Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/01/2002
 

Bernard Garant

Bernard Garant
Le fou-rire de Chrysippe de Tarse, le souffle bloqué de Zénon à Cittium, l'insolation mortelle d'Ariston le péripatéticien, l'Hermès d'Herillus de Carthage, les gencives enflées de Cléanthe qui meurt de faim à la fin, le savoir-vivre de Marc-Aurèle, les travaux manuels d'Epictète esclave d'Hépaphrodite, la pèche en cire de Sphèrus du Bosphore. Soyez stoïques (le zen occidental). Damned ! By Jove ! Incredible (prononcez incredibeul), les stoïciens étaient de sacrés zigomars, pas des intellectuels tristes et raides comme un passe-lacet ! Où veut-on en venir ? À ceci. En cette matinée froide de décembre, nous avons en face de nous Bernard Garant, un mètre quatre-vingt, mince, les yeux bleu marine, la peau claire. Il a opté pour un jersey vert militaire et une allure générale de stoïcien cool. On est au XXIe siècle, que diable. On peut être universitaire (jouer au sujet-supposé-savoir) et artiste saltimbanque du cinéma. La preuve.

Le livre de la Jungle de Walt Disney est mon souvenir le plus ancien de cinéma, nous confie-t-il. Je devais avoir six ou sept ans à l'époque. J'étais en compagnie de mes parents, dans une salle qui ne doit certainement plus exister maintenant, près de la place Saint-Lambert à Liège. Mes parents allaient beaucoup au cinéma, ils m'emmenaient de temps en temps. Mais personnellement, j'ai surtout découvert le cinéma pendant mon adolescence au ciné-club du Laveu dont Patrice Bauduinet s'occupait. J'y ai vu tous les classiques de cette époque-là : les films de Fellini, Antonioni, Kubrick, Woody Allen, etc. J'y ai acquis toute ma culture cinématographique. " 
Jules et Jim et Barry Lyndon sont les films qui l'éblouissent le plus. C'étaient ses films préférés à l'époque, deux films historiques. Bernard était déjà passionné par l'histoire. " Jules et Jim était une histoire d'amour qui était un peu différente des histoires contemporaines. Barry Lyndon montrait un itinéraire tragique dans un contexte historique, avec une réalisation assez extraordinaire. À l'époque, je disais que c'était le film que j'aurais voulu faire ! "
Sortant de ses études secondaires, Bernard Garant se destine au journalisme. Mais les cours dispensés par la 8ème section de communication de l'Université de Liège ne commencent qu'à partir de la licence. Sa famille lui conseillant d'entreprendre des études plus sérieuses, il fera une licence en histoire, une matière qu'il adore, mais -voyez comme le destin est stoïque - il publie un mémoire sur les débuts de l'exploitation du cinéma à Liège des origines à 1914 ! Néanmoins il fait un stage au quotidien La Wallonie et s'aperçoit non seulement que le journalisme n'est pas sa tasse de thé mais que le cinéma le taraude.
J'ai essayé d'entrer à l'INSAS mais j'ai raté l'examen d'entrée que j'ai passé en même temps que Vivian Goffette. On a sympathisé. Lui est entré. Et comme ça ne marchait pas pour moi, j'ai fait la licence en communication. Je suis retourné à l'université. Comme je m'intéressais à la vidéo, j'ai fait un mémoire sur ce support-là : un documentaire qui s'appelle la Parole au scénario, une vidéo de 52' que j'ai finalisé, plus tard, grâce au WIP et à Derives. Je m'en suis servi pour faire une formation à l'écriture du scénario. Je pense qu'à l'université, il poursuit son parcours pédagogique.
On avait la possibilité de faire un stage en milieu professionnel. " Et à Liège qui était susceptible de faire un long métrage ? Les frères Dardenne. Il se présente à Dérives et devient stagiaire à la réalisation sur la Mina de Loredana Bianconi, un documentaire-fiction de 52 minutes sur l'immigration italienne.
" Comme j'avais travaillé en U-Matic à l'université, que je savais me servir d'un banc de montage, j'ai monté deux films : le Diable dans la philosophie de Luc Jabon et Auschwitz, un voyage d'affaire de Marian Handwerker. Deux films produits par Dérives. J'ai fait ce qu'on appelle le maketage puisque mes connaissances techniques me permettaient de le faire.
Sur le tournage de Je pense à vous des frères Dardenne, je me suis bien entendu avec Johan Kwudsen qui m'a embarqué après sur l'Ordre du jour de Michel Khleifi, où j'ai rencontré Frédéric Roullier-Gall qui m'a un peu formé à l'assistanat.
J'ai été premier assistant pour la première fois sur la Promesse des frères Dardenne. Je me plaisais bien sur les tournages. J'ai même été en France faire une série pour TF1, avec un metteur en scène que j'avais rencontré sur le tournage d'un téléfilm en Belgique.
Et puis viens Rosetta dont les frères me proposent d'être premier assistant, un film qui était une aventure à la fois ardue et pleine de récompenses. Je suis resté philosophe par rapport à cette gloire. Le travail d'assistant ne se voit pas à l'écran. Mais Rosetta était difficile à faire de par les conditions climatiques et le tournage en extérieurs. "
Mais l'idée de réaliser lui-même un film ne quitte pas son esprit. " Je suis quelqu'un d'assez lent, j'ai réalisé mon premier court métrage à trente-cinq ans. Avant cela, j'avais écrit des scénarios que j'avais soumis aux frères principalement. L'un d'entre eux est allé jusqu'à la commission de sélection mais n'est pas passé.
" Après le tournage de Rosetta, j'ai dit aux frères que je voulais réaliser un court métrage. J'ai écrit au mois d'août le scénario de Premier amour, un film de fiction. J'ai essayé de construire une histoire en trois parties avec Alain Marcoen. L'enfance à la piscine, l'âge adulte au café et la vieillesse à l'église juste à côté. Je l'ai montré aux frères. Ils m'ont dit que c'était la première histoire, à la piscine, qui leur paraissait la plus intéressante. Je l'ai développée un peu différemment et c'est devenu le scénario de Premier amour. Je l'ai écrit en août 1999 et tourné en août 2000. Il a fait beaucoup de festivals. Alain Marcoen a obtenu le Prix de la Photo à Média 10/10 pour le film. Le film a bien tourné : il est allé à Melbourne, Locarno, Gand, Namur, à Berlin. "
Lorsqu'on lui demande s'il continue à écrire, il réfléchit et nous informe qu'il a des idées de scénarios, mais pas de scénario fini dans ses tiroirs. D'autant que le parcours de l'assistant continue : " Je viens de terminer le tournage du Fils des frères Dardenne comme assistant et j'ai enchaîné directement avec Hop de Dominique Standaert. Et avant cela, j'avais fait l'Instit de Michel Mees, dans lequel jouait l'actrice principale de mon film, Eugénie de Hasp. "

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