Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/09/1998
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Brat (Le Frère) de Aleksei Balabanov

Une velléité de renouveau du cinéma russe
Danila est un jeune Russe de vingt ans qui sort du service militaire et s'emmerde dans son trou de province où l'on crève de faim. Sa mère l'envoie donc rejoindre son frère, à saint Petersbourg. Ce "frère qui a réussi" est en fait un des tueurs de la mafia, l'un des plus craints, donc l'un des plus menacés.
C'est la raison pour laquelle il entraîne Danila dans ses contrats. Lui est nouveau et moins visible. Et il fera preuve d'une aptitude étonnante pour sa nouvelle vie. Tout le plaisir du film d'Alexeï Babanov est dans le regard que pose le réalisateur sur son héros, à la fois monsieur tout le monde et personnage hors du commun. Pétri de contradictions, encore dans l'âge trouble séparant l'adolescent de l'adulte, coincé entre les principes moraux d'égalité, de probité, de justice sociale hérités du communisme et le pragmatisme sans foi ni loi présenté comme indispensable pour survivre dans cette Russie des chevaliers d'industrie et des parrains de la mafia, Danila devra chercher sa voie.
Il la tracera, seul au milieu de l'égoïsme et de la veulerie de ceux qui l'entourent, préservant tant bien que mal sa part d'humanité dans cet armaggedon moral présenté comme la Russie d'aujourd'hui.
Sans parvenir à se démarquer de l'atmosphère générale de crise profonde avec laquelle se débat le cinéma russe d'aujourd'hui, le film a le mérite de ne pas se résigner au misérabilisme. Sergueï Bodrov, avec sa gueule à la Patrick Bruel, incarne avec justesse le paradoxe de cet adolescent chaleureux qui est aussi un tueur sans scrupules.

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