Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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mars 2009
09/03/2009
 

Best of Anima 5

Alors qu’Anima 6 vient de déployer à Flagey ses ors et ses fastes, Folioscope et Cinéart nous proposent le Best of Anima 5 (édition 2008) en DVD. Une habitude ancrée depuis bien longtemps puisqu’elle existait déjà au bon vieux temps de la VHS et du Festival International du Dessin Animé et du Cinéma d’Animation. Ainsi, sans en avoir l’air, les galettes annuelles de Folioscope et de Cinéart, en s’additionnant, forment une anthologie unique de la crème de la création contemporaine dans ce genre en mutation constante et rapide qu’est le cinéma d’animation : une raison supplémentaire pour ne les rater jamais.

Sans surprise, on retrouve le Palmarès complet de la compétition (officielle) de courts métrages belges, trois fleurons de la compétition internationale et cinq coups de cœur des organisateurs du festival. Vous pouvez consulter sur Cinergie la critique des quatre lauréats belges : Le pont de Vincent Bierrewaerts, Le Voyageur (s’exclame alors) de Johan Pollefoort (également lauréat de « notre » Prix Cinergie), Terzo Mondo de Tom Van Gestel, et l’Evasion d’Arnaud Demuynck. Quant à la sélection du Palmarès international qui ouvre le DVD, elle est constituée exclusivement d’animations traditionnelles.

Etonnant à l’heure où l'image virtuelle et l’animation en volumes se taillent la part du lion. Trois styles pourtant bien différents. La queue de la souris de Benjamin Renner est une animation tout public, un petit bijou de charme, de vivacité et d’humour qui gère, avec un remarquable savoir-faire, une image minimaliste et une animation souple et rapide pour un maximum d’expressions. À l’inverse, The Pearce Sisters de Luis Cook, dans la tradition d’une certaine animation britannique noircissime et sarcastique, nous plonge à coup de dessins hyper marqués dans l’univers glauque de deux sœurs qui vivent une existence solitaire sur une côte battue par les vents et noyée de pluie froide. Une histoire horrifique qui révulse parce que son réalisateur la situe, délibérément, dans une esthétique de la laideur très anglo-saxonne, et qui touche parce que cette esthétique est justement la plus adéquate pour servir, avec un maximum de force, les émotions que l’auteur choisit de mettre en avant : solitude, manque d’amour, système D, viande fumée et « tea parties ». Une bête de festival, bardée de prix, et qui est repartie de Bruxelles avec le Prix du Meilleur Court Métrage. Enfin, on retrouve le grand prix Anima 2008 méritoirement décerné à  The Tale of How, production artisanale du collectif The Blackheart Gang. Véritable petit opéra en images, œuvre d’un trio polymorphe aussi bien musicien que scénographe ou dessinateur (Ree Treweek, Jannes Hendrikz et Markus Smit), le film raconte, en 4 minutes 28 secondes de virtuosité créatrice, l’histoire de l’oppression, de la révolte et de la libération d’une tribu de petits êtres (les dodos) vivant sur la tête d’une pieuvre gigantesque dont le passe-temps favori est de les dévorer. À sa vision, vous ne vous étonnerez pas que cette histoire nous vienne d’Afrique du Sud. C’est, paraît-il, le second volet d’une "trilogie des dodos". On se réjouit de voir la suite.

Parmi les coups de cœur du festival, on retrouve deux films belges : Dji vou veut volti, de Benoît Feroumont, déjà chroniqué sur le site, et Blauwblauw. Ce dernier s’intègre dans la série de courts métrages expérimentaux flamands Dichtvorm (forme poétique) que notre collaborateur Grégory Cavinato nous avait présenté globalement. Variation sur un poème de Miguel Declercq, le film de Sandy Claes et Daan Wampers peut être vu comme un essai sur le formalisme et ses contraintes. Dans la série, on lui avait préféré Met mijn kwantorslag de Peter Vanluffelen dont on regrettera l’absence, mais le choix du festival, aussi subjectif que le nôtre pour témoigner de cette série, ne prête pas à discussion.Les coups de cœur internationaux vont à un film polonais, et deux films français, témoins de la vitalité de la production hexagonale actuelle. Le jour de Gloire de Bruno Collet est une production du dynamique atelier rennais Vivement lundi. Un film sur la mémoire des poilus de la grande guerre qui témoigne d’une extraordinaire maîtrise de l’image dans tous ses aspects, y compris les effets d’ombres et de lumières difficiles à maîtriser. Animation en volumes et images de synthèse fusionnent dans un fabuleux tableau impressionniste où hommes et machines de guerre se fondent en amas de terre glaise. Cette glaise dans laquelle ils baignent et à laquelle ils retournent au terme de cette inconcevable boucherie pour ne laisser que d’anonymes monuments aux morts émergeant aujourd’hui de cette même glaise où pousse le blé. À côté, Musicothérapie d’Amaël Isnard, Manuel Javelle et Clément Picon paraît bien léger. Pourtant, cette histoire d’un singe, directeur d’un hôpital psychiatrique et amateur de silence, qui pète un câble lorsque ses pensionnaires et son personnel se mettent à faire de la musique avec tout ce qui leur tombe sous la main est enlevée, pleine d’humour et de piquant. Elle regorge de jolies petites trouvailles rythmiques et visuelles qui justifient pleinement sa présence sur ce DVD. Enfin, Arka, du Polonais Grzegorz Jonkajtys, complète le tableau d’une bonne sélection avec un film assez noir (au propre comme au figuré) d’exode post apocalyptique.

En bonus, la B.O. d’Anima 2008 et les traditionnels autoportraits des artistes participant à ce DVD.

 

Best of Anima 3 DVD 9, couleur, PAL, Audio stéréo 2.0. V.O. S.t. FR/NL. Durée approx. 80'. Une coproduction Folioscope/Cinéart. Distribution : TWIN PICS.

Infos supplémentaires et commandes éventuelles sur le site de Folioscope : http://www.folioscope.be/

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