Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Blue Birth de Benjamin Deboosere

Le prochain Brussels Art Film Festival (BAFF) propose ce documentaire captivant sur le tournage de Blue Bird de Gust Van den Berghe (2011). En marge dans le paysage cinématographique belge, le cinéaste flamand de 31 ans a déjà réalisé trois longs-métrages, oeuvres uniques et toujours stupéfiantes. Le genre making-of, s'il n'est pas un simple produit marketing destiné au bonus d'un dvd, peut devenir un témoignage passionnant, dans la lignée des grands documents sur des films mythiques (Au Cœur des ténèbres de Eléonore Coppola sur Apocalypse Now) ou inachevés (Lost in la Mancha sur le désastre du tournage de L'Homme qui tua Don Quixote de Terry Gilliam). Film intimiste à petit budget sur la quête de deux enfants, Blue Bird n'en a pas moins traversé des difficultés majeures avant d'être concrétisé.

Blue Birth de Benjamin DeboosereEn 2010, la présentation de Petit bébé de Jésus de Flandres, premier long-métrage du cinéaste, à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes fait sensation. C'est là que Gust Van den Berghe entend parler de Tamberma, un village situé dans le nord du Togo. Il fait directement le lien avec son projet de réaliser une adaptation de L'Oiseau bleu de Maurice Maeterlinck. Afin de filmer les premiers repérages, son ami de longue date, Benjamin Deboosere, l'accompagnera. Comme il le dit au début du film, ce matériau constituera un journal des difficultés rencontrées. Au final, il s'agit également d'un portrait de l'artiste au travail, confronté à un drame qui va bouleverser ses plans et le rendre prisonnier de sa propre histoire.

Construit sur une alternance d'entretiens face caméra des différents collaborateurs (en studio ou chez eux, en Belgique, après le tournage) et d'images filmées au Togo, le montage semble constitué de bribes éparses, révélant un geste créatif à l'arrêt. Suite au décès de son chauffeur, guide et ami, qui constitue la rupture fondamentale du récit à partir de laquelle vont s'enchaîner les mésaventures, le cinéaste traverse en effet une crise émotionnelle où son récit peine à éclore.

Blue Birth de Benjamin DebooserePortrait de Gust Van den Berghe, de sa naïveté ou de son arrogance vis-à-vis de ces villageois qu'il n'avait même pas pensé à payer, c'est donc aussi cette position de l'homme blanc qui interroge et qui met mal à l'aise. L'artiste n'arrivant pas à plier le réel à son imaginaire. C'est aussi le choix, peu admirable, de Benjamin de Deboosere de ne pas donner le point de vue de ces villageois dans le conflit qui les oppose. A contrario, si le document montre la loyauté des collaborateurs vis-à-vis du cinéaste, il n'élude pas les oppositions et les tensions où la méthode et la responsabilité de Gust Van den Berghe sont clairement remises en question par l'équipe. Cependant, la seconde partie du film marque une nouvelle approche, basée sur la confiance et le partage des compétences et qui permettra au cinéaste de trouver un nouvel élan.

Si le film a connu des péripéties, on reste loin des extrêmes précités ou de l'exemple fameux des indiens souhaitant tuer Klaus Kinski sur le tournage de Aguirre ou la colère de Dieu (dans Ennemis intimes de Werner Herzog) Et si certains épisodes frôlent l'anecdotique en regard de ce qu'il peut arriver sur beaucoup de tournages, on est par contre ébloui par les instants où soudain, le passage au format film transforme la réalité; ces moments où la création naît sous nos yeux à l'instar de ce plan sublime de deux enfants disparaissant dans un champ ou celui qui révèle Bakufadié, le jeune garçon qui jouera finalement l'un des rôles principaux. Naissance de l'Art.

commentaires propulsé par Disqus