre histoire d'amour impossible. Delvaux les met donc en scène dans leur première rencontre cinématographique, une rencontre violente, faite d'absence, entre passion et expiation.

Il construit son film sur un jeu de miroir. D’un côté, à Gand, Jeanne, une romancière, (Françoise Fabian, magnifique et mystérieuse) confie à un jeune scénariste les bribes d’une histoire d’amour dont on ne saura jamais si elle est autobiographique ou non. De ce récit en surgit un deuxième, l’amour coupable unissant Benvenuta et Livio entre Milan, le Lac Majeur et la Villa des Mystères à Pompeï (clin d’œil évident à Voyage en Italie de Rossellini) et bien évidemment, Gand. Jeanne a t-elle été cette Benvenuta qui surgit du passé ? Benvenuta est-elle une projection de l’imaginaire de la romancière ou de sa mémoire ? Par un montage en contrepoint, Delvaux suggère l’imbrication des événements vécus à la fois par Jeanne et par Benvenuta. Jamais rien pourtant ne vient alimenter les certitudes : chaque plan, passé comme présent, est au contraire traité sur le même degré de réalité.
Ceux qui acceptent, à l'écran, la construction littéraire, diront de Benvenuta que ce n'est pas simplement un bon, mais un grand film..., les autres n'y verront qu'un morceau de beauté ostentatoire un peu figé et peut-être même, trop intelligent.

Bonus

André Delvaux au travail, un documentaire de 11 minutes réalisé par Thierry Bonnaffé.

Dans les tout premiers jours de tournage, Thierry Bonnaffé plante sa caméra dans les rues de Gand. Il interviewe, comme il se doit, les trois acteurs principaux qui ne tarissent pas d'éloges sur le réalisateur belge qui en est, ici, à son sixième long métrage. L’auteur de L’homme au crâne rasé et de Rendez-vous à Bray apparaît à la fois discret et volontariste. L'ambiance, elle, est à la concentration et au sérieux.

À l'intérieur

La jaquette se déplie et dévoile, en trois langues, un texte sur l'adaptation du roman, quelques repères chronologiques, une filmographie complète et des extraits critiques.

À noter

Cette très belle édition DVD restitue à la perfection le raffinement des images et la musique de Frederic Devreese y trouve toute sa place. L'éclat des couleurs est au rendez-vous, la définition parfaite pour rendre la splendeur visuelle qui est au cœur de ce projet.
Grâce au soutien du Fond Triodos, la CINEMATEK a entrepris de numériser et publier en DVD les longs métrages d'André Delvaux, sur une période de deux ans. Pour cette édition de Benvenuta, le négatif et la bande sonore originale ont été scannés en haute résolution, nettoyés et étalonnés sous la supervision du chef photo de l'époque, Charlie Van Damme.

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