Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/12/2002
Mots-clés : sortie en DVD, rencontre,
 

Bernard Yerlès

De Bernard Yerlès nous gardons l'excellent souvenir d'une journée passée en sa compagnie, en 1992, pour réaliser un Cast People pour Cinergie (version imprimée n°83). Il venait de tourner Pardon Cupidon de Marie Mandy et parlait de s'installer en France pour faire davantage de cinéma. Dix ans après nous nous retrouvons à l'hôtel Métropole pour faire le point et parcourir son cursus.
« Le premier film dont j'ai gardé le souvenir et que j'ai vu dans mon enfance, nous dit-il, avec son demi-sourire blagueur, est Singin' in the rain. Ce film est fondateur de mon goût pour le spectacle, le cinéma. Les comédies musicales m'éclataient. Un autre souvenir aussi, est Spartacus, que j'ai découvert dans une salle de quartier à Saint-Josse, à l'époque, ce devait être le « Century ou le « Mirano ». Je l'ai vu en compagnie de ma grand-mère.   J'ai toujours fait une distinction entre le rêve que j'avais du cinéma et de cette espèce de part dans l'imaginaire, d'un goût très pratique et concret du théâtre que mes parents m'ont transmis. J'ai assisté à pas mal de spectacles fort jeunes : Ariane Mouchkine, le Bred and Puppet, Peter Brook. Avec l'idée que dans le théâtre, je pouvais faire quelque chose de très engagé. Pour moi le théâtre qui a d'abord compté, qui m'a amené à l'INSAS, à 18 ans, qui m'a poussé à faire des choix très pointus pour l'adolescent que j'étais, c'est le théâtre vivant, qui parle du monde dans lequel on vit.
Le temps passant, j'ai commencé à vivre pas mal de choses et après de longues années exclusivement dédiées à l'amour du théâtre, à commencer par de petites expériences devant une caméra et à adorer cela.
Après douze ans de pratique théâtrale avec des petites frustrations qui se construisent sur des films qu'on refuse parce qu'on est au théâtre, l'envie de faire du cinéma est devenue irrésistible, de passer sur ces autres plateaux.

D'où la nécessité d'aller à Paris et de tenter ma chance. Cela a eu lieu de manière assez fortuite je jouais dans la troupe de Daniel Mestguich, Claude Berri m'a remarqué, il m'a rencontré. Puis, auditionnant pour La Reine Margot, le film de Patrice Chereau, là tout à coup toutes les portes s'ouvrent, je passe plein de casting mais je ne fais aucun de ces films. (rires) Finalement je finis par faire un film au casting impressionnant, avec Claudia Cardinale et Carole Laure ! Un film moyennement réussi. C'est donc la TV qui s'offre à moi à cette période-là.
Maintenant, après sept ou huit années de rapport à la caméra, cinéma ou bonne télévision, je revient un peu au théâtre. J'essaye de vivre l'alternance. Je trouve le passage constructif. Je réussi cela plutôt pas mal depuis quelques années, de créer chaque fois une petite bulle théâtre. Cette année je fais une mise en scène à Bruxelles. C'est un avantage. Personnellement je n'ai jamais cherché à quitter Bruxelles pour de bon. Il y a un certain temps, pas mal d'acteurs allaient en France en cachant leur nationalité alors que maintenant que notre cinéma s'est imposé, il est tout à fait admis de dire qu'on est belge en France... ce n'est plus une tare !
Pour Le Troisième oeil, Christophe m'a contacté assez tard. Il pensait construire le film autrement, avec un « nom » du cinéma, ce que je n'étais pas à ce moment-là. Puis il a décidé de faire son film en Belgique avec les moyens qu'il avait et m'a proposé le rôle du père de Michaël. Moi, j'étais ravi. C'est ce qui me manque parfois dans mes rendez-vous parisiens, une rencontre, une communauté d'esprit, une complicité.
Il y avait une phrase dans le film que je trouve importante : « quand je t'ai eu, j'avais ton âge ». Il y a comme une forme d'identification de dire ça et de vivre ça à ce moment-là. Il y a quelque chose de très fort entre ces deux personnages. Il dit aussi qu'il avait été forcé à se séparer de son fils, qu'il y avait quelque chose d'enfoui cherchant à s'échapper... Personnellement , je sais que j'ai ce rêve, ce cauchemar, ce fantasme, que fait tout homme, est-ce qu'un jour ça pourrait arriver qu'une porte s'ouvre... et qu'un jeune garçon nous dise : « je suis ton fils »... on a tous eu une jeunesse mouvementée! Sauf que dans Le Troisième oeil ou le père le sait, il avait oublié, occulté mais il assume. Et il assume jusqu'à mettre en péril ce qu'il est. Père et fils vivent dans une culture où on ne dit pas les choses ; les messages passant par le biais des actes qu'on pose.
C'est ce que j'ai aimé quand j'ai lu le scénario, je trouvais son écriture ciselée, précise, il n'y avait jamais un mot de trop. Il est conçu comme une sorte de compte à rebours, et donc il y a quelque chose de palpitant qui avance mais qu'on ne dit jamais.
La quête de Michaël c'est celle de la liberté car la liberté pour ce jeune garçon, c'est régler des comptes : on n'est jamais libre tant qu'on n'a pas réglé ses comptes.
Par ailleurs, je continue à passer de nombreux essais, au cinéma, pour lesquels je suis en concurrence avec des gens qui sont beaucoup plus loin que moi. Je continue à essayer de tenter ma chance. Je n'ai pas eu la chance, justement, comme Jérémie, d'avoir un film qui me propulse au premier plan et qui rende les choses plus faciles dans le monde du septième art. Sinon, j'écris aussi, j'aimerais passer à la réalisation d'un court métrage ».

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