Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/03/2006
Mots-clés : métiers du cinéma,
 

Bonbon Lamy, métier repéreur

Les producteurs font de plus en plus appel à des repéreurs. Le métier s’est développé ces dernières années. Les repéreurs offrent un catalogue photo et vidéo d’endroits susceptibles de servir de décor à des séquences de films de fiction ou de publicité. Ils sont aussi appelés, en dernière minute, lorsqu’un film a démarré et que le scénario s’étoffe. Le genre de métier où il faut être sur le qui-vive à tout moment. Parcourir le pays avec son GSM à portée de main. Bonbon Lamy a longtemps exercé le métier de comédienne, aujourd’hui elle est devenue repéreur, et a créé son propre site,  www.cinequation.com, un site ou ou elle expose ses photos et vidéos. Avant d'en venir au sujet, nous évoquons Le Cinéma belge des Snuls dans une franche séance de rigolade. Oufti ! Ca va? Ca va! Oui, mais ça va? Oui, c'est ce que je dis ça fa! Ca ne manque pas de finesse. Pour sûr ça ne manque de...euh!!!

Dehors il neige. L'atmosphère vaguement transparente a une consistance de papier moltonné ou de kleenex. Belge, vous avez dit, belge?

Cinergie : Tu as deux amours, le métier d'acteur et les repérages. Qu’est-ce qui amène une comédienne à devenir repéreur?
Bonbon Lamy : Bonne question. En tant que comédienne, j’étais assez combative sur scène. Je considère que c’est un match de boxe. C’est le rapport au public qui m’intéresse, plus que le narcissisme de l’acteur. J’ai toujours joué des rôles où l’on ne me reconnaissait pas. Sur le plan artistique, on est tout à fait habilité à faire du repérage puisqu’on suit les mêmes cours qu’un réalisateur que ce soit à l’INSAS ou à l’IAD.

Le coté représentant de commerce cela doit venir de là. Les comédiens sont assez débrouillards. Ce qui me déprimait dans la carrière de comédien, ce sont les coulisses. Quand tu es sur scène face au public tout va bien, mais tu passes ta vie dans une bulle parmi les gens de théâtre. C’est aussi le danger du cinéma, c’est une bulle.

Ce qui ne plaît pas au gens chez qui on tourne c'est que l’équipe de cinéma reste entre elle, parle un langage propre. Ce qui m’intéresse, c’est le contact avec monsieur et madame tout le monde. Je préfère vendre un décor qu’un immeuble à un agent immobilier. En fait, des repérages, j’en faisais déjà avant, à l’époque où Benoît réalisait Home Sweet Home.

C. : Est-ce un métier en développement dans le monde du cinéma?

B.L. : On peut dire ça. C’est la conséquence de nombreux tournages qui ont lieu en Belgique. Comme on a moins de temps qu’auparavant – que le temps c’est de l’argent –les producteurs démarrent leurs films à la dernière minute, lorsqu’ils reçoivent l’argent, et ils ont besoin de professionnels qui puissent faire rapidement les repérages. Avant, lorsqu’on avait du temps devant soi, on pouvait envoyer des gens débrouillards qui trouvaient souvent des endroits de tournage intéressants. Un repéreur professionnel trouve souvent des endroits singuliers à force de parcourir le pays dans tous les sens. Ce qui fait la différence, aujourd’hui, c’est qu’il faut réagir très vite, souvent dans l’urgence, et que les demandes sont assez complexes.

C. : Concrètement comment cela se passe-t-il ?

B.L. : Idéalement, le producteur téléphone en expliquant son projet. Je reçois les dates de tournages et un scénario avec des lieux imaginés qu’il faut rendre possibles concrètement. On lit le scénario, on note tous les décors, et on prend rendez-vous avec le réalisateur qui donne des pistes. On essaie de voir les films du réalisateur pour voir dans quel univers il baigne. Un réalisateur de fiction, pour moi, rend le travail plus facile, parce qu’il est souvent le maître de son œuvre. Il sait ce qu’il veut. Tandis que pour les réalisations de télévision, la décision est prise par plusieurs personnes différentes. Ce ne sont pas seulement les artistes qui donnent leur choix, il faut discuter avec le producteur, l’agent, le responsable de la fiction. Pour les pubs s’y ajoutent les créatifs. Le décor devient un personnage. Bizarrement, il y a des producteurs qui sont toujours coincés par l’argent. Conséquence : le démarrage des repérages commencent tard. Ils sont déjà en train de tourner alors que certains décors n’ont pas encore été trouvés. Cela a été le cas pour Alain Berliner ou pour La femme de Gilles de Frédéric Fonteyne. J’ai fait des repérages en 10 jours, tambour battant. Normalement, il faut compter 20 jours pour trouver les décors d'un film tel que La Femme de Gilles c’est-à-dire qui se passe dans les années 30, avec des poteaux électriques, des pavés, sans macadams.

