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01/03/2002
 

Bruxelles sur un plateau de Gérard Preszow


Francine Harts et Mourad Maïmuni cadrés sous l'oeil averti de Michel Baudour © JMV

En 2000, les réalisateurs Taylan Barman et Mourad Boucif lancent la production de leur film Au-delà de Gibraltar , qui traite notamment de certains aspects de la communauté marocaine à Bruxelles. Gérard Preszow qui connaît bien les problèmes de cette communauté participe à la conception du scénario, soutenant la démarche des deux réalisateurs qui fait la part belle aux comédiens non-professionnels et aux séquences improvisées.

Il devine que la structure ouverte du film et le choix des réalisateurs de laisser aux comédiens la spontanéité de leur parole va créer des situations hors-scénario fortes et riches en surprises. Aussi propose-t-il à toute l'équipe d'Au-delà de Gibraltar  de suivre le tournage et de filmer au jour le jour ce qui se passera. Bruxelles sur un plateau est le résultat de cette aventure particulière et si dans un premier temps le projet de Gérard Preszow tient de la gageure, laissant redouter une redite des préoccupations d'Au-delà de Gibraltar, très vite il apparaît que la démarche tient la route et qu'elle prolonge, voire éclaire bien des aspects d'une situation culturelle et sociale trop souvent sujette à clichés.

 

Rompant assez vite avec les règles d'un " making of " attendu et centré sur les problèmes de l'équipe, la caméra de Gérard Preszow va tenter de capter ces instants fugitifs à la marge d'un film, où des rencontres s'opèrent, des émotions se vivent, des opinions et des histoires s'échangent. Ces petits riens qui constituent la chair de rapports qui sont d'abord humains avant d'être sociaux ou culturels, Gérard Preszow nous les restitue dans leur immédiat, sans effet et sans artifice.


Mourad Boucif et Taylan Barman sur le tournage à Tanger

S'il suit la chronologie du tournage, son propos n'est pas d'en faire l'histoire, d'en suivre les tensions. Ce qui l'intéresse est de nous faire pénétrer progressivement dans cette relation difficile et vivante que nouent les différentes communautés qui participent au film. Et c'est là sans doute où se manifeste l'art particulier de Gérard Preszow et que résume sa façon de filmer. Sa caméra en situation, allant à l'essentiel, ne s'embarrasse d'aucune considération esthétique, parie sur la vérité du " sur le vif ", en acceptant le côté trash du son caméra, sans pudeur ni fausse modestie. Gérard Preszow réussit ainsi quelques séquences étonnantes qui à elles seules font tout le film. Il y a entre autres cette discussion entre trois femmes qui soudainement jette sur la condition de la femme marocaine à Bruxelles une lumière qui détonne. Il y a encore cette confrontation entre des jeunes et des policiers qui bouscule les étiquettes et notre regard par la même occasion. Il y a enfin cette lente interrogation nourrie de doute chez ce comédien non-professionnel et qui rend sensible une préoccupation éthique qui n'est pas que religieuse. Chaque fois le point de vue est inattendu, chaque fois les préjugés tombent, une autre vérité survient et surprend. Si par moment la structure trop lâche du film, ses hésitations et quelques complaisances pour le travail de l'équipe viennent en réduire l'émotion, ralentissant sa marche et suspendant sa tension, la réussite de moments vrais et intenses fait vite oublier ces quelques maladresses de réalisation.

Avec Bruxelles sur un plateau, Gérard Preszow continue cette démarche et cette recherche pleines de risques amorcées dans son film précédent, A l'école de la Providence, et qui ouvre résolument de nouveaux espaces au cinéma à la première personne, ancré de plain pied dans la réalité et qui refuse de fermer les yeux.

Philippe Simon

 

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