Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Avril 2015
Mots-clés : animation, festival, sortie en DVD,
 

Best of Anima 10 2014

Animation. Evolution

Poursuivant une tradition déjà bien établie, le festival international du film d'animation de Bruxelles, réunit sur un DVD, à l’occasion de son édition 2015, le meilleur des courts de son édition 2014. Cinq lauréats de la compétition internationale, trois prix de la compétition nationale, et quatre coups de cœur choisis par l’équipe du festival. Un bel échantillonnage des tendances actuelles du cinéma d’animation !

 

dvd best of anima 2014La sélection peut paraître classique, mais le temps où les progrès de l'imagerie digitale étaient tels qu'il suffisait d'un peu de virtuosité sur les nouveaux logiciels pour faire impression sont bel et bien révolus. Il faut autre chose que la virtuosité technique pour se distinguer. Futon, de la japonaise Yoriko Mizushiri y réussit tout en subtilité. Utilisant des techniques propres à l’animation - fluidité, dépouillement des formes, choix des couleurs et usage original de la musique - la réalisatrice arrive à rendre avec beaucoup de sensualité le panel de sensations que l’on peut éprouver sous la couette. Un petit film tout simple, séduisant par son côté zen et un auteur qui a parfaitement saisi que l’animation est l’art du mouvement allié à l’imagination du spectateur. Un grand prix Anima 2014 tout à fait mérité récompense ce joli travail.

Dans un autre registre, l'originalité de la narration a sans doute motivé la mention spéciale donnée par le jury à Marcel, King of Tervuren. Une œuvre bien de chez nous… en apparence seulement, car la production est 100% américaine. Tom Shroeder est un animateur réputé outre-Atlantique, mais son épouse belge semble lui avoir insufflé un peu de ce surréalisme héroïque qui caractérise notre culture. Marcel est un coq, vivant dans le petit village brabançon, dont l’histoire est racontée par son propriétaire. Mais sous le regard malicieux et le trait extrêmement dynamique de Tom Schroeder, il devient l'incarnation du fighting spirit. Très américain somme toutes, super Marcel passe à travers tout : la grippe aviaire, l'alcool, les somnifères, et survit même à son fils Max. Il a beau être borgne et couvert de cicatrices, c'est le roi des fumiers de Tervuren. Ce biopic volailler évoque la chanson de gestes, l'épopée picaresque et la tragédie grecque et s’est attiré aux USA des éloges dithyrambiques. Pas mal Marcel !

Les poupées en patamod de Boles et la glaise modelée du très beau Ab Ovo confirment le retour en force de l’animation 3D, même s’il est difficile d’affirmer clairement que l’ordinateur n’a absolument rien à voir avec la perfection formelle de ces deux Stop Motion. Une ambiguïté qui n’enlève rien à la réussite de ces deux courts métrages. Le principal n'est-il pas que Boles, de la Slovène Spela Cadez (Prix du public) est une bouleversante complainte mélancolique sur la solitude et l’amour perdu et que Ab Ovo, de la Polonaise Anita Kwiatkowska-Naqvi, peut-être le plus beau film de cette sélection, est une ode superbe sur la gestation, la maternité, au final la féminité, qui révèle tout le potentiel d’une jeune créatrice dont on reparlera sûrement.

Le numérique remis à sa place de simple outil créatif, préfère-t-on raconter une histoire ou chercher de nouveau modes d’expression ? Cargo Cult du Français Bastien Dubois privilégie le premier choix et Gloria Victoria du Canadien Theodore Ushev, le second. Ces coups de cœur du festival sont tous deux de virulents pamphlets anti-guerre. Avec une narration linéaire et un dessin classique, le Français aborde le thème dans un conte philosophique où des tribus africaines sont confrontées aux machines de guerre des occidentaux et prennent la technologie de ces derniers pour de la magie. À l’inverse, aux limites de l’abstraction, le Canadien signe un réquisitoire rageur, plus impressionniste que narratif, mais d’une incontestable puissance évocatrice.

Bill Plympton, vieille connaissance du Festival et porte-drapeau des animateurs indépendants US choisit d’allier narration linéaire et délire graphique. Il clôt le DVD en adaptant un poème de Walt Curtis au titre évocateur : The Time The Drunk Came To Town And Got Drunker Than A Skunk Or So He Thought. Plympton revisite les mythes du western de bien rude façon avec ce texte écrit en 1974 qui est une évocation radicale de toute la brutalité haineuse qu'une communauté peut infliger à un être faible, différent et surtout, qui n'est pas du cru. Pour rendre l'ivrognerie du personnage et la rudesse des mœurs, Plympton a recours à un dessin totalement débridé, digne de Mad Magazine, et à une animation brinquebalante mais qui demande, pour tenir debout, une maîtrise totale de son art. Un tour de force bien dans sa manière, qui justifie amplement le coup de cœur de l'équipe d'Anima.

Côté belge, rien de très révolutionnaire. On oscille entre le minimalisme post grunge de Autour du lac et le pittoresque pictural de Rêves de Brume. Animation produite par Zorobabel dans le style dessins d’enfants,

Autour du lac est un clip réalisé pour la chanson du même nom du groupe Carl et les hommes boîte. C’est le regard acerbe posé ironiquement sur le monde par un jeune homme qui, lors de ses pérégrinations autour d’un lac, rencontre des petits vieux, une joggeuse et bien d’autres choses, bêtes et gens. Très tendance sans doute, puisque cette petite chanson animée a été présentée dans les festivals à travers le monde (Annecy, Bradford, Katowice, Pernambouc au Brésil, Caçak en Serbie,…) et en est revenue bardée de récompenses. On y ajoutera le grand prix Anima 2014 de la communauté française. Joli et très maîtrisé, mais un peu académique, Rêves de Brume, de son côté, repartait lui avec le grand prix du film étudiant mais aussi le prix Cinergie, ce qui lui a valu, de la part de notre revue un article et un entretien avec la réalisatrice. Le DVD nous permet également de redécouvrir Mia, de Wouter Bongaerts, le voyage initiatique tout en tendresse d’une petite fille perdue dans la grande ville qui doit apprendre à surmonter ses peurs pour grandir et retrouver sa maman. Avec son premier projet pro, le jeune animateur flamand confirme tous les espoirs déjà mis en lui avec son film de fin d’études, le multi primé Mouse for Sale. Voir également l’article enthousiaste que lui a consacré notre consœur Sarah Pialeprat dans Cinergie.

Le DVD présente encore les deux lauréats de la compétition internationale étudiante : Wind, de l’allemand Robert Löbel et Somewhere du britannique Robert Menard. Le premier décrit avec humour la vie de personnages condamnés à vivre dans un environnement venteux et qui ont fini par développer des techniques pour s’y adapter. Le jour où le vent cesse brusquement, ils se retrouvent complètement désorientés… et bien dépourvus. Peut-être la raison pour laquelle les révolutions sont-elles si difficiles à réussir ? Le second nous parle de façon bouleversante de la séparation et du manque affectif sous la forme d’un mini Space opera au graphisme extrêmement personnel, en rouge et bleu.

En bonus, toujours dans la tradition, la bande annonce de l’édition 2014 et des autoportraits originaux des réalisateurs qui sont autant de clins d’yeux qui nous renvoient à l’atmosphère particulière d’inventivité, et de convivialité du festival Anima ? Puisse-t-il continuer longtemps encore dans cette veine

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