C. : Précisément que fais-tu pour les décors de séries télévisées ou des films historiques ?

B.L. : Il y a une façon systématique de ratisser les villes. Pour La Femme de Gilles, j’ai visé Liège, pour l’ambiance. Généralement, je vais voir le syndicat d’initiative, j'interroge et je me promène. S’il s’agit de trouver des petits pavillons de chasse isolés, je contacte le service des eaux et forêts. Très souvent, c’est par hasard qu’on trouve l’endroit adéquat. Pour La femme de Gilles, j’ai trouvé un endroit superbe sur un chemin qui me conduisait à ma voiture et que personne ne m’avait signalé. Un hasard provoqué, en quelque sorte.

Un jour, j’ai dû trouver une colline étoilée, genre petit prince, pour l’image de fin d’un film. J’ai cherché les tumulus sur Internet (il y a plein de gens qui font des sites bizarroïdes) ce qui m’a aiguillonné vers le Limbourg et m’a pemis de découvrir un endroit adéquat. Le problème est qu'il était techniquement impossible de réaliser le plan. Il fallait tricher. Ils ont donc abandonné l’idée, mais cela m’a permis de découvrir plein d’endroits intéressants pouvant servir pour d’autres films. Autrement dit, les chemins qui mènent à Rome sont multiples.

C. : Tu as d’autres exemples concrets de films de fictions ?

B.L. :  Oui, l’un des premiers. J’ai démarré sur le film de Raoul Peck : Lumumba. Le réalisateur souhaitait être proche de l’ambiance historique mais au Congo, les bâtiments étaient inaccessibles puisqu’on était en pleine guerre civile. J’ai consulté un professeur d’architecture de La Cambre qui m’a donné des pistes. J’ai consulté des ouvrages concernant les architectes de l'époque et on a tourné les intérieurs à Bruxelles, avec des plans raccordés aux extérieurs de bâtiments du Zimbabwe. L’Hôtel Empain, avenue Franklin Roosevelt a servi pour le palais du gouverneur situé à Léopoldville. Lorsque Kasa-vubu regarde par la fenêtre, on tombe sur un jardin au Zimbabwe. On a tourné les scènes du poste de police, sensées être en Afrique, ici, rue de la Senne, dans un ancien bâtiment industriel. Les séquences de la prison de Lumumba ont été tournées dans les caves de Tour & Taxi.

Pour Innocence, les décors devaient être intemporels. Les exigences de la réalisatrice étaient telles, que les extérieurs étaient complexes. Ils devaient y en avoir plusieurs, mais les plans étaient censés être tournés au même endroit. On a trouvé le lac dans un château, le chemin avec les lampadaires dans un autre château, la petite rivière dans laquelle la petite fille va se noyer dans un troisième château, le mur où elle va dissimuler un message dans le château de Thozée (chez Thierry Zéno).

C. : Est-ce que la télé et la pub sont plus importante que le cinéma belge, dans ton travail ?

B.L. : Je préférerais ne travailler que sur des longs métrages de fiction, parce qu'indépendamment des budgets, le réalisateur est plus libre. On lui fait confiance. C’est donc plus facile de travailler avec un réalisateur qu’avec une équipe de production enfermée dans un bureau. Mais, par la force des choses, on peut voir en consultant le site que j’ai plus de téléfilms que de longs métrages. On en tourne davantage. Au niveau des pubs, cela dépend de la conjoncture économique. Pour le moment, il y en a moins. Ils semblent que les pubs télévisées ne soient plus très rentables car la plupart des gens sont scotchés à Internet.

C. ; Est-ce que la création de guichet régionaux comme Wallimage te booste ?

B.L. : C’est un plus. Par la force des choses je travaille sur pleins de téléfilms tournés en Wallonie. Cela ne me dérange pas. La Wallonie est riche de pleins de décors. Au contraire parce qu’a Bruxelles j’ai un peu fait le tour. J’ai adoré participer à La Femme de Gilles parce qu’on m’a laissé travailler. J’ai ratissé Arlon, Mons, Tournai (pour me rendre compte que tout était reconstruit), Liège était intéressant mais Verviers était mieux.

C. . Tu travailles avec la production ou avec les réalisateurs ?

B.L. : Je voudrais davantage travailler avec les réalisateurs. Si on prend l’exemple des téléfilms, le réalisateur, au moment des repérages, travaille sur un autre téléfilm, donc il ne voit pas les décors. Les photos parviennent au producteur qui connaît bien les goûts de chaque chaîne télévisée. Il faut des endroits qui puisse faire fonctionner l’imaginaire des français. Le réalisateur, on le voit une à deux fois. On a pas beaucoup de répondant. Lorsqu’il arrive, souvent il jette tout.

Lorsqu’il s’agit d’un film en cours de tournage comme Broadway dans la tête d’Alain Berliner, c’est au décorateur que j’envoie les photos. S’ils ont la confiance du réalisateur, il n’y a aucun problème. Il y a là un travail d’équipe propre au cinéma qu’on ne retrouve pas dans les bureaux de production. Dans la pub, c’est encore différent. Il y a le client qui veut souvent tout mettre dans son message au risque de le saturer, le créatif, le réalisateur, l’agence…Evidemment, si le réalisateur s’appelle Benoît Mariage ou Patrice Lecomte, il n’y a pas de problème. La clé pour faire des repérages, c’est le réalisateur.

 

 

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