Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/01/2004
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Black Spring de Benoît Dervaux

Black Spring de Benoît Dervaux
Après La Devinière et A Dimanche, Benoît Dervaux prend la tangente expérimentale : son nouveau court métrage, en fait un film de commande « détourné » dans la tradition storckienne, mêle ainsi chorégraphie et interrogation du réel, dans un tourbillon de corps et d'images d'Afrique. Au départ, « Black Spring » est un spectacle chorégraphique de Heddy Maalem - un univers auquel Benoît Dervaux n'est pas vraiment familier... « Lors de notre première rencontre, on avait chacun de grosses réserves, explique le réalisateur. Je ne voyais pas très bien ce que je pouvais faire, à part une captation, et lui trouvait ça trop réducteur... Finalement nous avons eu l'idée de mêler le langage des corps au langage du réel et de la peinture, avec en filigrane la question du regard occidental sur l'Afrique, à travers ses corps. Le film se saisit ainsi de la matière dansée du spectacle qui, confrontée à des images de l'Afrique d'aujourd'hui, élargit notre propos vers une question essentielle : celle de notre regard sur l'Autre ». Visuellement, cela donne un résultat déroutant par son aspect brut et non narratif, mais pas moins captivant : l'on voit ainsi des danseurs au physique taillé dans le marbre (noir) se fondre dans un torrent de brèves séquences africaines (la foule, le port d'une ville, la mer, la nature), leur rapport visuel questionnant dès lors notre conditionnement aux images d'un autre monde, d'une civilisation qui reste à nos yeux méconnue et réduite à de violents clichés. De cette tension des corps, qui se cognent, s'enlacent, se mêlent, s'épuisent, l'on retient non pas l'animalité, vestige colonialiste d'une époque trouble, mais l'extraordinaire empreinte d'une culture qui se veut à tout prix moderne. « Do you want to see more african danse ? », crie l'un des danseurs, regard caméra, avant d'entamer une furieuse course dans la boîte noire de 12 m2 qui lui sert d'espace chorégraphique et incantatoire. Devant une telle débauche d'énergie, accentuée par un montage haletant de plans glanés sur le continent noir, on ne peut qu'acquiescer. Et s'interroger, pour le réévaluer, sur le regard biaisé qu'on porte sur l'Afrique.

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